Près de deux millions d’euros de pénalités pour avoir biaisé la perception des traitements contre l’obésité. Novo Nordisk et Eli Lilly, deux laboratoires pharmaceutiques majeurs, ont été condamnés pour leurs campagnes publicitaires jugées trompeuses et culpabilisantes. Selon Reporterre, ces publicités, diffusées au printemps 2025 dans les couloirs du métro parisien, présentaient des messages individualisant la responsabilité des patients tout en minimisant les causes environnementales de l’obésité.

Ce qu'il faut retenir

  • Les deux laboratoires, Novo Nordisk et Eli Lilly, ont été condamnés à verser près de 2 millions d’euros pour leurs publicités jugées déguisées.
  • Les campagnes, diffusées au printemps 2025 dans le métro parisien, utilisaient des messages culpabilisants comme « J’ai décidé d’agir, pour moi & pour ma santé ».
  • Ces publicités occultaient les facteurs environnementaux liés à l’obésité, selon l’article de Reporterre.

Des publicités jugées trompeuses et individualisantes

Les campagnes publicitaires en question présentaient des témoignages attribués à des personnes en surpoids, mettant en avant une décision personnelle de perdre du poids. Or, ces messages étaient diffusés dans un contexte où l’obésité est reconnue comme un enjeu multifactoriel, incluant des déterminants environnementaux, sociaux et génétiques. Reporterre souligne que ces publicités, en se focalisant sur la responsabilité individuelle, contribuaient à une vision réductrice des causes de l’obésité.

Les annonces, visibles dans les couloirs du métro parisien, affichaient des slogans du type « J’ai décidé d’agir, pour moi & pour ma santé », créant une impression de choix personnel et immédiat, sans évoquer les obstacles structurels ou collectifs liés à cette pathologie. Les associations de patients et certains experts critiquent depuis longtemps ce type de communication, qui peut renforcer la stigmatisation des personnes concernées.

Une condamnation pour pratiques commerciales trompeuses

La décision de justice intervient après une plainte déposée contre les deux laboratoires pour pratiques commerciales trompeuses. Les juges ont estimé que les publicités en question ne reflétaient pas la réalité des traitements anti-obésité, ni leur efficacité à long terme. Reporterre précise que les condamnations s’élèvent à près de 2 millions d’euros, une somme destinée à sanctionner la désinformation et à dissuader de telles pratiques à l’avenir.

Cette affaire met en lumière les tensions entre les stratégies marketing des laboratoires pharmaceutiques et les impératifs de santé publique. Les médicaments anti-obésité, souvent présentés comme des solutions miracles, sont en réalité des outils parmi d’autres dans une prise en charge globale, incluant l’alimentation, l’activité physique et un accompagnement médical adapté.

L’obésité, un enjeu de santé publique sous-estimé

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’obésité a presque triplé dans le monde depuis 1975. En France, près d’un adulte sur deux est en surpoids, et environ 17 % des adultes sont obèses. Pourtant, le débat public reste souvent polarisé entre les solutions individuelles et les mesures collectives. Reporterre rappelle que cette condamnation rappelle l’importance d’une communication responsable dans le domaine de la santé, afin de ne pas réduire un enjeu complexe à une simple question de volonté personnelle.

Les associations de patients dénoncent depuis des années les discours culpabilisants qui pèsent sur les personnes en surpoids. Pour elles, cette condamnation constitue une victoire contre les logiques de marché qui profitent de la détresse des patients en promettant des résultats rapides et faciles, sans toujours informer des risques ou des limites des traitements.

Et maintenant ?

Cette décision pourrait inciter les autorités de régulation, comme l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP), à renforcer leur contrôle sur les campagnes publicitaires liées aux médicaments. Une consultation publique sur l’encadrement des publicités pour les traitements anti-obésité est d’ailleurs prévue pour la fin de l’année 2026, selon des sources proches du dossier.

Les deux laboratoires concernés n’ont pas encore réagi publiquement à cette condamnation. Leur stratégie future en matière de communication dépendra en partie de l’évolution des réglementations et des attentes sociétales. Une chose est sûre : l’affaire relance le débat sur la place des médicaments dans la lutte contre l’obésité et sur la responsabilité des acteurs du secteur pharmaceutique.