Début juillet, un navire privé de 117 mètres battant pavillon des îles Caïman a sillonné les côtes italiennes, mêlant escales privées et rencontres officielles. Selon Le Monde, Tilman Joseph Fertitta, ambassadeur des États-Unis en Italie, a utilisé ce yacht baptisé « Boardwalk » pour un tour de la péninsule italienne, soulevant des questions sur l’utilisation des moyens de l’État pour sécuriser cette opération.
Ce qu'il faut retenir
- Un yacht de 117 mètres immatriculé aux îles Caïman, le « Boardwalk », a servi de cadre à une tournée diplomatique et privée de l’ambassadeur américain Tilman Joseph Fertitta en Italie début juillet.
- L’opposition italienne critique l’engagement de moyens publics pour assurer la sécurité de cette opération, jugée avant tout privée.
- Cette initiative soulève des interrogations sur la frontière entre activités diplomatiques et distractions personnelles dans le cadre d’une mission officielle.
Une tournée mêlant diplomatie et plaisance
Selon les informations rapportées par Le Monde, l’ambassadeur Tilman Joseph Fertitta a entamé début juillet un périple le long des côtes italiennes à bord du « Boardwalk », un yacht de luxe de 117 mètres immatriculé aux îles Caïman. Ce navire, propriété de l’homme d’affaires américain du même nom, a servi à la fois de cadre pour des rencontres officielles et de lieu de détente. Les escales programmées incluaient des ports majeurs comme Naples, Venise ou encore Gênes, où des réunions avec des autorités locales et des représentants économiques ont été organisées.
Cependant, c’est la mobilisation de moyens étatiques pour garantir la sécurité de cette opération qui suscite la polémique. En effet, des sources proches du dossier ont indiqué à Le Monde que des ressources publiques, notamment des navires de la marine italienne et des équipes de protection diplomatique, auraient été mobilisées pour encadrer le déplacement de l’ambassadeur à bord de son yacht privé.
L’opposition italienne s’insurge contre l’utilisation des fonds publics
Plusieurs partis de l’opposition italienne ont vivement réagi à cette affaire, dénonçant un détournement des moyens de l’État au profit d’une opération perçue comme personnelle. « C’est une utilisation inacceptable des ressources publiques pour des activités qui relèvent du domaine privé », a déclaré Elly Schlein, secrétaire du Parti démocrate, lors d’une conférence de presse à Rome. Elle a ajouté : « Si l’ambassadeur souhaite organiser un voyage privé, il doit le faire à ses frais et sans impliquer les contribuables italiens. »
D’autres figures politiques ont emboîté le pas, pointant du doigt un manque de transparence dans l’organisation de cette tournée. Le Mouvement 5 étoiles, par la voix de son porte-parole, a exigé des clarifications sur les coûts engendrés par la sécurisation du « Boardwalk », suggérant que cette opération pourrait avoir coûté plusieurs centaines de milliers d’euros aux finances italiennes.
Un précédent qui interroge sur les pratiques diplomatiques
Cette affaire intervient alors que les règles encadrant les déplacements des diplomates étrangers en Italie sont de plus en plus scrutées. Selon des diplomates sous couvert d’anonymat, il est courant que des ambassadeurs organisent des événements privés à bord de navires ou d’avions privés, mais la mobilisation de moyens publics pour de telles opérations reste rare et souvent justifiée par des impératifs de sécurité. « Dans le cas présent, la question n’est pas tant la légalité de l’opération que son opportunité », a expliqué un ancien ambassadeur européen à Le Monde. « Quand un représentant étranger utilise un yacht privé pour des activités diplomatiques, il doit s’assurer que cela ne donne pas l’impression d’un mélange des genres entre service public et intérêt personnel. »
Tilman Joseph Fertitta, connu pour son empire dans la restauration et les casinos, n’est pas à son premier fait d’éclat médiatique. Son arrivée en Italie en tant qu’ambassadeur en 2022 avait déjà suscité des commentaires en raison de son profil d’homme d’affaires, peu conventionnel pour un diplomate. Cette fois, c’est la nature même de son déplacement qui alimente les débats.
Cette polémique rappelle également que les pratiques diplomatiques font l’objet d’une attention croissante, notamment depuis que plusieurs pays ont renforcé leurs règles pour éviter les conflits d’intérêts entre activités officielles et privées.
À ce stade, aucune estimation officielle n’a été publiée. Cependant, des sources proches du dossier évoquent un coût potentiel de plusieurs centaines de milliers d’euros, en fonction des moyens mobilisés (navires, équipes de protection, etc.). Le ministère italien des Affaires étrangères n’a pas communiqué sur ce point.