Avec une plus-value latente estimée à 2,3 milliards d'euros, l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky réalise l’un des coups financiers les plus marquants de l’année. Selon BFM Business, cette manne provient de l’augmentation de 45 % du cours de l’action TotalEnergies depuis qu’il détient 4,2 % du capital du groupe pétrolier français.
Ce jackpot n’est pas le fruit du hasard. Il résulte d’une stratégie bien huilée, finalisée fin avril 2026. À cette date, Daniel Kretinsky a cédé au groupe TotalEnergies 50 % de son empire énergétique EPH, valorisé à 5,1 milliards d’euros. En échange, le milliardaire a reçu des actions TotalEnergies, portant sa participation à 4,2 % du capital du groupe. Une opération signée trois mois avant le déclenchement de la guerre en Iran en novembre 2025, lorsque l’action TotalEnergies s’échangeait encore autour de 54 euros. Aujourd’hui, avec un cours proche de 80 euros, la valorisation de ses titres a explosé.
Ce qu'il faut retenir
- Daniel Kretinsky détient désormais 4,2 % du capital de TotalEnergies, acquis en échange de 50 % de son groupe EPH.
- La valorisation de ses actions a bondi de 45 % depuis la signature de l’accord, générant une plus-value latente de 2,3 milliards d’euros.
- Le milliardaire, propriétaire de Casino et bientôt de Fnac Darty, s’est engagé à ne pas vendre ses titres avant un an et percevra 340 millions d’euros de dividendes dès 2026.
- TotalEnergies a confirmé que les termes de l’accord ne seraient pas renégociés, malgré les fluctuations du marché.
Une transaction signée avant la crise géopolitique
L’opération entre Daniel Kretinsky et TotalEnergies a été scellée dans un contexte géopolitique tendu. Le protocole d’accord a été signé en août 2025, trois mois avant le déclenchement de la guerre en Iran. À l’époque, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, avait anticipé une prudence sur les prix du gaz, évoquant des surcapacités de gaz naturel liquéfié attendues entre 2027 et 2029 au Qatar. Pourtant, la situation a radicalement changé avec le blocage du détroit d’Ormuz par Téhéran, provoquant une flambée des cours du pétrole.
Cette hausse a propulsé l’action TotalEnergies à près de 80 euros, contre 54 euros à la signature. « Ce nombre d’actions est fixé aujourd’hui quoi qu’il se passe jusqu’à la finalisation de l’opération », avait alors déclaré Patrick Pouyanné devant les analystes financiers, le 17 novembre 2025. Une position confirmée par Jean-Luc Romain, analyste chez CIC, pour qui le PDG de TotalEnergies « était prudent sur le risque de baisse des prix du gaz » à l’époque.
Un actionnariat stratégique pour TotalEnergies
Pour TotalEnergies, l’arrivée de Daniel Kretinsky au capital revêt une dimension stratégique. Le groupe français, dirigé par Patrick Pouyanné, mise sur des actionnaires stables pour renforcer sa gouvernance. Le milliardaire tchèque, déjà propriétaire de Casino et en passe de prendre le contrôle de Fnac Darty, devient ainsi un allié de poids. « Je me réjouis de l’arrivée de Daniel Kretinsky au capital et qu’il soit un actionnaire européen », a indiqué TotalEnergies dans un communiqué.
Patrick Pouyanné n’exclut pas que Kretinsky augmente sa participation à l’avenir, à condition que les salariés restent les premiers actionnaires du groupe, avec 8,9 % du capital. Cette stabilité actionnariale pourrait s’avérer cruciale pour le renouvellement du mandat de Patrick Pouyanné, dont l’âge limite (67 ans) sera atteint lors de l’assemblée générale de 2027. Il pourrait alors opter pour une dissociation des fonctions de PDG et président, restant en poste jusqu’en 2033.
Un dividende immédiat et une stratégie fiscale optimisée
Daniel Kretinsky ne compte pas vendre ses actions TotalEnergies à court terme. Il s’est engagé à conserver ses titres pendant au moins un an, une décision motivée par sa volonté de rester un « actionnaire de référence sur le long terme ». Cette posture lui permettra de percevoir dès cette année 340 millions d’euros de dividendes, calculés sur sa participation de 4,1 % du capital.
Mais le milliardaire pourrait aller plus loin. Selon plusieurs sources proches de la transaction, il visait initialement une participation de 5 % pour bénéficier du régime fiscal « mère-fille », qui permet de déduire les dividendes des résultats imposables de son groupe. À près de 80 euros l’action, un tel investissement coûterait environ 1,6 milliard d’euros, soit 40 % de plus que lors de la signature de l’opération. « Daniel Kretinsky va devoir arbitrer entre ce qu’il paierait en plus d’un côté et ce qu’il peut économiser en défiscalisant de l’autre », explique un observateur du dossier. Son porte-parole à Prague n’a pas souhaité commenter cette analyse.
Côté TotalEnergies, l’opération avec Kretinsky s’inscrit dans une logique de diversification actionnariale, tout en sécurisant des financements pour ses projets énergétiques. La finalisation de l’acquisition des actifs d’EPH, incluant une quarantaine de centrales à gaz et à biomasse au Royaume-Uni, en Italie et aux Pays-Bas, devrait être effective d’ici la fin de l’année 2026. Les prochaines assemblées générales du groupe, notamment celle de mai 2026, pourraient apporter des éclaircissements sur les intentions de l’actionnariat et les orientations stratégiques à moyen terme.
Un pari gagnant sur fond de tensions énergétiques
L’envolée des cours de TotalEnergies illustre l’impact des crises géopolitiques sur les marchés de l’énergie. Le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran en novembre 2025 a provoqué une flambée des prix du pétrole, bénéficiant indirectement aux actionnaires des majors du secteur. Pour Daniel Kretinsky, cette conjoncture imprévue au moment de la signature de l’accord s’est transformée en opportunité inespérée.
« Bref, autant dire que le timing de cette opération a été exceptionnel », résume un analyste financier. Reste à savoir si le milliardaire tchèque saura capitaliser sur cette plus-value latente sans perturber l’équilibre actionnarial de TotalEnergies. Une question qui pourrait occuper les débats lors des prochaines réunions du conseil d’administration du groupe.
Selon BFM Business, le milliardaire tchèque a opté pour un échange en actions afin de renforcer sa participation au capital de TotalEnergies et bénéficier d’un régime fiscal avantageux. De plus, cette stratégie lui permet de diversifier son portefeuille tout en capitalisant sur la valorisation future du groupe.
Les analystes soulignent que TotalEnergies s’expose à une volatilité accrue de son actionnariat, avec un actionnaire puissant susceptible d’influencer les décisions stratégiques. Par ailleurs, l’engagement de Kretinsky à ne pas vendre ses titres pendant un an limite la liquidité du marché, mais sécurise le groupe à court terme.