Des centaines de milliers de dromadaires peuplent aujourd’hui l’Outback australien, un héritage inattendu des colons britanniques du XIXe siècle, selon Le Figaro. Importés pour servir de moyens de transport, ces animaux ont été progressivement relâchés dans la nature avec l’avènement de l’automobile. Leur population, estimée aujourd’hui entre 300 000 et un million d’individus, suscite à la fois fascination et défis pour les autorités locales.
Ce qu'il faut retenir
- Entre 300 000 et un million de dromadaires vivent aujourd’hui dans l’Outback australien, descendants des animaux importés au XIXe siècle par les colons britanniques.
- Leur population, non régulée, pourrait doubler tous les huit ans sans contrôle, selon le ministère du Secteur primaire d’Australie-Méridionale.
- En 2024, les exportations de viande de dromadaire représentaient plus de 3,9 millions de dollars australiens, et 68 individus ont été exportés en 2026 vers la Malaisie et l’Indonésie.
- Leur exploitation économique passe aussi par le lait, vendu jusqu’à 12 euros le litre dans certaines fermes, et par le tourisme, comme à Robe, dans le sud de l’Australie.
- Une brasserie locale utilise même leurs excréments pour fumer le malt, donnant naissance à une bière artisanale à 8,2 % d’alcool.
Une présence devenue problématique dans l’Outback
L’absence de prédateurs naturels et de régulation stricte a permis aux dromadaires de prospérer dans les vastes étendues arides de l’Australie. Leur population, aujourd’hui estimée entre 300 000 et un million, pose des défis environnementaux et économiques, comme le rapporte Le Figaro. Les autorités locales signalent des conflits avec le bétail pour l’accès aux ressources, des dégâts sur les clôtures et les points d’eau, ainsi que des dégradations de sites culturels aborigènes. « Certains sillonnent l’Outback en causant parfois des problèmes » pour les habitants et les écosystèmes locaux, soulignent les responsables.
Pour limiter cette expansion, des opérations de capture, d’abattage et de rassemblement sont régulièrement organisées près des points d’eau, où les animaux se concentrent. Sans ces mesures, la population pourrait doubler tous les huit ans, d’après les projections du ministère du Secteur primaire d’Australie-Méridionale. Une gestion qui suscite des débats entre défenseurs de la biodiversité et partisans de leur exploitation économique.
Une économie naissante autour des dromadaires
Si les dromadaires sauvages posent problème, leurs congénères domestiqués représentent une source de revenus pour certains éleveurs australiens. Le marché reste modeste mais en croissance, avec des exportations de viande et de lait qui se développent. En 2024, les exportations de viande de dromadaire ont généré plus de 3,9 millions de dollars australiens, selon les données officielles. En 2026, 68 dromadaires ont déjà été expédiés vers la Malaisie et l’Indonésie, où la demande pour cette viande maigre et riche en protéines est en hausse.
Parmi les acteurs de cette filière, Warwick Hill, un éleveur basé à Robe, dans le sud de l’Australie, mise sur la diversification. Sa ferme, nommée Humpalicious (« hump » signifiant « bosse »), vend du lait de dromadaire à 12 euros le litre, un prix justifié par ses bienfaits supposés pour la santé, notamment pour les personnes souffrant d’allergies. « On les domestique très facilement », explique-t-il à l’AFP. « Le lait présente de nombreux bienfaits pour la santé, comparé aux options grand public trop transformées. »
Le tourisme et l’innovation : des pistes pour valoriser ces animaux
Face à une demande en lait encore limitée, Warwick Hill a diversifié ses activités en misant sur le tourisme. Sa ferme propose des visites guidées et un hébergement, permettant aux visiteurs de découvrir ces animaux souvent méconnus. « Le prix du lait est prohibitif », reconnaît-il, évoquant les coûts élevés de main-d’œuvre et la production laitière relativement faible des dromadaires. « Mais l’expérience permet de changer le regard des gens sur ces animaux. »
Non loin de là, la brasserie Robe Town Brewery a trouvé une idée originale pour recycler les ressources : ses dromadaires sont nourris avec les résidus de céréales issues du brassage, et leurs excréments servent à fumer le malt. Le résultat ? Une bière artisanale à 8,2 % d’alcool, baptisée Holy Smokes, décrite comme « riche, brune et très fumée » par son brasseur, Maris Biezaitis. « En réalité, son goût et son odeur rappellent davantage un malt fumé à la tourbe », précise-t-il pour rassurer les consommateurs.
Les dromadaires, stars de courses et symboles d’un héritage culturel
Plus au nord, dans la localité de Marree, les dromadaires sont les vedettes d’une compétition annuelle : la Marree Camel Cup. Cet événement, qui attire des centaines de spectateurs, met en lumière la vitesse et l’endurance de ces animaux. Lors de la dernière édition, le trophée a été remporté par Young Gun, monté par Patrick Dennis. Joanne Bell, qui a participé en tant que jockey pour la première fois, confie : « Un jockey est un jockey, que ce soit avec un dromadaire ou un cheval. »
Derrière ces courses se cache une histoire humaine : celle des chameliers afghans, du reste de l’Asie centrale ou du Sud, arrivés en Australie dans les années 1860. Certains de leurs descendants vivent encore à Marree, comme Greg Burk, dont l’arrière-grand-père s’est installé en Australie dans les années 1880. « Les dromadaires étaient très résistants, et ils le sont toujours », explique-t-il. « Ils sont toujours chers à mon cœur. »
Une image à redorer : des animaux « vraiment sympathiques »
Warwick Hill, comme d’autres passionnés, espère que ces initiatives permettront de changer l’image des dromadaires, souvent perçus comme des nuisibles. « Ce sont des animaux vraiment sympathiques », affirme-t-il. « Les gens viennent ici et découvrent 50 dromadaires bien élevés, très gentils et affectueux. » Une image qui contraste avec celle des troupeaux sauvages, dont la gestion divise les autorités et les communautés locales.
Entre exploitation économique, tourisme et héritage culturel, les dromadaires australiens incarnent une ressource encore sous-exploitée, mais dont le potentiel suscite un intérêt croissant. Leur avenir dépendra autant des politiques de régulation que de la capacité des acteurs locaux à les valoriser sans aggraver les tensions existantes.
Leur capacité à s’adapter à un environnement aride en fait un atout, à condition de trouver un équilibre entre exploitation économique et préservation des écosystèmes. Leur avenir, entre tradition et innovation, reste donc à écrire.
Les colons britanniques ont importé des dromadaires pour servir de moyens de transport dans l’Outback, un territoire aride où les chevaux et les bœufs avaient du mal à survivre. Leur résistance à la sécheresse et leur capacité à parcourir de longues distances en ont fait des animaux indispensables pour les expéditions et le commerce à l’époque.