Alors que les débats sur l’accès à la culture aux populations éloignées des grands centres urbains persistent, deux figures du monde culturel livrent leur analyse sur les moyens de rendre les initiatives artistiques plus inclusives. Selon Libération, l’ex-ministre de la Culture Roselyne Bachelot et le directeur artistique David Moinard expliquent, dans une tribune commune, comment ancrer durablement les actions culturelles dans la vie des habitants, sans tomber dans le piège d’une offre déconnectée des réalités locales. Pour eux, la clé réside dans l’émergence d’une « fierté locale » et d’une approche qui évite toute forme de surplomb culturel.

Ce qu'il faut retenir

  • Roselyne Bachelot, ancienne ministre de la Culture (2007-2010), et David Moinard, directeur artistique reconnu, ont cosigné une tribune dans Libération pour défendre une culture ancrée dans les territoires.
  • Ils soulignent les difficultés à convaincre les habitants lorsque les propositions culturelles émanent uniquement des milieux favorisés et éloignés de leurs réalités.
  • Leur approche repose sur deux piliers : la fierté locale et une méthode « non surplombante », évitant ainsi un discours perçu comme élitiste.
  • Ils citent des exemples concrets où des initiatives locales ont permis de mobiliser les populations autour de projets culturels durables.
  • L’objectif est de créer un lien entre les créateurs, les institutions et les citoyens, en privilégiant une culture qui parle aux gens de leur propre environnement.

Une culture à hauteur des habitants, pas des élites

Pour Roselyne Bachelot et David Moinard, la principale difficulté réside dans le décalage entre les offres culturelles proposées et les attentes des populations. « On a beaucoup de mal à convaincre quand la seule culture qui circule est celle d’un milieu favorisé et déconnecté », affirment-ils. Autant dire que les projets culturels, lorsqu’ils sont pensés par et pour une élite parisienne ou bourgeoise, peinent à trouver un écho auprès des classes populaires ou des habitants des zones rurales et périurbaines. Ils rappellent que la culture ne peut être réduite à une consommation passive de spectacles ou d’expositions, mais doit s’enraciner dans le quotidien des gens.

Selon eux, les initiatives qui réussissent sont celles qui partent des territoires et de leurs spécificités. David Moinard, qui a dirigé plusieurs festivals et résidences d’artistes, insiste sur l’importance de « ne pas être surplombant ». Cela signifie éviter un discours trop technique ou jargonneux, mais aussi adapter les formats pour qu’ils soient accessibles et pertinents pour les habitants. « Il faut que les projets culturels soient portés par ceux qui les vivent », précise-t-il.

La fierté locale comme levier d’adhésion

Le second pilier de leur réflexion porte sur la notion de « fierté locale ». Les deux auteurs estiment que les projets culturels doivent s’appuyer sur ce que les habitants ressentent déjà : leur attachement à leur ville, leur village, leur histoire. Plutôt que d’importer des concepts extérieurs, ils prônent une approche bottom-up, où les initiatives émergent des besoins et des envies des locaux. « La culture doit être un miroir, pas une vitrine », résume Roselyne Bachelot.

Ils citent l’exemple de certaines villes moyennes ou de quartiers populaires où des artistes ont travaillé main dans la main avec les habitants pour créer des œuvres ou des événements en phase avec leur vécu. Ces projets, souvent modestes mais ancrés, ont permis de fédérer bien au-delà du cercle traditionnel des amateurs de culture. « Quand les gens se reconnaissent dans ce qui leur est proposé, ils s’en emparent », souligne David Moinard. Selon eux, cette méthode a le mérite de rendre la culture désirable, voire indispensable, dans des milieux où elle est parfois perçue comme un luxe.

Et maintenant ?

Si la tribune de Roselyne Bachelot et David Moinard pose les bases d’une réflexion nécessaire, son application concrète dépendra largement des financements et des politiques publiques. Le prochain budget du ministère de la Culture, attendu pour l’automne 2026, pourrait intégrer des dispositifs incitatifs pour soutenir les projets locaux. Les deux auteurs appellent également les collectivités territoriales à jouer un rôle plus actif dans l’accompagnement de ces initiatives, notamment via des appels à projets dédiés. Reste à voir si ces propositions seront suivies d’effets, ou si elles resteront, une fois de plus, au stade des déclarations.

Une chose est sûre : dans un contexte où les fractures territoriales et sociales se creusent, la question de l’accès à la culture ne peut plus être éludée. Comme le rappellent Bachelot et Moinard, « une culture qui ne touche qu’une minorité n’est plus une culture, c’est un privilège ». Et ce privilège, de plus en plus de voix s’élèvent pour le remettre en cause.

D’après leurs propos, ils s’appuient sur des initiatives comme le festival « Les Nuits de Fourvière » à Lyon, qui associe des artistes locaux et internationaux tout en mettant en valeur des lieux emblématiques de la ville. Un autre exemple cité est celui des « Résidences Nomades » en Bretagne, où des artistes s’installent dans des communes rurales pour créer des œuvres avec les habitants. Ces projets illustrent leur conviction que la culture doit être un dialogue, pas une imposition.