Le taux d’emprunt d’État britannique à dix ans a atteint 5,144 % vendredi 15 mai 2026, un niveau inédit depuis la crise financière de 2008, selon BFM Business. Cette hausse s’inscrit dans un contexte de tensions économiques mondiales, aggravé par l’instabilité politique interne au Royaume-Uni où le Premier ministre Keir Starmer fait face à une crise majeure au sein de son parti.
Ce qu'il faut retenir
- Le taux des obligations britanniques à 10 ans atteint 5,144 %, son plus haut niveau depuis 2008, selon BFM Business.
- Le taux à 30 ans a également frôlé les 5,812 %, un niveau qui n’avait pas été enregistré depuis 1998.
- Cette hausse des taux survient dans un contexte de tensions économiques mondiales, notamment liées au conflit en Iran.
- Keir Starmer, Premier ministre britannique, est sous pression après des élections locales désastreuses pour le Labour.
- Plusieurs figures du Parti travailliste, comme Andy Burnham ou Wes Streeting, sont évoquées comme potentiels successeurs.
Le taux des obligations d’État britanniques à trente ans a, lui aussi, connu une progression marquée, atteignant 5,812 % vendredi. Ce niveau n’avait plus été observé depuis 1998, selon les données rapportées par BFM Business. Ces chiffres illustrent une défiance croissante des investisseurs envers la dette britannique, dans un contexte où les incertitudes économiques mondiales — notamment la guerre en Iran et ses répercussions sur les prix de l’énergie — pèsent déjà lourdement sur les marchés obligataires.
Sur le plan intérieur, la situation politique se dégrade rapidement pour Keir Starmer. Le Premier ministre, qui avait déjà été fragilisé par une série de polémiques, doit désormais faire face à une crise interne au Labour après les élections locales du début du mois de mai. Ces scrutins, qui se sont soldés par une défaite historique pour les travaillistes, ont ravivé les tensions au sein du parti et relancé les appels à son départ.
Depuis une semaine, Keir Starmer subit des pressions accrues de la part de certains responsables travaillistes, qui lui reprochent d’être responsable de la déroute électorale. Malgré ses déclarations répétées selon lesquelles il « se battra pour conserver son poste », le Premier ministre n’est pas parvenu à éteindre les velléités de départ qui agitent son camp. Jusqu’ici, aucun calendrier officiel pour une succession n’a été lancé, mais les manœuvres politiques se multiplient en coulisses.
Mercredi, le gouvernement a présenté son programme pour la nouvelle session parlementaire devant le roi Charles III, une étape qui avait temporairement réduit les appels à la démission. Cependant, dès jeudi, les tensions sont réapparues, avec la reprise des discussions sur une éventuelle succession. Plusieurs noms circulent déjà pour remplacer Starmer à Downing Street, parmi lesquels figurent Andy Burnham, figure de l’aile gauche du parti, Wes Streeting, ministre de la Santé récemment démissionnaire, ou encore Angela Rayner, ancienne numéro deux du gouvernement.
La situation reste donc particulièrement volatile. Aucun mécanisme formel de destitution n’a été enclenché, mais la pression médiatique et politique ne faiblit pas. « La question n’est plus de savoir si Starmer peut survivre politiquement, mais pendant combien de temps encore », analyse un observateur politique cité par BFM Business. Les prochaines heures pourraient être décisives, d’autant que les marchés financiers surveillent de près l’évolution de la crise.
Des taux en hausse, reflet d’une défiance généralisée
La remontée des taux d’emprunt britanniques ne concerne pas seulement les obligations à dix ou trente ans. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de hausse des coûts de financement pour l’État, conséquence directe de l’incertitude politique et économique. Selon les analystes, cette situation pourrait peser sur la capacité du gouvernement à financer ses projets, alors que le Royaume-Uni fait déjà face à un ralentissement de sa croissance et à une inflation persistante.
« Les investisseurs réclament une prime de risque accrue pour détenir de la dette britannique », explique un économiste interrogé par BFM Business. « Entre les tensions géopolitiques et l’instabilité politique locale, les perspectives ne sont pas rassurantes. » La guerre en Iran, qui a provoqué une flambée des prix de l’énergie, aggrave encore cette tendance. Les marchés obligataires, traditionnellement sensibles aux risques de crise, réagissent en conséquence.
Cette situation rappelle celle observée en 2008, lors de la crise financière mondiale, où la défiance des investisseurs avait conduit à une hausse brutale des taux d’emprunt pour les États les plus fragilisés. Aujourd’hui, bien que le Royaume-Uni ne soit pas en situation de faillite, la combinaison d’une croissance atone et d’une instabilité politique pourrait, à terme, peser sur sa notation souveraine.
Keir Starmer isolé au sein de son propre parti
La crise qui secoue le Parti travailliste est d’autant plus préoccupante qu’elle survient après une série de revers électoraux. Les élections locales du début du mois de mai ont confirmé un recul historique du Labour, notamment dans des bastions traditionnels comme le Nord de l’Angleterre. Ces résultats ont été interprétés comme un rejet des orientations politiques de Starmer, perçues comme trop modérées par une partie de la base militante.
Dans ce contexte, plusieurs figures du parti ont multiplié les déclarations hostiles au Premier ministre. Andy Burnham, ancien ministre et maire de Manchester, est souvent cité comme un possible remplaçant, notamment pour son ancrage à gauche du Labour. Wes Streeting, ministre de la Santé jusqu’à récemment, est également évoqué, bien que son profil plus centriste pourrait diviser le parti. Enfin, Angela Rayner, ancienne adjointe de Starmer, incarne une ligne plus radicale, susceptible de séduire l’aile gauche.
Pour l’instant, Starmer tente de tenir bon. « Je me bats pour rester à la tête du gouvernement », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse tenue mercredi. « Les Britanniques attendent des résultats, pas des divisions. » Pourtant, les appels à un calendrier clair pour son départ ne faiblissent pas. Certains responsables travaillistes estiment qu’une transition ordonnée serait préférable à une crise prolongée, qui risquerait d’aggraver encore les difficultés du parti.
En conclusion, la concomitance d’une crise politique interne et d’une tension sur les marchés financiers place le Royaume-Uni dans une situation particulièrement délicate. Alors que les incertitudes économiques mondiales ne faiblissent pas, la capacité du gouvernement à rétablir la confiance — auprès de ses électeurs comme des investisseurs — sera déterminante dans les semaines à venir.
Une dégradation de la note souveraine du Royaume-Uni, actuellement notée « AA » par les agences de notation, deviendrait probable si la crise politique s’aggrave et que la croissance économique se contracte davantage. Cela entraînerait une hausse supplémentaire des coûts d’emprunt pour l’État, compliquant encore la situation budgétaire. Les agences pourraient aussi revoir leur perspective à la baisse si l’instabilité politique persiste au-delà de l’été.