Thales Alenia Space a remporté deux contrats majeurs dans le domaine spatial, pour un montant global de 712 millions d’euros, selon BFM Business. La coentreprise franco-italienne, détenue à 67 % par Thales et à 33 % par Leonardo, a été choisie par l’Agence spatiale européenne (ESA) pour concevoir deux satellites d’observation de la Terre de nouvelle génération, ainsi que par la Commission européenne pour développer un véhicule robotisé dédié aux opérations en orbite. Ces annonces, faites mercredi 10 juin 2026, marquent une étape clé dans le renforcement des capacités européennes en matière d’observation fine de la planète et de services spatiaux automatisés.
Ce qu'il faut retenir
- Un contrat de 700 millions d’euros remporté auprès de l’ESA pour deux satellites Sentinel-1 Next Generation, successeurs des engins lancés à partir de 2014.
- Un second contrat de 12 millions d’euros avec la Commission européenne pour un véhicule robotisé chargé d’opérations d’assistance en orbite, dans le cadre du programme EROSS SC.
- Ces missions s’inscrivent dans le programme Copernicus de l’UE, dédié à l’observation de la Terre, et visent à prolonger la durée de vie des satellites tout en réduisant les débris spatiaux.
- Le projet s’étend jusqu’en 2030, avec une mission pilote prévue pour tester ces technologies innovantes.
Deux satellites radar pour succéder à la génération actuelle
Thales Alenia Space, en collaboration avec Airbus Defence and Space, pilotera le développement de deux nouveaux satellites baptisés Sentinel-1 Next Generation. Ces engins, dont la maîtrise d’œuvre est confiée à la coentreprise, feront partie intégrante du programme Copernicus, la composante d’observation de la Terre du programme spatial de l’Union européenne. Leur mission principale consistera à fournir des données radar précises pour répondre à des enjeux environnementaux et sociétaux majeurs.
Comme le précise Thales Alenia Space dans un communiqué, ces satellites doivent prendre le relais des Sentinel-1 actuels, dont les premiers exemplaires ont été lancés en 2014. Leur rôle sera de « fournir des données d’observation destinées à la protection de l’environnement, à la surveillance du climat, à l’évaluation des catastrophes naturelles ainsi qu’à de nombreuses autres applications sociétales », détaille l’entreprise. Ce contrat, représentant la première tranche d’un accord global, s’élève à 700 millions d’euros et s’inscrit dans une logique de continuité technologique et opérationnelle.
Un véhicule robotisé pour des opérations automatisées en orbite
Le second contrat, d’un montant de 12 millions d’euros, a été attribué par la Commission européenne dans le cadre du programme EROSS SC (European Robotic Orbital Support Services - Servicing Component). Thales Alenia Space y participera en concevant un véhicule spatial robotisé capable de réaliser des opérations complexes en orbite, sans intervention humaine directe. La première mission de démonstration, prévue dans le cadre de ce programme, permettra de valider des capacités telles que le rendez-vous spatial, la capture, l’arrimage, le ravitaillement en carburant et l’échange de charges utiles sur des satellites en service.
« Ces missions vont non seulement prolonger la durée de vie opérationnelle des satellites en orbite, mais aussi jouer un rôle crucial dans l’atténuation des débris spatiaux, garantissant un environnement spatial plus sûr et plus durable pour les générations futures », a souligné Bertrand Denis, vice-président Observation, Science et Exploration de Thales Alenia Space en France. Ce projet s’inscrit dans le cadre plus large du programme ISOS (In-Space Operations and Services), dont l’objectif est de développer d’ici 2030 une infrastructure européenne dédiée aux opérations et services dans l’espace.
Un écosystème spatial européen en pleine expansion
Le programme ISOS ne se limite pas à ce premier véhicule. Un second vaisseau, baptisé SCOPE, sera développé avec des missions similaires, cette fois sous la responsabilité de Leonardo, avec la participation de Thales Alenia Space en Italie. Ces initiatives reflètent une volonté stratégique de l’Union européenne de renforcer son autonomie en matière spatiale, notamment face à la concurrence internationale. Elles s’ajoutent à d’autres projets en cours, comme les missions de surveillance de l’environnement ou les systèmes de navigation par satellite, pour consolider la position de l’Europe dans le secteur.
Ces contrats confirment également le rôle central de Thales Alenia Space dans l’écosystème spatial européen. La coentreprise, déjà impliquée dans des programmes emblématiques comme les satellites Meteosat ou les modules de la Station spatiale internationale, renforce ainsi sa position de leader en matière d’infrastructures radar et de services en orbite. « Il s’agit de deux très beaux contrats pour Thales Alenia Space », a d’ailleurs reconnu l’entreprise dans son communiqué.
Ces annonces interviennent à un moment où la question des débris spatiaux et de la durabilité des activités orbitales devient un enjeu prioritaire pour les agences spatiales mondiales. Avec près de 30 000 objets suivis en orbite basse et une multiplication des lancements, la gestion des satellites en fin de vie et le développement de solutions de maintenance automatisée pourraient bien devenir des domaines stratégiques dans les années à venir.
Pour Bertrand Denis, ces projets s’inscrivent dans une vision à long terme : « Garantir un environnement spatial plus sûr et plus durable pour les générations futures ». Une ambition qui dépasse le cadre technique pour toucher à des enjeux écologiques et géopolitiques majeurs.
Les satellites Sentinel-1 Next Generation devraient intégrer des technologies radar plus avancées, permettant une résolution accrue et une couverture plus large, tout en améliorant leur durée de vie opérationnelle. Ils bénéficieront également d’une architecture modulaire facilitant les mises à jour logicielles et matérielles en orbite, contrairement aux premiers modèles lancés en 2014.
Ce type de véhicule permettrait de prolonger la durée de vie des satellites existants en réalisant des opérations de maintenance, de ravitaillement ou de désorbitage. Il contribuerait aussi à réduire la prolifération des débris spatiaux, un enjeu critique alors que le nombre d’objets en orbite basse ne cesse d’augmenter. Enfin, ces technologies pourraient ouvrir la voie à de nouveaux services commerciaux dans l’espace.