À quelques jours du coup d'envoi de la Coupe du monde 2026, beIN Sports se prépare à diffuser l'intégralité des 104 matchs de la compétition, une première pour une chaîne française. Selon RMC Sport, Florent Houzot, directeur de la rédaction et des programmes de beIN Sports France, a dressé un état des lieux de la stratégie de la chaîne à l'approche de cet événement majeur, tout en pointant du doigt les tensions persistantes avec la LFP Media.

Ce qu'il faut retenir

  • beIN Sports diffuse pour la quatrième fois consécutive la Coupe du monde, une compétition qui représente un enjeu stratégique pour la chaîne, notamment en termes d'abonnements.
  • La chaîne table sur un gain net d'abonnés, estimant que pour 10 nouveaux abonnés recrutés, au moins 5 restent fidèles sur le long terme.
  • Florent Houzot rejette les accusations de Nicolas de Tavernost (LFP Media) concernant l'attribution des droits de diffusion, évoquant une procédure conforme aux règles de la FIFA.
  • beIN Sports dénonce un conflit d'intérêts chez la LFP Media, où Nicolas de Tavernost cumule les rôles de dirigeant de Ligue 1+ et de la LFP, selon le directeur de la rédaction.
  • La chaîne rappelle avoir investi plus d'1,5 milliard d'euros depuis 2012 dans le football français, notamment en Ligue 1, Ligue 2 et Coupe de France.
  • beIN Sports critique la stratégie de la LFP, estimant que les dirigeants du football français « vont quasiment dans le mur » en tournant le dos à leurs partenaires historiques.

Une compétition majeure pour beIN Sports, malgré l'absence de Ligue 1

beIN Sports lancera dès le 1er juin 2026 sa couverture de la Coupe du monde, un événement qu'elle diffuse sans interruption depuis 2014 et qu'elle continuera à diffuser jusqu'en 2030. Selon Florent Houzot, cette compétition reste un moment clé pour fédérer les audiences et fidéliser les abonnés, notamment ceux qui ont rejoint la chaîne pour suivre des compétitions majeures comme la Coupe d'Afrique des nations (CAN). « C'est une étape importante pour nos abonnés. C'est une compétition qui fédère et qui rassemble l'ensemble de notre rédaction », a-t-il déclaré à RMC Sport.

La chaîne mise sur un effet d'entraînement pour recruter de nouveaux abonnés, bien qu'elle refuse de communiquer des chiffres précis. Houzot a toutefois indiqué qu'en moyenne, 50 % des nouveaux abonnés recrutés lors d'une Coupe du monde restent fidèles, même après la compétition. « Notre objectif est de fidéliser, mais c'est aussi une façon de remercier nos abonnés qui nous suivent toute l'année », a-t-il précisé. Côté contenu, beIN Sports mise sur des consultants et des analyses professionnelles, plutôt que sur des créateurs de contenu externes comme « Michou », tout en collaborant avec des personnalités comme Nico Colombien depuis janvier 2026.

Les enjeux de diffusion et la critique des choix de la LFP

Florent Houzot a balayé les sujets chauds du moment, y compris les tensions avec la LFP Media, lors d'un entretien avec RMC Sport. La chaîne, qui détient les droits exclusifs de la Coupe du monde 2026, a également obtenu l'exclusivité de certains matchs comme celui opposant l'Argentine à l'Algérie lors du premier tour. « Tous les matchs sont importants. Ce n'est pas une langue de bois de le dire. Nos abonnés viennent pour consommer l'intégralité de la Coupe du monde », a-t-il souligné, ajoutant que les audiences pourraient être fortes même sur des matchs nocturnes, notamment pour les équipes africaines comme le Sénégal, la Côte d'Ivoire ou le Maroc.

Sur le plan commercial, Houzot a vivement réagi aux déclarations de Nicolas de Tavernost, président de la LFP Media, qui avait remis en cause l'attribution des droits de diffusion de la Coupe du monde 2026 au diffuseur qatari. Selon Houzot, la FIFA a confirmé par communiqué officiel que les droits n'avaient pas encore été signés à la date des déclarations de Tavernost, en février 2026. « Je préfère avoir confiance en la FIFA. Les discussions entre beIN Sports et la FIFA ont débuté en 2024 dans le cadre d'un appel d'offres infructueux, avant de se poursuivre en gré à gré », a-t-il rappelé, qualifiant la polémique de « non fondée ».

Un conflit commercial ouvert avec la LFP, mais pas une « guerre »

beIN Sports et la LFP Media entretiennent des relations tendues depuis l'été 2025, notamment autour du match de Ligue 1 que la chaîne diffuse en exclusivité. Contrairement aux affirmations de certains observateurs, Florent Houzot a rejeté l'idée d'une « guerre ouverte » avec la LFP. « Nous sommes partenaires, mais nous avons un conflit commercial sur le lot concernant le match de Ligue 1 que nous diffusons », a-t-il nuancé. Selon lui, c'est la LFP qui a pris l'initiative de saisir la justice, « parce qu'elle n'a rien fait pour améliorer les relations ou alléger les contraintes » imposées à beIN Sports.

