Entre Eboli et Battipaglia, au sud de Naples, Antonino Cerrino incarne une révolution discrète mais prometteuse. Éleveur depuis trois générations, il a longtemps vu d’un mauvais œil l’installation de parcs solaires sur les terres qu’il exploite. Pourtant, aujourd’hui, il n’hésiterait pas à y installer ses brebis, tant les bénéfices de cette cohabitation lui semblent évidents. Selon Courrier International, cette conversion illustre les atouts de l’agrivoltaïsme, une pratique encore marginale en Italie malgré son potentiel.

Ce qu'il faut retenir

  • Antonino Cerrino, éleveur napolitain, a changé d’avis sur le photovoltaïque après avoir observé les avantages pour son troupeau
  • Son exploitation, La Bersagliera, compte 200 chèvres, 1 200 brebis et 150 vaches de races locales, élevées en plein air
  • Depuis 2020, Green & Blue, site spécialisé dans les questions environnementales, suit de près l’évolution de l’agrivoltaïsme en Italie
  • Les frères Cerrone produisent et transforment leur lait et leur viande, commercialisés dans la filière Slow Food
  • Leur exploitation couvre 40 hectares de pâturages, mais nécessite la gestion de 1 000 hectares pour assurer le fourrage saisonnier

Un éleveur converti par la pratique

« Je suis éleveur et, il y a encore un an, le photovoltaïque, j’étais contre », confie Antonino Cerrino à Green & Blue, cité par Courrier International. Aujourd’hui, son discours a radicalement changé. « Si un parc solaire en Italie peut accueillir un troupeau, je suis prêt à y amener mes brebis », déclare-t-il. Cette évolution reflète une tendance de fond : l’agrivoltaïsme, qui consiste à associer production d’énergie solaire et activité agricole ou d’élevage, commence à convaincre les professionnels du secteur, même les plus sceptiques.

Avec son frère Vitantonio, Antonino gère l’exploitation La Bersagliera, située dans une région réputée pour la qualité de ses produits laitiers et carnés. Leur modèle repose sur un élevage extensif, où les animaux évoluent librement dans des pâturages. Depuis une décennie, les deux frères ont diversifié leur activité en transformant leur lait et leur viande, proposés sous la marque Slow Food. Cette démarche garantit une traçabilité et une qualité reconnues, grâce à un mode de production respectueux du bien-être animal.

Des pâturages sous tension énergétique

L’exploitation des Cerrino s’étend sur 40 hectares de terres dédiées au pâturage, mais la gestion des ressources fourragères nécessite bien plus. « Entre les herbages d’hiver et d’été, on gère près de 1 000 hectares », précise Antonino. Une superficie qui, si elle était couverte de panneaux solaires, pourrait théoriquement générer une énergie renouvelable tout en maintenant une activité pastorale. Pour lui, l’agrivoltaïsme n’est pas une utopie : c’est une réalité qui, sous certaines conditions, peut s’avérer rentable.

En Italie, où l’agriculture et l’élevage sont souvent perçus comme incompatibles avec les grandes infrastructures énergétiques, l’agrivoltaïsme reste une pratique minoritaire. Pourtant, les exemples comme celui des Cerrino montrent que la cohabitation est possible. Les panneaux solaires, en plus de produire de l’électricité, peuvent offrir un ombrage bienvenu aux animaux en période de forte chaleur. À l’inverse, le pâturage limite la prolifération de certaines mauvaises herbes sous les panneaux, réduisant ainsi les besoins en entretien mécanique.

Une filière en quête de modèles durables

Depuis 2020, Green & Blue, média spécialisé dans les questions environnementales, suit l’évolution de l’agrivoltaïsme en Italie. Fondé comme une section thématique du journal en ligne La Repubblica, ce site d’information analyse les défis et les opportunités liés à la transition énergétique, notamment dans le domaine agricole. Son rôle est de documenter des initiatives comme celle des Cerrino, qui pourraient inspirer d’autres professionnels du secteur.

En Italie, le potentiel de l’agrivoltaïsme est réel, mais son déploiement se heurte à plusieurs obstacles. D’abord, les cadres réglementaires locaux et nationaux peinent à intégrer cette double utilisation des sols. Ensuite, les investissements nécessaires pour adapter les parcs solaires à l’accueil des troupeaux restent importants, même si les retours d’expérience montrent que les bénéfices à long terme sont au rendez-vous. Enfin, la sensibilisation des éleveurs et des agriculteurs à cette pratique est encore insuffisante.

Le modèle Slow Food comme levier de valorisation

Pour les Cerrino, l’agrivoltaïsme s’inscrit dans une démarche globale de valorisation de leurs produits. En commercialisant leur lait et leur viande sous la bannière Slow Food, ils bénéficient d’une reconnaissance qui dépasse les frontières locales. Cette filière, axée sur la qualité et la durabilité, leur permet de négocier des prix plus rémunérateurs, compensant ainsi les coûts supplémentaires liés à l’adaptation de leur exploitation.

Slow Food, mouvement international fondé en 1989, milite pour une alimentation bonne, propre et juste. En Italie, où la gastronomie est une fierté nationale, cette approche rencontre un écho particulier. Les produits des Cerrino, issus d’un élevage extensif et associés à une production d’énergie verte, correspondent parfaitement à l’idéal de Slow Food. « Nos animaux sont nourris au pré, ce qui garantit la qualité de notre lait et de notre viande », explique Antonino. L’agrivoltaïsme, dans ce contexte, devient un outil supplémentaire pour renforcer leur positionnement sur le marché.

Et maintenant ?

L’agrivoltaïsme en Italie pourrait connaître un essor dans les années à venir, à condition que les pouvoirs publics clarifient les règles d’implantation des parcs solaires compatibles avec l’élevage. Les prochaines échéances législatives, notamment au niveau régional, seront déterminantes pour lever les freins administratifs. Par ailleurs, des expérimentations supplémentaires, comme celle menée par les Cerrino, pourraient convaincre d’autres éleveurs de franchir le pas. Reste à voir si les investisseurs seront prêts à financer des infrastructures adaptées, où la rentabilité énergétique se doublerait d’un bénéfice agricole.

Pour Antonino Cerrino, la question ne se pose plus : l’agrivoltaïsme fonctionne, à condition de bien l’organiser. « Aujourd’hui, je dis aux responsables des parcs solaires : si vous construisez une centrale, prévoyez de l’espace pour les brebis. Elles feront le travail de désherbage, et vous gagnerez en image », résume-t-il. Un message clair, qui résonne comme un appel à repenser la transition énergétique à l’échelle des territoires ruraux.

L’agrivoltaïsme est une pratique qui consiste à associer sur un même site une production agricole ou d’élevage et une production d’énergie renouvelable, généralement photovoltaïque. Les panneaux solaires sont installés de manière à laisser suffisamment d’espace pour les cultures ou le pâturage, tout en optimisant l’utilisation du sol. Cette méthode permet de concilier transition énergétique et activité économique traditionnelle.

Pour les éleveurs, l’agrivoltaïsme offre plusieurs bénéfices. Les panneaux solaires procurent de l’ombre aux animaux, ce qui améliore leur bien-être, surtout en période de canicule. De plus, le pâturage sous les panneaux limite la prolifération de certaines adventices, réduisant ainsi les besoins en désherbage mécanique. Enfin, cette pratique peut générer des revenus complémentaires grâce à la location des terres aux exploitants des parcs solaires ou à la vente d’électricité.