Selon Le Monde, la propagation de fausses informations sur le climat est devenue un outil stratégique mobilisé par des puissances étrangères, notamment la Russie et les États-Unis, pour déstabiliser les démocraties européennes. Une note interne de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) révèle que ces campagnes de désinformation visent à semer le doute sur les politiques environnementales et à alimenter les divisions politiques au sein des pays membres de l’Union européenne.

Ce qu'il faut retenir

  • La désinformation climatique est utilisée comme arme géopolitique par la Russie et les États-Unis pour fragiliser l’Europe
  • Ces campagnes ciblent les politiques environnementales et exacerbent les tensions politiques internes
  • L’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) alerte sur cette stratégie dans une note récente
  • Les objectifs incluent la remise en cause des accords climatiques et la polarisation des débats publics

Une stratégie de déstabilisation documentée par l’IRIS

L’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), basé à Paris, a analysé dans une note confidentielle les méthodes employées par des acteurs étatiques pour diffuser des fake news climatiques en Europe. Selon ce document, la Russie et les États-Unis figurent parmi les principaux pays à l’origine de ces campagnes, qui s’appuient sur des réseaux sociaux, des médias contrôlés ou des relais locaux pour amplifier des discours complotistes ou négationnistes. Les auteurs de la note soulignent que ces opérations visent moins à nier le changement climatique qu’à saper la confiance dans les institutions européennes et à alimenter les fractures idéologiques.

Les exemples cités par l’IRIS incluent la diffusion massive de contenus niant l’urgence climatique ou attribuant à tort les politiques vertes à des lobbies occultes. Ces messages, souvent relayés par des comptes automatisés, sont conçus pour polariser l’opinion publique et rendre plus difficile l’adoption de mesures communes au niveau européen. « On observe une stratégie coordonnée pour discréditer les rapports du GIEC et présenter les transitions énergétiques comme des projets coûteux et inefficaces », précise un expert cité par Le Monde.

La Russie et les États-Unis en première ligne

D’après l’analyse de l’IRIS, la Russie aurait recours à ces méthodes depuis plusieurs années, en s’appuyant sur des médias comme RT (Russia Today) ou Sputnik pour diffuser des contenus biaisés ou des théories conspirationnistes. Ces plateformes, disponibles en plusieurs langues européennes, ciblent particulièrement les pays où les débats sur l’énergie ou l’écologie sont vifs, comme l’Allemagne ou la France. Quant aux États-Unis, ils utiliseraient davantage des canaux indirects, via des think tanks ou des influenceurs locaux, pour promouvoir un discours climatosceptique adapté aux contextes nationaux.

Les services de renseignement européens, contactés par Le Monde, confirment l’ampleur du phénomène. « Ces campagnes ne sont pas des initiatives isolées, mais des opérations organisées visant à exploiter les vulnérabilités sociétales », explique une source anonyme au sein d’un service de renseignement. Les autorités européennes, déjà préoccupées par l’ingérence étrangère lors des élections, voient dans la désinformation climatique un nouveau front à surveiller de près.

Un risque pour la cohésion européenne

Pour les auteurs de la note de l’IRIS, l’enjeu dépasse la simple question environnementale. En sapant la crédibilité des institutions européennes et en exacerbant les clivages nationaux, ces campagnes menacent directement la capacité des Vingt-Sept à adopter des politiques communes, notamment en matière de transition énergétique. « Si l’Europe ne parvient pas à contrer cette désinformation, cela pourrait retarder les investissements nécessaires pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 », avertit un chercheur de l’IRIS.

Les pays les plus exposés incluent ceux où les partis eurosceptiques ou climatosceptiques sont influents, comme la Hongrie, la Pologne ou encore l’Italie. Dans ces États, les fake news climatiques sont régulièrement reprises par des responsables politiques pour justifier des positions hostiles aux accords de Paris ou au Pacte vert européen. La Hongrie, par exemple, a récemment été pointée du doigt pour avoir relayé des discours niant l’origine humaine du réchauffement climatique, malgré les consensus scientifiques.

Et maintenant ?

Face à cette menace, les institutions européennes pourraient renforcer leurs mécanismes de vérification des informations et collaborer plus étroitement avec les plateformes numériques pour identifier et bloquer les comptes malveillants. Une réunion du Conseil européen est prévue en juin 2026 pour discuter des mesures à adopter, notamment sur le renforcement de la résilience des médias et la protection des processus démocratiques. En parallèle, plusieurs États membres, dont la France et l’Allemagne, devraient présenter des plans nationaux pour contrer la désinformation climatique d’ici la fin de l’année.

Ces initiatives devraient être complétées par une meilleure sensibilisation du public, afin de réduire l’impact des campagnes de désinformation. Reste à voir si les mesures prises seront suffisantes pour endiguer une stratégie qui, selon les experts, risque de s’intensifier à l’approche des prochaines élections européennes de 2029.

Les campagnes ciblent principalement les pays où les débats sur l’énergie et l’écologie sont vifs, comme l’Allemagne, la France, la Hongrie ou la Pologne. Les messages sont adaptés aux contextes nationaux pour maximiser leur impact, souvent en exploitant les divisions politiques ou les inquiétudes économiques.

Ces médias russes, disponibles en plusieurs langues européennes, diffusent des contenus biaisés ou des théories conspirationnistes pour semer le doute sur les politiques climatiques. Ils ciblent particulièrement les audiences francophones et germanophones, en relayant des discours qui minimisent l’urgence climatique ou discréditent les institutions européennes.