La Commission européenne présente mardi un plan d'action sur les engrais, selon Euronews FR. L'objectif ? Éviter une nouvelle fronde agricole avant les négociations clés sur le budget de la politique agricole commune (PAC), dans un contexte où les prix des engrais flambent sous l'effet du conflit au Moyen-Orient et de la crise énergétique persistante.
Ce qu'il faut retenir
- La hausse des prix des engrais menace la production alimentaire et alimente le mécontentement des agriculteurs face aux politiques vertes de l'UE.
- Bruxelles propose des fonds d'urgence et des paiements anticipés, sous condition d'adopter des pratiques plus durables.
- La production d'engrais en Europe reste inférieure de 10 à 15 % à son niveau d'avant la guerre en Ukraine.
- Les engrais azotés coûtent désormais 70 % plus cher que la moyenne de 2024.
- La Commission veut stimuler la production locale d'engrais biosourcés, mais ces alternatives restent plus coûteuses pour les agriculteurs.
Un contexte explosif pour l'agriculture européenne
Depuis deux ans, les mouvements de protestation des agriculteurs ont secoué plusieurs capitales européennes, de la Belgique à la France en passant par l'Allemagne. Selon Euronews FR, Bruxelles craint que la flambée des coûts de l'énergie et des engrais ne relance les contestations contre l'agenda climatique de l'Union. Les responsables européens redoutent surtout que la hausse des prix n'entraîne une baisse des rendements agricoles et une réduction de la production alimentaire, alimentant ainsi le ressentiment envers les mesures environnementales.
Les partis d'extrême droite et populistes, en progression dans les zones rurales, pourraient tirer profit de ce mécontentement, ce qui ajoute une pression politique à la crise économique. La situation est d'autant plus tendue que les marchés des engrais restent fortement perturbés par la fermeture du détroit d'Ormuz et la persistance des tensions géopolitiques au Moyen-Orient.
Un plan d'urgence sans nouveau financement, mais avec des réaffectations de fonds
Dans le projet de plan sur les engrais révélé par Euronews FR – et susceptible d'évoluer avant sa présentation officielle –, les agriculteurs bénéficieraient de fonds européens d'urgence et de paiements anticipés. Ces aides seraient conditionnées à l'adoption de pratiques plus durables, comme la réduction de l'utilisation d'engrais de synthèse ou le recours à des engrais biosourcés. Aucun nouveau financement n'est prévu, mais le plan mise sur une réaffectation des fonds existants dans le cadre de la PAC.
Christophe Hansen, commissaire européen à l'Agriculture, a indiqué qu'il restait 200 millions d'euros dans la réserve de crise de la PAC. Il a annoncé son intention de « au moins doubler ce montant » pour soutenir les agriculteurs. Un haut responsable de la Commission a précisé que l'exécutif fournirait un « soutien exceptionnel et ciblé » aux agriculteurs les plus touchés, tout en mobilisant davantage de fonds pour la recherche agricole. Les montants exacts restent cependant en discussion.
Des ONG environnementales critiques face à la proposition de la Commission
Les défenseurs de l'environnement jugent déjà la proposition de la Commission « hautement problématique » pour le budget 2027-2034 de la PAC. Dans une déclaration commune, quatre ONG basées à Bruxelles ont souligné que le plan ne prévoyait pas d'augmentation des fonds dédiés à la protection de la nature et des agroécosystèmes, pourtant essentiels pour faire face aux crises du climat et de la biodiversité. « Sans financement dédié à la nature ou aux agroécosystèmes, comment espèrent-ils engager de véritables changements dans un secteur déjà frappé de plein fouet par les crises du climat, de la biodiversité et de la pollution ? », interrogent-elles.
La dépendance européenne aux engrais : un point de fragilité
La production intérieure d'engrais en Europe reste inférieure de 10 à 15 % à son niveau d'avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie, en février 2022. Cette crise a provoqué une flambée des prix du gaz, rendant la production locale d'engrais azotés non rentable. Plusieurs usines ont dû réduire ou suspendre leur activité, révélant la vulnérabilité du bloc face aux chocs énergétiques. Aujourd'hui, les prix des engrais azotés sont supérieurs de 70 % à la moyenne de 2024, selon la Commission.
Christophe Hansen a reconnu les limites de la production européenne, évoquant même la possibilité de revoir les plafonds d'utilisation des nitrates et de l'azote sur les sols si la crise devait s'aggraver. « Certains agriculteurs doivent payer pour se débarrasser de leurs effluents d'élevage, car ils sont limités dans l'usage des nitrates et de l'azote sur leurs sols », a-t-il expliqué.
Les engrais biosourcés, une solution coûteuse mais prometteuse
Nicoló Giacomuzzi-Moore, directeur exécutif de l'entreprise commune Circular Bio-Base Europe, soutenue par la Commission, estime que les engrais biosourcés pourraient remplacer 20 à 40 % des engrais de synthèse. Cette substitution permettrait de réduire les coûts lors des pics de prix tout en apportant des bénéfices environnementaux. Pourtant, ces alternatives restent plus onéreuses pour les agriculteurs que les engrais traditionnels.
Giacomuzzi-Moore a mis en garde contre la concurrence internationale : d'autres pays investissent massivement dans ce secteur et pourraient, à terme, faire baisser les prix. « Nous faisons clairement partie des meilleurs en matière de recherche et d'innovation. Maintenant, nous devons devenir les meilleurs pour garantir un accès fiable au marché, et nous devons le faire de toute urgence », a-t-il déclaré.
Les prochaines étapes à surveiller
Trois échéances majeures se profilent pour les agriculteurs et les décideurs européens. D'abord, la présentation officielle du plan sur les engrais par la Commission, prévue mardi. Ensuite, les discussions sur le budget de la PAC pour 2027-2034, qui devront trancher entre les exigences des agriculteurs, les impératifs environnementaux et les contraintes budgétaires. Enfin, la mise en place de mesures concrètes pour relancer la production locale d'engrais, un dossier où l'innovation et les investissements publics seront déterminants.
En toile de fond, la question de la dépendance européenne aux engrais importés reste entière. Alors que les tensions géopolitiques persistent et que les coûts de l'énergie fluctuent, Bruxelles devra trouver un équilibre entre soutien économique, transition écologique et sécurité alimentaire.
La flambée des prix des engrais en Europe s'explique principalement par deux facteurs : d'abord, la guerre en Ukraine, qui a provoqué une crise énergétique et une hausse des coûts de production, notamment pour les engrais azotés. Ensuite, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, comme la fermeture du détroit d'Ormuz, perturbent les approvisionnements mondiaux. Selon la Commission européenne, les prix des engrais azotés sont désormais supérieurs de 70 % à la moyenne de 2024.
Les agriculteurs, représentés par des groupes comme le Copa-Cogeca, s'opposent à la réforme de la PAC proposée par la Commission, qui prévoit de fusionner le budget traditionnel au sein d'un fonds unique de 6,3 milliards d'euros sur sept ans. Ils réclament le maintien d'une politique agricole autonome, avec un budget sécurisé et protégé contre l'inflation. Par ailleurs, la conditionnalité des aides à l'adoption de pratiques plus durables divise, certains craignant une baisse de leur rentabilité.