Depuis plus d’un an derrière les barreaux, Ekrem Imamoglu, maire d’opposition d’Istanbul, est au cœur de deux procédures judiciaires simultanées. Selon Courrier International, ces procès, qualifiés de « simulacres » par ses soutiens, s’inscrivent dans un contexte politique tendu en Turquie.

Ce qu'il faut retenir

  • Ekrem Imamoglu, emprisonné depuis plus d’un an, fait face à 140 chefs d’accusation, risquant jusqu’à 2 352 années de prison dans un premier procès pour « corruption » et « direction d’une organisation criminelle ».
  • Un second procès, ouvert le 11 mai 2026, le juge pour « espionnage » et « divulgation de données électorales », avec des peines pouvant aller jusqu’à 20 ans de prison.
  • Il est jugé aux côtés de son ancien directeur de campagne et d’un journaliste d’opposition, ex-directeur de la chaîne Tele 1.
  • L’origine de ce dernier procès remonte à une dénonciation d’un homme d’affaires, Hüseyin Gün, qui affirmait avoir été approché par l’équipe d’Imamoglu pour acheter un algorithme électoral.
  • L’accusé a qualifié ce procès d’« absurde » et de « honteux » lors de sa première audience, selon BBC Türkçe.

Un premier procès déjà critiqué pour son manque de transparence

Ekrem Imamoglu, figure du CHP (Parti républicain du peuple), parti d’opposition, a été incarcéré en mars 2025 dans le cadre d’une enquête pour corruption. Le procès, ouvert en mars 2026, accumule 140 chefs d’accusation, dont certains paraissent disproportionnés aux observateurs. Parmi eux, des allégations de « direction d’une organisation criminelle » et de « corruption », bien que les preuves présentées restent floues pour ses défenseurs.

Les peines encourues s’élèvent à 2 352 années de prison, un chiffre vertigineux qui illustre, pour ses partisans, l’acharnement judiciaire à son encontre. « Ce procès tourne au simulacre, car il n’y a pas de fondement solide aux accusations », a souligné un avocat de la défense cité par Courrier International.

Un second procès pour « espionnage », ouvert le 11 mai 2026

Le 11 mai 2026, un nouveau procès a débuté contre Imamoglu, cette fois pour « espionnage » et « divulgation de données électorales à des acteurs étrangers ». Ce dossier repose sur une dénonciation de Hüseyin Gün, un homme d’affaires qui affirmait avoir tenté, sans succès, de vendre à l’équipe du maire un algorithme électoral. Gün a par la suite porté plainte, accusant Imamoglu d’avoir cherché à obtenir des informations sensibles.

Dans cette procédure, Imamoglu est jugé aux côtés de deux coaccusés : son ancien directeur de campagne et Mehmet Yılmaz, journaliste et ex-directeur de Tele 1, une chaîne de télévision d’opposition. Les trois hommes risquent entre 15 et 20 ans de prison si les charges étaient retenues. « Ce procès est absurde et honteux », a déclaré Imamoglu lors de sa première audience, selon BBC Türkçe.

Un contexte politique marqué par la répression de l’opposition

Ces deux procédures judiciaires s’inscrivent dans un climat politique où les figures de l’opposition en Turquie subissent une pression accrue. Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul depuis 2019, est une cible récurrente des autorités. Son élection, marquée par une large victoire, avait déjà été contestée par le pouvoir en place, avant d’être validée par la justice.

Son arrestation en mars 2025 avait suscité une vague de protestations, tant en Turquie qu’à l’international. « Imamoglu incarne une opposition modérée et démocratique, ce qui en fait une menace pour le gouvernement », a analysé Timur Soykan, journaliste d’investigation cité par Courrier International. Une photo le montrant aux côtés de Hüseyin Gün et de sa mère adoptive, mécène de Tele 1, a été brandie comme preuve de ses liens supposés avec des milieux suspects, bien que rien ne permette de confirmer ces allégations.

Des accusations qui peinent à convaincre

L’enquête autour de l’algorithme électoral repose sur le témoignage de Hüseyin Gün, qui affirme avoir été sollicité par l’équipe d’Imamoglu pour acquérir un outil numérique. Pourtant, aucun élément ne prouve que cette demande ait abouti ou que des données sensibles aient été transmises. « Cet homme cherchait simplement à monétiser une technologie, sans succès, avant de se retourner contre ceux qui l’avaient ignoré », a expliqué un observateur politique turc sous couvert d’anonymat.

Quant aux charges de corruption, elles reposent sur des déclarations vagues et des témoignages peu fiables. « Il n’y a pas de preuves tangibles, seulement des spéculations », a dénoncé un membre du CHP, qui voit dans ces procès une manœuvre pour écarter Imamoglu de la scène politique avant les prochaines élections.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes judiciaires seront déterminantes. Le premier procès, en cours depuis mars, devrait rendre ses conclusions d’ici l’été 2026, tandis que le second pourrait aboutir d’ici la fin de l’année. Une condamnation d’Imamoglu, même partielle, pourrait l’empêcher de se représenter à un mandat électoral, alors que son parti, le CHP, mise sur lui pour les prochaines élections locales en 2029. « La Turquie assiste à une instrumentalisation croissante de la justice à des fins politiques », a résumé un analyste basé à Istanbul. Reste à voir si la pression internationale, notamment de l’Union européenne, pourra influencer le cours de ces procédures.

Ces deux procès soulèvent une question centrale : jusqu’où les autorités turques sont-elles prêtes à aller pour museler l’opposition ? Alors que les observateurs internationaux suivent de près ces affaires, le sort d’Ekrem Imamoglu pourrait devenir un symbole des limites de l’État de droit en Turquie.

Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul et membre du CHP, parti d’opposition, incarne une alternative politique crédible au pouvoir en place. Son élection en 2019, puis sa réélection en 2024, ont démontré son ancrage populaire. Son arrestation et les procès intentés contre lui sont perçus comme une tentative d’affaiblir l’opposition avant les prochaines échéances électorales, notamment les élections locales prévues en 2029.

Plusieurs organisations internationales, dont l’Union européenne et des ONG comme Amnesty International, ont exprimé leur inquiétude quant au respect des droits de la défense dans ces procès. Des diplomates européens ont appelé à une procédure équitable, tandis que des députés américains ont évoqué des sanctions potentielles en cas de condamnation politique. Cependant, Ankara rejette ces critiques, les qualifiant d’ingérences dans ses affaires intérieures.