Selon Le Monde, la Suède traverse une période de profondes transformations dans l’exercice du pouvoir depuis l’arrivée au gouvernement d’une coalition associant la droite et l’extrême droite en 2022. Le journal souligne que ces changements ont abouti à une fragilisation notable de l’État de droit, notamment à travers la mise sous pression des procédures législatives, le contournement des avis d’experts et l’adoption de lois dont la constitutionnalité est contestée. Autant dire que ces pratiques, accumulées sur une période de trois ans et demi, redéfinissent en profondeur le fonctionnement démocratique du royaume scandinave.
Ce qu'il faut retenir
- Une coalition droite-extrême droite au pouvoir depuis 2022 en Suède.
- Trois ans et demi de réformes législatives jugées controversées par les juristes.
- Procédures législatives accélérées au détriment des consultations habituelles.
- Adoption de lois dont la constitutionnalité est remise en cause.
- Des avis d’experts systématiquement ignorés selon les observateurs.
- Une transformation structurelle de la pratique du pouvoir en Suède.
Une gouvernance marquée par l’urgence et le contournement des garde-fous
D’après Le Monde, le gouvernement suédois a progressivement instauré une méthode de travail où l’urgence législative prime sur les garanties démocratiques traditionnelles. Les procédures parlementaires, habituellement longues et minutieuses, ont été raccourcies, parfois au mépris des consultations préalables avec les corps intermédiaires. Cette accélération systématique, critiquée par les juristes, a conduit à une adoption rapide de textes dont la conformité à la Constitution suédoise est désormais questionnée par plusieurs instances.
Parmi les exemples cités, certaines lois votées depuis 2023 ont été élaborées sans l’avis préalable des autorités indépendantes compétentes. Ces institutions, dont le rôle est de veiller au respect des principes constitutionnels, se sont vu systématiquement opposer des fins de non-recevoir par le pouvoir exécutif, ce qui a suscité des tensions au sein même de l’administration.
Des lois constitutionnellement douteuses et une opposition juridique croissante
Le quotidien précise que plusieurs textes adoptés ces dernières années, dont certains modifiant profondément des pans entiers du droit suédois, ont été contestés devant les tribunaux. C’est notamment le cas d’une réforme controversée dans le domaine de l’immigration, mais aussi de modifications apportées au droit du travail et à la liberté de la presse. « Ces lois, bien que votées, posent de graves questions quant à leur légitimité constitutionnelle », a expliqué Anna Jonsson Cornell, professeure de droit public à l’université d’Uppsala, citée par Le Monde.
Un collectif d’une vingtaine de juristes, parmi lesquels d’anciens membres du Conseil constitutionnel suédois, a récemment publié une tribune pour alerter sur ce qu’ils qualifient de « dérive autoritaire rampante ». Ils pointent notamment la multiplication des procédures dites « accélérées », qui permettent au gouvernement d’adopter des mesures sans débat parlementaire approfondi.
Un État de droit en sursis ? Les réactions de la société civile et des institutions
Les associations de défense des droits humains et les syndicats suédois ont multiplié les prises de position ces derniers mois. Sveriges Radio, la radio publique suédoise, a relayé les craintes d’un affaiblissement des contre-pouvoirs, tandis que des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du pays pour dénoncer cette évolution. Le Médiateur suédois pour la justice, une autorité indépendante chargée de veiller au respect de l’État de droit, a lui-même tiré la sonnette d’alarme en janvier 2026, soulignant dans un rapport que « le risque de voir la Suède glisser vers un système moins respectueux des principes démocratiques n’est plus une hypothèse, mais une réalité ».
Face à ces critiques, le gouvernement a maintenu sa ligne, justifiant ses réformes par la nécessité de répondre à des « défis exceptionnels ». Le Premier ministre Ulf Kristersson, leader des Modérés (parti de droite au pouvoir), a répondu aux accusations en affirmant que « la Suède reste une démocratie solide, où les lois sont adoptées dans le respect des règles ».
En attendant, le débat reste vif en Suède, où la société civile et une partie de la classe politique tentent de mobiliser l’opinion publique pour préserver les fondamentaux démocratiques du pays. Le Monde rappelle que cette situation n’est pas sans précédent en Europe, où plusieurs pays ont connu des reculs similaires de l’État de droit ces dernières années.
Parmi les textes les plus controversés figurent la réforme de l’immigration de 2023, qui durcit les conditions d’asile, ainsi qu’une loi sur le droit du travail adoptée en 2024, accusée de réduire les protections des salariés. Une autre mesure, visant à limiter la liberté de la presse dans certains domaines, a également suscité de vives critiques.