Depuis son investiture en mars 2026, le président chilien José Antonio Kast, figure de l’ultraconservatisme, met en œuvre l’une de ses principales promesses de campagne : la réduction drastique du nombre de migrants en situation irrégulière sur le territoire national. Selon Le Figaro, son gouvernement envisage désormais d’obliger les établissements scolaires, les centres de santé et les institutions publiques à transmettre les données personnelles des sans-papiers. Une proposition de loi, actuellement en discussion au Parlement, entend renforcer les procédures d’expulsion, l’une des priorités affichées du chef de l’État.
Ce qu'il faut retenir
- 340 000 migrants en situation irrégulière vivent actuellement au Chili, selon les estimations officielles citées par le président Kast lors de sa campagne.
- Un projet de loi vise à contraindre les écoles et centres de santé à transmettre les données personnelles des migrants en situation irrégulière.
- La ministre de la Santé, May Chomali, a exprimé des réserves sur cette mesure, invoquant le respect de la confidentialité des données de santé.
- Le sous-secrétaire à l’Intérieur, Maximo Pavez, a tenté de clarifier l’objectif de la loi, affirmant qu’elle ne vise qu’à localiser les migrants visés par des décisions d’expulsion.
- L’opposition dénonce une mesure qui, selon elle, empêcherait les migrants irréguliers d’accéder aux prestations sociales et les contraindrait à quitter le pays.
Une promesse de campagne en passe d’être appliquée
José Antonio Kast, élu président du Chili en 2025, avait fait de la lutte contre l’immigration irrégulière un axe central de son programme. Dès les premiers jours de son mandat, il a lancé la construction de tranchées le long de la frontière nord du pays, une mesure symbolique visant à limiter les passages clandestins depuis la Bolivie et le Pérou. Selon Le Figaro, cette volonté de durcissement s’incarne aujourd’hui dans un projet de loi qui, s’il est adopté, obligera les institutions publiques à collaborer activement avec les autorités dans l’identification des migrants sans papiers.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de restriction des droits sociaux pour les personnes en situation irrégulière. Les défenseurs des droits humains craignent que cette politique ne fragilise davantage une population déjà vulnérable, en les privant notamment d’accès aux soins et à l’éducation pour leurs enfants.
Des réserves au sein même du gouvernement
Le texte législatif, qui doit être discuté dans les prochaines semaines au Parlement, a déjà suscité des tensions au sein de l’exécutif chilien. La ministre de la Santé, May Chomali, a vivement critiqué la mesure lors d’une intervention à Teletrece Radio. « Il s’agit d’informations fournies dans le cadre de soins de santé, protégées par le Code de la santé », a-t-elle souligné. « Nous allons défendre cette confidentialité », a-t-elle ajouté, rappelant que les données médicales des patients, y compris les migrants, bénéficient d’une protection légale stricte.
Face à ces objections, le sous-secrétaire à l’Intérieur, Maximo Pavez, a tenté de rassurer en précisant que la loi ne visait pas à sanctionner les migrants, mais uniquement à faciliter l’identification des personnes déjà ciblées par des procédures d’expulsion. « L’objectif est de recueillir des informations pour localiser les individus concernés par des décisions judiciaires », a-t-il expliqué, sans pour autant lever toutes les ambiguïtés sur les modalités pratiques de cette collecte.
L’opposition dénonce une mesure liberticide
Pour les partis d’opposition et les associations de défense des migrants, cette proposition de loi relève d’une stratégie délibérée pour pousser les sans-papiers à quitter le Chili. Juan Pablo Ramaciotti, directeur exécutif du Centre des politiques migratoires, a mis en garde contre les conséquences sociales d’une telle mesure. « Le fait d’avoir des enfants non scolarisés et une population privée de soins de santé serait très préjudiciable », a-t-il déclaré à l’AFP. « Cela ne réduirait pas la population en situation irrégulière, cela ne ferait que la rendre plus vulnérable. »
Les critiques soulignent que cette politique, en limitant l’accès aux services publics, risque de créer une classe de migrants clandestins encore plus exclue, sans pour autant résoudre le problème structurel de l’immigration irrégulière. Selon eux, la mesure pourrait également dissuader les migrants en situation régulière de recourir aux services de santé ou de scolariser leurs enfants, par crainte d’être identifiés et expulsés.
Un débat qui s’inscrit dans un contexte régional tendu
Le durcissement de la politique migratoire chilienne s’inscrit dans une tendance plus large en Amérique latine, où plusieurs pays dirigés par des gouvernements de droite ou d’extrême droite adoptent des mesures similaires. Depuis son élection, José Antonio Kast a multiplié les déclarations fermes sur l’immigration, s’alignant sur des positions proches de celles de dirigeants comme Nayib Bukele au Salvador ou Javier Milei en Argentine. Cette approche, qualifiée de « nouvelle droite » par certains observateurs, marque un tournant par rapport aux politiques plus ouvertes mises en place par les gouvernements précédents au Chili.
Sur le plan intérieur, le projet de loi suscite des interrogations quant à sa conformité avec les engagements internationaux du Chili en matière de droits humains. Le pays est signataire de plusieurs conventions protégeant les droits des migrants, et la mise en œuvre de cette mesure pourrait être contestée devant les instances judiciaires.
En attendant, les 340 000 migrants en situation irrégulière au Chili vivent sous une épée de Damoclès. Leur avenir dépendra non seulement du vote des parlementaires, mais aussi de la capacité des institutions à concilier impératifs sécuritaires et respect des droits fondamentaux. Une question reste en suspens : cette politique parviendra-t-elle à réduire l’immigration irrégulière, ou ne fera-t-elle qu’aggraver les conditions de vie des plus vulnérables ?
Selon le gouvernement, cette mesure vise à faciliter l’identification et l’expulsion des migrants en situation irrégulière déjà ciblés par des décisions judiciaires. Le sous-secrétaire à l’Intérieur, Maximo Pavez, a précisé que l’objectif était de recueillir des informations pour localiser ces personnes, et non de sanctionner les institutions qui les prennent en charge.
Plusieurs associations de défense des droits humains ont déjà annoncé qu’elles contesteraient la loi devant les tribunaux, arguant qu’elle viole le droit à la confidentialité des données médicales et le principe de non-discrimination. Le Chili, signataire de conventions internationales, pourrait être mis en cause pour non-respect de ses engagements.