Depuis quelques mois, un phénomène original agite TikTok : des vidéos où un vieil homme de l’Auvergne transmet, avec humour et tendresse, les subtilités du patois local à sa petite-fille. Ces échanges, filmés par Estelle et publiés sur les réseaux sociaux, séduisent un public bien plus large que prévu. Selon Ouest France, ces leçons improvisées, où « papy Guy » distille son savoir avec patience, rencontrent un succès qui dépasse les attentes de la jeune femme.

Ce qu'il faut retenir

  • Une transmission familiale filmée à l’initiative d’Estelle, 22 ans, qui souhaite apprendre le patois de son grand-père, Guy, 78 ans.
  • Les vidéos, publiées sur TikTok, rencontrent un succès viral grâce à l’authenticité et l’humour des échanges.
  • Le patois auvergnat, en voie de disparition, bénéficie d’une nouvelle visibilité grâce à ces contenus.
  • Plus de 50 000 abonnés suivent déjà la chaîne d’Estelle, et les vidéos cumulent des millions de vues.

Une initiative familiale devenue virale

Tout a commencé il y a six mois, quand Estelle, étudiante en communication à Clermont-Ferrand, a eu l’idée de filmer son grand-père Guy pour préserver la langue qu’il parle depuis toujours. Guy, retraité ayant vécu toute sa vie en Haute-Loire, parle un patois local riche en expressions oubliées. « C’est une manière de garder un lien avec mon enfance, mais aussi de sauvegarder ce patrimoine », a expliqué Estelle à Ouest France. Elle a commencé à poster des extraits de leurs discussions sur TikTok, sans s’attendre à un tel engouement.

Bientôt, les vidéos ont attiré l’attention d’un public bien plus large. Les internautes ont été séduits par la complicité du duo, mais aussi par l’humour et la pédagogie de Guy. « Ça a tout de suite cartonné », a-t-elle confié. Les réactions sont venues de toute la France, et même de l’étranger, où des Auvergnats expatriés ont reconnu des expressions typiques de leur région.

Le patois auvergnat, un trésor linguistique en péril

Le succès de ces vidéos soulève une question plus large : celle de la transmission des langues régionales. Le patois auvergnat, comme beaucoup de dialectes français, est menacé de disparition. Selon les linguistes, moins de 5 % des habitants de la région le pratiquent encore couramment aujourd’hui. Les efforts de transmission familiale, comme ceux d’Estelle et Guy, prennent alors tout leur sens.

Pour Guy, ces leçons improvisées sont aussi une façon de lutter contre l’oubli. « Je ne veux pas que ces mots disparaissent, a-t-il indiqué. Ils font partie de notre histoire. » Ses vidéos, où il explique des expressions comme « *faire la nouba* » (faire la fête) ou « *être vache* » (être désagréable), permettent à un public jeune de redécouvrir un vocabulaire méconnu.

Un phénomène qui dépasse les frontières de l’Auvergne

L’impact de ces vidéos va bien au-delà des simples réseaux sociaux. Des associations culturelles auvergnates ont déjà contacté Estelle pour organiser des ateliers de patois en ligne ou en présentiel. Certaines écoles primaires de la région envisagent même d’utiliser ces contenus pour initier les enfants à la langue locale. « On reçoit des messages de gens qui redécouvrent des expressions de leur grand-mère grâce à nous », a souligné Estelle.

Le phénomène a aussi attiré l’attention des médias locaux. Plusieurs radios et journaux régionaux ont relayé l’histoire, contribuant à populariser davantage le compte TikTok du duo. Pour Guy, cette notoriété tardive est une fierté : « Je n’aurais jamais cru que mon patois intéresserait autant de monde à mon âge », a-t-il reconnu avec un sourire.

Et maintenant ?

Estelle et Guy prévoient de continuer leurs vidéos, avec l’ambition d’en faire un projet plus structuré. Une campagne de financement participatif a été lancée pour acheter du matériel et organiser des rencontres publiques. « On aimerait aussi collaborer avec des linguistes pour documenter ces expressions avant qu’elles ne tombent dans l’oubli », a précisé Estelle. Le compte TikTok, qui compte déjà plus de 50 000 abonnés, devrait voir son audience grandir avec la saison estivale, période où les Auvergnats sont plus nombreux à partager leurs souvenirs linguistiques.

Pour l’heure, Guy continue ses leçons avec la même passion. « Mon petit-fils de 10 ans commence à s’y mettre aussi », a-t-il révélé. Une preuve que, malgré les années, la transmission reste un cercle vertueux.

Les vidéos sont disponibles sur leur compte TikTok, accessible sous le nom « @papyetestelle ». Leur chaîne est entièrement dédiée aux leçons de patois et aux anecdotes familiales.