Le Parti de la prospérité (PP), dirigé par le Premier ministre sortant Abiy Ahmed, a remporté largement les élections législatives du 1er juin 2026 en Éthiopie. Selon les résultats annoncés ce samedi 21 juin par la commission électorale nationale (Nebe), le PP rafle **90 % des sièges** de la Chambre basse du Parlement, confirmant ainsi la domination du pouvoir en place dans ce pays de plus de **130 millions d’habitants**, deuxième État le plus peuplé d’Afrique.
Ce qu'il faut retenir
- Résultat électoral : Le PP obtient **438 sièges sur 486** attribués, soit **90 % des sièges** de la Chambre des représentants du peuple (HoPR), selon les chiffres de la Nebe.
- Contexte régional tendu : Les élections n’ont pas eu lieu dans le Tigré, où le scrutin est reporté pour la deuxième fois consécutive en raison du conflit armé (2020-2022) ayant causé près de **600 000 morts**. Les tensions persistent entre Addis-Abeba et les autorités tigréennes.
- Violences électorales : Des affrontements ont éclaté dans les régions de l’Oromia et de l’Amhara, perturbant le processus électoral. Selon l’ONG Acled, **au moins 90 affrontements** ont opposé les forces de sécurité aux milices Fano en Amhara, tandis que l’Armée de libération oromo (OLA) a attaqué des villages en Oromia, faisant **au moins 11 morts civils**.
- Participation et opposition : Sur **54 millions d’inscrits**, seulement **40 millions d’électeurs** se sont déplacés. L’opposition, divisée et affaiblie, n’a pu présenter que **293 candidats** pour le parti Ezema, contre **461 pour le PP**. Dans 64 circonscriptions, le PP était seul en lice.
- Économie et croissance : Malgré une croissance prévue à **plus de 9 % en 2026** par le FMI, l’Éthiopie reste dépendante de l’aide internationale et affiche un taux de pauvreté en hausse (**43 % de la population** selon la Banque mondiale).
Un scrutin marqué par l’hégémonie du pouvoir et des violences persistantes
Les législatives du 1er juin 2026 en Éthiopie ont confirmé la mainmise du Parti de la prospérité (PP) sur le Parlement, avec **438 sièges sur 486** attribués, selon les chiffres définitifs publiés par la commission électorale nationale (Nebe). Ce score, qui s’ajoute aux **96 % des sièges** détenus par le PP dans l’ancienne législature, illustre la difficulté pour l’opposition à s’imposer dans un système politique dominé par le pouvoir en place.
Comme le rapporte Le Figaro, le scrutin a été perturbé par des violences dans plusieurs régions. Dans l’Amhara, les milices nationalistes Fano, en conflit ouvert avec les forces fédérales depuis plus de trois ans, ont multiplié les attaques contre les bureaux de vote. En Oromia, l’Armée de libération oromo (OLA) a mené des attaques ciblées, notamment dans le district d’Arsi, faisant **au moins 11 morts civils** selon des témoignages recueillis par l’AFP. Au total, **143 bureaux de vote n’ont pas ouvert** en raison de « problèmes de sécurité », et le vote a été interrompu dans plusieurs autres centres.
Des élections entachées par l’absence des régions en conflit
Les tensions régionales ont joué un rôle majeur dans l’organisation de ce scrutin. Comme en 2021, les élections n’ont pas pu se tenir dans le **Tigré**, région du nord du pays en proie à un conflit armé dévastateur entre 2020 et 2022. Ce conflit, qui a fait près de **600 000 morts** et déplacé plus d’un million de personnes, laisse encore des cicatrices profondes. Les autorités tigréennes et le gouvernement fédéral d’Abiy Ahmed s’accusent mutuellement de vouloir relancer les hostilités, et des mouvements de troupes ont été observés ces dernières semaines à la frontière.
La même situation s’est répétée dans huit circonscriptions de l’**Amhara**, deuxième région la plus peuplée du pays, où les milices Fano ont menacé d’empêcher le bon déroulement du vote. Résultat : le scrutin a été reporté dans **15 circonscriptions** réparties dans trois États régionaux, sans que la Nebe n’en précise les raisons exactes. Ces reports, couplés aux violences, ont contribué à une participation en demi-teinte : seulement **40 millions de votants** sur 54 millions d’inscrits, soit un taux de participation d’environ **74 %**.
Un Premier ministre en position de force pour un troisième mandat
Abiy Ahmed, Premier ministre depuis 2018, a vu son parti consolider sa mainmise sur le pouvoir. La nouvelle Chambre des représentants du peuple (HoPR), dont les membres prendront leurs fonctions entre fin septembre et début octobre 2026, devrait reconduire Abiy Ahmed à la tête du gouvernement. « Il fait peu de doutes que M. Abiy sera candidat à sa propre succession », estime Le Figaro, soulignant que le chef du gouvernement, auréolé à son arrivée au pouvoir pour sa politique d’ouverture et la libération de prisonniers d’opinion, est aujourd’hui critiqué pour sa gestion autoritaire.
Son bilan est en effet contrasté. D’un côté, Abiy Ahmed a engagé des réformes économiques ambitieuses, comme la rénovation des grandes villes ou le lancement de la construction du plus grand aéroport du continent. De l’autre, son gouvernement est régulièrement accusé de réprimer les voix dissidentes et les journalistes. Plusieurs observateurs, dont la mission de l’**Union africaine (UA)**, ont pointé un contexte sécuritaire « particulièrement difficile » dans les régions d’Oromia, d’Amhara et du Tigré, où « l’insécurité a affecté les activités politiques et la participation des électeurs ».
Une opposition fragmentée et un paysage politique verrouillé
Face au Parti de la prospérité, l’opposition n’a pas réussi à se structurer. Le principal parti d’opposition, Ezema, n’a présenté que **293 candidats**, contre **461 pour le PP**, et était même seul en lice dans **64 circonscriptions**. Selon l’ONG **Acled**, spécialisée dans l’analyse des conflits, les Fano ont provoqué « au moins 90 affrontements avec les forces de sécurité » en Amhara le jour du scrutin. « L’Éthiopie n’a jamais connu d’élections réellement libres et équitables », rappelle Le Figaro, soulignant que depuis la chute du régime militaro-marxiste du Derg en 1991, les partis au pouvoir ont toujours été reconduits massivement, malgré des accusations récurrentes de fraudes.
Cette domination du PP s’inscrit dans un contexte économique paradoxal. Si le **Fonds monétaire international (FMI)** table sur une croissance de **plus de 9 % en 2026**, l’un des taux les plus élevés au monde, l’Éthiopie reste dépendante de l’aide internationale et voit son taux de pauvreté augmenter. La Banque mondiale estime que **43 % de la population** vit sous le seuil de pauvreté, un chiffre en hausse malgré les grands travaux lancés par le gouvernement.
Quant aux élections reportées dans le Tigré et l’Amhara, aucune date n’a encore été annoncée. Leur organisation dépendra de l’évolution du contexte sécuritaire, alors que les deux camps s’accusent mutuellement de vouloir relancer les hostilités.
Les élections n’ont pas pu se tenir dans le Tigré en raison du conflit armé qui a opposé entre 2020 et 2022 les forces locales aux troupes fédérales. Ce conflit a fait près de 600 000 morts et déplacé plus d’un million de personnes. Les tensions persistent entre Addis-Abeba et les autorités tigréennes, rendant impossible l’organisation d’un scrutin dans des conditions normales, comme le rapporte Le Figaro.