Depuis plusieurs années, l’usage détourné du protoxyde d’azote, ou gaz hilarant, s’est généralisé en France, entraînant des conséquences sanitaires et budgétaires lourdes pour les collectivités locales. Comme le rapporte Franceinfo – Santé, cette substance, initialement réservée à un usage médical ou industriel, représente désormais un coût croissant pour les communes, contraintes de financer des campagnes de sensibilisation et de prise en charge des usagers.

Ce qu'il faut retenir

  • Le protoxyde d’azote, détourné pour ses effets euphorisants, coûte des millions d’euros aux communes françaises chaque année.
  • Entre 2023 et 2025, les dépenses liées à la prévention et à la prise en charge des consommateurs ont bondi de 40 % selon les estimations de Franceinfo – Santé.
  • Les départements les plus touchés, comme la Seine-Saint-Denis ou le Nord, consacrent jusqu’à 150 000 € par an à des dispositifs de lutte contre cette consommation.
  • Les autorités sanitaires alertent sur les risques neurologiques et cardiovasculaires liés à un usage prolongé.
  • Une proposition de loi visant à encadrer strictement la vente de protoxyde d’azote est en discussion à l’Assemblée nationale.

Un phénomène en expansion et ses répercussions financières

Le protoxyde d’azote, autrefois cantonné aux milieux médicaux, s’est imposé comme une drogue récréative, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes. Selon les chiffres compilés par Franceinfo – Santé, la consommation a progressé de 25 % entre 2020 et 2024, avec une explosion des signalements d’intoxications et de dépendances. Côté collectivités, la facture s’alourdit. Les communes, déjà en tension budgétaire, doivent désormais investir dans des campagnes de prévention, des ateliers d’information ou encore des partenariats avec les associations spécialisées. « Le coût est d’autant plus lourd que les dispositifs doivent être adaptés en urgence », a expliqué un élu municipal du Nord, cité par Franceinfo – Santé.

Des dépenses qui pèsent sur les budgets locaux

Les départements les plus exposés, comme la Seine-Saint-Denis, le Rhône ou le Nord, ont vu leurs dépenses liées au protoxyde d’azote multiplier par deux, voire par trois, en trois ans. En Seine-Saint-Denis, par exemple, le département a déboursé 120 000 € en 2025 pour financer des unités mobiles de sensibilisation et des permanences psychologiques. « On ne peut plus se permettre de fermer les yeux », a souligné la présidente du conseil départemental, qui évoque une « priorité de santé publique ». Dans le Rhône, les services sociaux ont enregistré une hausse de 60 % des cas de dépendance chez les 18-25 ans, poussant les autorités à renforcer les moyens alloués aux centres de soins.

Les risques sanitaires, un enjeu majeur

Au-delà des considérations budgétaires, les professionnels de santé alertent sur les dangers du protoxyde d’azote. Ce gaz, lorsqu’il est inhalé à haute dose, peut provoquer des carences en vitamine B12, des lésions neurologiques irréversibles, voire des arrêts cardiaques. Les urgences hospitalières font état d’une augmentation des cas d’hospitalisation pour troubles cognitifs ou paralysies partielles. « Les jeunes ne mesurent pas les conséquences à long terme », a déploré le Pr. Martin Duriez, chef du service de neurologie à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil. Franceinfo – Santé rappelle que la France compte désormais parmi les pays européens les plus touchés par cette consommation.

« Le protoxyde d’azote n’est pas une drogue douce. Ses effets sur le cerveau et le système nerveux sont comparables à ceux d’une consommation excessive d’alcool ou de cannabis, mais avec des risques bien plus imprévisibles. »
Pr. Martin Duriez, chef du service de neurologie à l’hôpital Henri-Mondor

Et maintenant ?

Une proposition de loi portée par le député LREM Guillaume Larrivé, visant à restreindre la vente de protoxyde d’azote aux mineurs et à imposer des contrôles renforcés en pharmacie, devrait être examinée à l’Assemblée nationale d’ici l’été 2026. Dans l’attente, les collectivités locales continuent de mobiliser des fonds pour limiter la casse. Certaines villes, comme Lille ou Strasbourg, ont déjà instauré des dispositifs de « récupération » des bombonnes abandonnées dans l’espace public, tandis que d’autres appellent à une mobilisation nationale. Reste à voir si ces mesures suffiront à inverser la tendance.

Un phénomène qui, s’il n’est pas maîtrisé, pourrait bien alourdir encore davantage la facture sociale et sanitaire des territoires français. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’efficacité des politiques publiques mises en place.