Houzot a également pointé un conflit d'intérêts chez Nicolas de Tavernost, qui cumule les fonctions de dirigeant de Ligue 1+ (la plateforme de streaming concurrente) et de la LFP. « C'est un peu bizarre que personne ne s'intéresse au petit conflit d'intérêts qu'il peut y avoir entre une Ligue qui est à la fois organisatrice, productrice et diffuseuse de compétitions », a-t-il ironisé. Pour la chaîne, ce manque de transparence explique en partie l'échec des négociations pour alléger les contraintes commerciales imposées par la LFP.

beIN Sports, premier financeur du football français : un rôle désormais contesté ?

Avec un investissement de plus d'1,5 milliard d'euros depuis 2012 dans le football français (Ligue 1, Ligue 2, Coupe de France), beIN Sports se présente comme le principal bailleur de fonds du football hexagonal. Houzot a rappelé que la chaîne a signé un contrat de cinq ans pour la diffusion de la Ligue 2 à hauteur de 200 millions d'euros (soit 40 millions par saison), alors qu'elle était seule candidate. « Nous aurions pu payer bien moins cher. Nous sommes un partenaire fidèle », a-t-il insisté.

Pourtant, la LFP a choisi de rompre avec ses diffuseurs historiques : Canal+, qui a perdu les droits de la Ligue 1 en 2024, et beIN Sports, qui ne diffusera plus la Ligue 1 la saison prochaine. « C'est unique en Europe : aucun diffuseur historique ne détient plus les droits », a souligné Houzot, qui y voit le signe d'une stratégie hasardeuse. Il a critiqué les dirigeants du football français, estimant qu'ils « vont quasiment dans le mur » en dévalorisant leur produit année après année. « En Angleterre, les clubs touchent 200 millions d'euros de droits télé. En France, le PSG n'en touche que 9 millions. C'est ça, la réalité », a-t-il comparé, appelant à un recentrage sur les intérêts des clubs plutôt que sur des décisions opportunistes.

Les coulisses des négociations avortées de l'été 2025

Les tensions entre beIN Sports et la LFP ont atteint leur paroxysme lors des négociations de l'été 2025. Florent Houzot a révélé que la chaîne avait proposé à la LFP de produire une chaîne dédiée pour diffuser les matchs, une solution moins coûteuse que l'actuel contrat. « Nous n'avons pas participé à l'appel d'offres, car nous sommes partenaires. Pour nous, un partenaire, ce n'est pas quelqu'un à qui tu craches à la figure », a-t-il déploré. Selon lui, la LFP a préféré privilégier des accords avec d'autres diffuseurs, comme DAZN, dont le contrat de 400 millions d'euros sur cinq ans a été rompu après une seule saison, sans que la LFP ne propose de médiation.

« DAZN a déchiré son contrat après avoir versé un chèque de 80 millions d'euros. Nous, on nous reproche de ne pas payer 12 à 18 millions d'euros en échéances. BeIN Sports a toujours payé. Le problème, c'est qu'on ne nous respecte pas », a-t-il résumé. Houzot a également rappelé que beIN Sports a déjà vécu sans la Ligue 1 pendant trois saisons, « et la chaîne s'en porte très bien ». Une remarque qui souligne l'assurance de la chaîne face à la stratégie risquée de la LFP.

Et maintenant ?

La Coupe du monde 2026 s'annonce comme un test pour beIN Sports, qui mise gros sur l'événement pour recruter de nouveaux abonnés. Côté LFP, les prochains mois seront décisifs : la saison 2026-2027 sans diffuseur historique pour la Ligue 1 pourrait révéler les limites de la stratégie actuelle. Les clubs, eux, attendent de voir si les droits télé, déjà en baisse, pourront être renégociés dans un contexte plus apaisé. Reste à savoir si les dirigeants du football français prendront en compte les critiques de leurs partenaires historiques, ou s'ils continueront sur la voie d'une remodélisation brutale du paysage audiovisuel du sport en France.

Pour Florent Houzot, l'enjeu est clair : « Quand tu es partenaire et qu'on ne te respecte pas, tu dis au revoir. » Une sortie de scène qui pourrait bien résumer l'état des relations entre beIN Sports et la LFP d'ici la fin de l'année.

beIN Sports a acquis les droits de diffusion de la Coupe du monde 2026 directement auprès de la FIFA, en dehors du cadre des droits de la Ligue 1. Selon Florent Houzot, ces droits ont été obtenus après un appel d'offres lancé en 2024 et des négociations en gré à gré, sans lien avec les tensions commerciales avec la LFP Media.

beIN Sports a investi plus d'1,5 milliard d'euros dans le football français depuis 2012, couvrant les droits de la Ligue 1, de la Ligue 2 et de la Coupe de France. Pour la Ligue 2 seule, la chaîne a signé un contrat de 200 millions d'euros sur cinq ans (40 millions par saison).