L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé un appel urgent aux groupes armés actifs dans la province de l’Ituri, en République démocratique du Congo (RDC), afin qu’ils observent un cessez-le-feu, ne serait-ce que temporairement, pour faciliter l’intervention des équipes médicales face à l’épidémie d’Ebola qui frappe la région. Dans une lettre ouverte publiée jeudi 28 mai 2026, le directeur général de l’OMS, Tedros Ghebreyesus, a insisté sur la nécessité de suspendre les combats, même brièvement, afin de permettre aux soignants d’atteindre les zones affectées. Selon RFI, cette requête illustre l’ampleur des défis sécuritaires qui entravent la réponse à l’épidémie, notamment autour de la ville de Mongbwalu, située dans une zone sous état de siège en raison des conflits armés persistants.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Ituri, province de l’est de la RDC, est en proie à une épidémie d’Ebola tandis que les violences armées y restent endémiques.
  • Tedros Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, a appelé le 28 mai 2026 à un cessez-le-feu temporaire pour faciliter l’accès des soignants.
  • Mongbwalu est l’une des zones critiques où les équipes médicales peinent à intervenir en raison de l’insécurité.
  • La province est placée sous état de siège depuis plusieurs années, aggravant la crise humanitaire et sanitaire.

Une épidémie dans une région sous haute tension

L’Ituri, l’une des provinces les plus instables de la RDC, subit depuis des années les conséquences d’un conflit armé qui a déjà fait des milliers de morts et déplacé plus d’un million de personnes. La région est placée sous état de siège depuis 2020, une mesure exceptionnelle prise par les autorités congolaises pour tenter de rétablir l’autorité de l’État face à la multiplication des groupes armés. Pourtant, cette situation n’a pas permis d’endiguer la propagation d’Ebola, qui a ressurgi à plusieurs reprises dans la province. Selon RFI, les équipes de santé doivent composer avec des restrictions de mouvement imposées par les violences, rendant leur travail d’autant plus périlleux.

Les acteurs humanitaires et sanitaires sur place soulignent que chaque interruption des combats est une opportunité pour vacciner, soigner et tracer les cas contacts. Pourtant, les cessez-le-feu ponctuels, négociés dans le cadre d’accords locaux, restent fragiles et rarement respectés sur le long terme. « Les soignants ne peuvent pas travailler dans un environnement aussi instable », a rappelé un responsable médical joint par RFI, ajoutant que « sans accès sécurisé, des vies sont perdues inutilement ».

L’appel de l’OMS : une réponse adaptée à l’urgence

Dans sa lettre ouverte, Tedros Ghebreyesus a précisé que le cessez-le-feu demandé ne nécessitait pas une trêve prolongée, mais simplement « assez de temps pour que les équipes médicales puissent intervenir ». L’OMS rappelle que l’épidémie d’Ebola en Ituri s’ajoute à une crise sanitaire déjà complexe, marquée par des lacunes en matière d’infrastructures et de personnel qualifié. Selon les dernières données disponibles, plus de 200 cas ont été confirmés depuis le début de l’année 2026, avec un taux de létalité supérieur à 60 %.

L’organisation internationale a également rappelé que les précédentes épidémies d’Ebola en RDC avaient été contenues grâce à des réponses rapides et à une coordination renforcée entre les acteurs locaux et internationaux. « Chaque heure compte lorsque des vies sont en jeu », a souligné le directeur général de l’OMS. Pourtant, sans un engagement concret des parties prenantes, ces efforts risquent d’être vains. RFI indique que plusieurs ONG ont déjà réduit leurs activités dans certaines zones de l’Ituri en raison des risques sécuritaires, limitant ainsi l’impact de leurs interventions.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer si les parties en conflit répondront à l’appel de l’OMS. Une réunion d’urgence est prévue début juin 2026 entre les autorités congolaises, les groupes armés locaux et les partenaires internationaux pour discuter des modalités d’un cessez-le-feu humanitaire. Les organisations humanitaires, elles, appellent à une mobilisation immédiate pour renforcer la protection des civils et des soignants dans les zones les plus exposées, comme Mongbwalu. Reste à voir si les engagements pris seront suivis d’effets concrets sur le terrain.

Contexte : Ebola et crises sécuritaires en RDC

L’épidémie d’Ebola qui touche l’Ituri s’inscrit dans un contexte plus large de crises sanitaires et sécuritaires en RDC. Depuis 2018, le pays a connu plus de dix épidémies d’Ebola, dont la plus meurtrière en 2019-2020 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, avec plus de 2 200 décès. Les conflits armés, l’instabilité politique et les défis logistiques ont systématiquement compliqué la riposte, notamment dans les zones rurales où l’accès est rendu impossible par les combats. Selon RFI, la situation actuelle en Ituri rappelle celle de 2020, lorsque l’épidémie avait été déclarée « urgence de santé publique de portée internationale » par l’OMS.

Par ailleurs, l’état de siège imposé en Ituri n’a pas suffi à rétablir la sécurité. Les groupes armés, dont certains sont actifs depuis des décennies, continuent de défier l’autorité de l’État et de menacer les civils. Les Nations unies et plusieurs pays occidentaux ont multiplié les appels à la paix, mais sans résultat tangible. Dans ce contexte, l’appel à un cessez-le-feu humanitaire reste une solution parmi d’autres, dont l’efficacité dépendra largement de la volonté des belligérants.

L’Ituri est l’une des provinces les plus instables de la RDC, en proie à des conflits armés depuis des années. Ces violences entravent l’accès des soignants, limitent la surveillance épidémiologique et favorisent la propagation des maladies. De plus, la région est marquée par une forte mobilité des populations, ce qui complique le traçage des cas contacts et la vaccination.