Une première réunion entre les autorités groenlandaises et l’émissaire spécial des États-Unis au Groenland, Jeff Landry, s’est tenue dans un « bon esprit » et un « grand respect mutuel », selon le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen. Ce dialogue, qualifié de « constructif » par Copenhague, intervient après des mois de tensions liées aux velléités américaines sur l’autonomie de cette île arctique, territoire autonome du Danemark. BMF - International rapporte ces déclarations faites ce lundi 18 mai 2026, lors d’une conférence de presse à Nuuk, la capitale groenlandaise.

Ce qu'il faut retenir

  • Une réunion « constructive » et dans « un bon esprit » a été organisée entre Jens-Frederik Nielsen et Jeff Landry, émissaire américain au Groenland.
  • Le Premier ministre groenlandais a réaffirmé que « le peuple groenlandais n’était pas à vendre » et que l’autodétermination n’était « pas un sujet de négociation ».
  • Malgré ce dialogue, aucune modification n’a été observée dans la position américaine, selon les autorités locales.
  • Un groupe de travail conjoint a été mis en place pour discuter des préoccupations des États-Unis, notamment sur leur présence militaire.
  • Jeff Landry participe à un forum économique à Nuuk les 19 et 20 mai, avant l’inauguration d’un nouveau consulat américain sur l’île.

Une rencontre saluée comme un premier pas nécessaire

Lors de cette conférence de presse, Jens-Frederik Nielsen a décrit la rencontre avec Jeff Landry, gouverneur de Louisiane et émissaire désigné par Donald Trump pour aborder la question groenlandaise, comme un échange « constructif ». Le Premier ministre a insisté sur l’importance d’un dialogue mené « dans un bon esprit et avec un grand respect mutuel ». Autant dire que ce premier contact a permis d’éviter une escalade des tensions, alors que les relations entre Washington et Nuuk étaient tendues depuis le début de l’année, après les déclarations de l’administration Trump évoquant un possible « contrôle » de l’île arctique.

Pour Jens-Frederik Nielsen, cette réunion n’a cependant révélé aucun changement dans la position américaine. « Notre point de départ n’a pas changé. Nous avons notre ligne rouge. Le point de départ des Américains n’a pas changé non plus », a-t-il précisé, rappelant que l’autodétermination du Groenland n’était pas négociable. Cette fermeté a été réitérée par Mute Egede, ministre groenlandais des Affaires étrangères, qui a souligné que les discussions devaient désormais se poursuivre au sein d’un groupe de travail dédié.

Un groupe de travail pour désamorcer les tensions

Copenhague et Nuuk ont obtenu la création d’un groupe de travail visant à aborder les préoccupations américaines, en particulier concernant leur présence militaire dans la région. « Les discussions ont lieu au sein du groupe de travail », a rappelé Mute Egede. « Nous n’allons pas avoir des discussions parallèles ». Cette structure, qui doit permettre d’éviter les malentendus, sera le cadre exclusif des échanges entre les deux parties.

Cette initiative s’inscrit dans un contexte où les États-Unis cherchent à renforcer leur influence dans l’Arctique, une zone stratégique en raison de ses ressources naturelles et de sa position géopolitique. Pour autant, les autorités groenlandaises et danoises restent vigilantes. Comme l’a rappelé Jens-Frederik Nielsen, « le peuple groenlandais n’était pas à vendre », une formule devenue le leitmotiv des autorités locales face aux pressions américaines.

« Nous avons clairement rappelé que le peuple groenlandais n’était pas à vendre et que les Groenlandais avaient droit à l’autodétermination. Ce n’est pas un sujet de négociation. »
— Jens-Frederik Nielsen, Premier ministre du Groenland, lors de sa conférence de presse du 18 mai 2026

Un déplacement de Jeff Landry chargé de symboles

Jeff Landry, arrivé à Nuuk ce week-end, participera à un forum économique organisé dans la capitale groenlandaise les 19 et 20 mai 2026. Cet événement, qui rassemble des acteurs locaux et internationaux, sera l’occasion de discuter des opportunités économiques dans la région. Parallèlement, il inaugurera les nouveaux locaux du consulat américain sur l’île, une installation qui témoigne de l’intérêt croissant des États-Unis pour le Groenland.

Ce déplacement survient après des mois de spéculations sur les intentions américaines. Dès le début de l’année, des déclarations de l’administration Trump évoquant une possible « prise de contrôle » du Groenland avaient suscité des réactions vives à Copenhague et Nuuk. Ces propos avaient même donné lieu à une pétition en ligne, soutenue par un Américain proposant une récompense de 200 000 dollars aux signataires, selon BMF - International. Une initiative qui avait provoqué l’indignation des autorités locales, qualifiant cette démarche d’« indécente ».

Des positions figées, mais un dialogue maintenu

Malgré la fermeté affichée par les autorités groenlandaises et danoises, aucune évolution n’a été constatée du côté américain. Les déclarations de Jens-Frederik Nielsen et Mute Egede confirment que les États-Unis maintiennent leur position initiale, tandis que le Groenland campe sur ses positions. « Cette réunion n’a montré aucun signe que quoi que ce soit ait changé », a ainsi constaté le Premier ministre groenlandais.

Pour autant, les deux parties semblent déterminées à poursuivre le dialogue. Le groupe de travail, dont les prochaines réunions restent à préciser, pourrait permettre d’avancer sur des sujets techniques, comme la coopération militaire ou économique. Reste à savoir si cette approche suffira à apaiser les tensions ou si elle ne constitue qu’une première étape avant de nouvelles négociations plus complexes.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des travaux du groupe de travail, dont la première réunion pourrait se tenir dans les prochaines semaines. Une chose est sûre : les autorités groenlandaises ne relâcheront pas leur vigilance, comme en témoigne leur refus catégorique d’envisager toute forme de cession territoriale. Quant à Jeff Landry, son séjour à Nuuk et sa participation au forum économique pourraient offrir une nouvelle occasion de clarifier les intentions américaines, même si les désaccords persistent. Pour l’instant, le statu quo semble de mise.

Cette réunion, bien que symbolique, laisse entrevoir la possibilité d’un apaisement progressif. Toutefois, le Groenland et ses partenaires danois restent sur leurs gardes, déterminés à défendre leur souveraineté face aux ambitions américaines dans l’Arctique.