Un réseau national d’épilation au laser, Epil House, est désormais au cœur d’une procédure judiciaire initiée par 126 clientes l’accusant de blessures involontaires, d’escroquerie et de pratiques commerciales trompeuses. Selon Le Figaro, ces plaintes ont été regroupées et déposées à Paris par l’avocate Me Rebecca Lahoud-Heilbronner, qui souligne la « gravité de certaines blessures ayant engendré des séquelles à long terme, notamment dans des zones intimes ».
Ce qu'il faut retenir
- 126 plaintes déposées à Paris contre Epil House pour blessures involontaires, escroquerie et pratiques commerciales trompeuses.
- 32 clientes déclarent avoir subi des brûlures lors de séances d’épilation au laser.
- L’avocate Me Rebecca Lahoud-Heilbronner met en cause le rôle des influenceurs ayant promu le réseau.
- Des centres Epil House ont fermé, et les derniers signes d’activité sur les réseaux sociaux remontent à l’été 2025.
- Des experts dénoncent l’absence de qualifications du personnel utilisant les lasers, un problème qualifié de « systémique ».
Des victimes porteuses de séquelles physiques et psychologiques
Parmi les plaignantes figure Isabelle Garde, une quinquagénaire qui garde des cicatrices visibles aux avant-bras malgré des tatouages couvrant les marques. « Quand les gens regardent, j’ai la sensation d’être une bête de foire », confie-t-elle. Sa troisième séance d’épilation au laser, réalisée en région parisienne avec sa fille de vingt ans, a tourné au drame. « C’est parti vraiment en vrille », raconte-t-elle. « À peine le laser a commencé, j’ai eu des marques rouges, couleur sang. » Un médecin a diagnostiqué une brûlure entre le second et le troisième degré.
Ces témoignages illustrent les risques encourus par les clientes de centres Epil House. Les procédures judiciaires révèlent que certaines victimes ont subi des brûlures graves, parfois définitives, après avoir été traitées par du personnel non qualifié. Les plaignantes dénoncent également l’absence de réponse de la part des centres, dont la plupart ont fermé leurs portes. Les derniers signes d’activité sur les réseaux sociaux du réseau remontent à l’été 2025.
Des pratiques commerciales dénoncées et un rôle des influenceurs questionné
Dans la plainte déposée, Me Lahoud-Heilbronner estime qu’il faudra « également interroger le rôle des influenceurs » ayant fait la promotion d’Epil House. Plusieurs personnalités des réseaux sociaux ont en effet relayé les services de ce réseau, contribuant à attirer un grand nombre de clientes. L’avocate souligne que ces influenceurs pourraient être complices des pratiques commerciales trompeuses dénoncées.
Le collectif Aide aux victimes d’influenceurs (AVI), représenté par son porte-parole Jean-Baptiste Boisseau, dénonce « le caractère systémique du problème ». « Malheureusement, Epil House n’est pas le seul dossier où du personnel utilise des lasers sans avoir les qualifications requises, ce qui est dangereux », explique-t-il. François Turmel, président du Syndicat national des médecins esthétiques, abonde dans ce sens : « Dans ces centres Epil House, la “technicienne”, je ne sais pas comment l’appeler, change en permanence. Ce qui revient, c’est l’absence totale de compétence et de qualification. »
Un réseau organisé comme une « construction mafieuse »
Jean-Baptiste Boisseau compare la structure d’Epil House à une « construction un peu mafieuse » : « Ces réseaux se montent très rapidement, attirent beaucoup de monde et génèrent un afflux de liquidités, puis tout le monde disparaît dans la nature. » Selon lui, cette organisation permet aux responsables de se soustraire à leurs responsabilités une fois les plaintes déposées. Sollicitée via une adresse mail encore active, la chaîne n’a pas répondu aux demandes de Le Figaro.
Les experts interrogés par le quotidien soulignent également un vide juridique exploité par ces centres. « Nous avons alerté les pouvoirs publics, mais à leur décharge, c’est une directive européenne qui permet ce type de laisser-aller sur les lasers », précise François Turmel. Cette directive européenne autorise en effet l’utilisation de lasers dans des centres non médicaux, sous réserve de respecter certaines normes, souvent mal contrôlées.
Reste à voir si cette affaire permettra de renforcer les contrôles sur les centres d’épilation au laser et de mieux encadrer la promotion de leurs services par les influenceurs. Les prochaines étapes judiciaires seront déterminantes pour établir les responsabilités et éviter que de nouvelles victimes ne soient exposées à des risques similaires.
En France, l’utilisation d’un laser d’épilation est réglementée par une directive européenne. Elle peut être pratiquée par du personnel non médical, à condition de respecter des normes de sécurité. Cependant, cette réglementation est souvent critiquée pour son manque de rigueur, permettant à des centres comme Epil House d’employer du personnel non qualifié.
Epil House risque des poursuites pénales pour blessures involontaires, escroquerie et pratiques commerciales trompeuses. Si les centres sont déclarés responsables, ils pourraient être condamnés à verser des dommages et intérêts aux victimes. Par ailleurs, une fermeture définitive des centres pourrait être ordonnée par la justice.