Aux États-Unis, un nouvel acteur du marché mobile vient bousculer les principes de neutralité du net. Radiant Mobile, un opérateur virtuel (MVNO) basé aux États-Unis, propose depuis le 5 mai 2026 un forfait mobile « centré sur Jésus », intégrant par défaut un filtrage strict de la pornographie et des contenus LGBTQ+. Selon Numerama, cette offre, irréversible et impossible à désactiver, s’adresse explicitement aux familles chrétiennes conservatrices et s’accompagne d’une promesse : un internet « purifié » des contenus jugés immoraux ou déviants.
Ce qu'il faut retenir
- Un forfait mobile « centré sur Jésus » lancé le 5 mai 2026 aux États-Unis par Radiant Mobile, un MVNO utilisant l’infrastructure de T-Mobile
- Filtrage par défaut impossible à désactiver, bloquant pornographie, contenus LGBTQ+ et certains sites universitaires comme lgbtq.yale.edu
- L’abonnement à 30 dollars par mois, dont une partie reversée aux paroisses locales, selon Numerama
- L’opérateur utilise une technologie de filtrage au niveau du réseau, via le spécialiste israélien de la cybersécurité Allot
- Radiant Mobile envisage aussi de proposer des contenus générés par IA à vocation religieuse, comme des réécritures de contes pour enfants
Une offre radicale pour un public niche
Radiant Mobile se présente comme une solution dédiée aux familles chrétiennes conservatrices souhaitant protéger leurs enfants d’un internet jugé trop permissif. L’offre, au prix de 30 dollars par mois, inclut un accès mobile avec un filtrage systématique de la pornographie, des contenus LGBTQ+, des jeux violents, mais aussi du satanisme ou des sites liés aux sectes. Le fondateur de l’opérateur, Paul Fisher, a détaillé cette philosophie dans une interview accordée au MIT Technology Review le 1er mai 2026 : « Nous allons créer un environnement sans pornographie, sans LGBT, sans trans », a-t-il affirmé. Une partie du tarif mensuel serait même reversée aux paroisses des utilisateurs, transformant l’abonnement en une forme de don numérique.
Un filtrage technique et sans appel
Contrairement aux applications de contrôle parental classiques, Radiant Mobile applique son filtrage directement au niveau du réseau, grâce à un partenariat avec la société israélienne Allot. Ce système, baptisé « Radiant Shield », divise le web en 120 catégories et sous-catégories, certaines bloquées à jamais, d’autres accessibles selon l’âge de l’utilisateur. Si des contenus comme le terrorisme, la pédopornographie ou le suicide sont naturellement filtrés, d’autres choix surprennent : les jeux d’argent, les drogues (même nocives) ou l’avortement restent accessibles aux adultes, tandis que la violence, les armes ou l’astrologie — pourtant incompatible avec la foi chrétienne — ne le sont pas. Le filtrage s’avère particulièrement strict : un site grand public publiant trop souvent des articles sur la transidentité ou le genre, même en dehors des pages incriminées, risque d’être bloqué dans son intégralité.
Des blocages qui dépassent le cadre attendu
Les exemples de surblocage sont nombreux. Le sous-domaine dédié aux étudiants LGBTQ+ de l’université de Yale, lgbtq.yale.edu, est inaccessible depuis le réseau Radiant Mobile, alors que le portail principal de l’établissement reste consultable. L’algorithme traque également les termes liés au genre ou à la sexualité, au point de bloquer des ressources éducatives ou militantes. Une particularité technique explique cette rigidité : le filtrage ne s’applique qu’aux connexions mobiles. Sur un réseau Wi-Fi, la censure ne fonctionne pas, laissant la porte ouverte à des contournements pour les utilisateurs déterminés. Pour les adultes souscrivant eux-mêmes à l’offre, la seule alternative consisterait à changer d’opérateur, faute de pouvoir désactiver le filtrage.
Vers un internet à deux vitesses ?
Radiant Mobile ne se contente pas de censurer : l’opérateur compte aussi remplir le vide numérique laissé par ses blocages avec des contenus générés par intelligence artificielle, imprégnés de valeurs religieuses. Paul Fisher a évoqué une réécriture de personnages de contes pour enfants — comme Cendrillon ou la Fée Clochette — selon un prisme conservateur. Cette initiative soulève des questions sur la dérive possible d’un internet segmenté, où chaque acteur pourrait imposer ses propres normes. Pour l’heure, Radiant Mobile se présente comme une niche, mais son modèle interroge sur l’avenir de la neutralité du net aux États-Unis, où les débats sur la régulation d’internet restent vifs.
Pour les familles américaines en quête d’un internet « safe » selon leurs valeurs, Radiant Mobile propose une solution radicale. Pour les défenseurs de la neutralité du net, c’est une nouvelle brèche dans un principe déjà fragilisé. Entre liberté de choix et censure déguisée, le débat est lancé — et il ne fait que commencer.
Radiant Mobile utilise une technologie de filtrage au niveau du réseau, fournie par l’entreprise israélienne Allot. Contrairement à une application de contrôle parental classique, ce système s’applique directement sur les connexions mobiles et ne peut pas être désactivé par l’utilisateur. Il bloque les contenus en fonction de 120 catégories prédéfinies, certaines étant systématiquement inaccessibles (pornographie, LGBTQ+, etc.), tandis que d’autres dépendent de l’âge de l’utilisateur.