La finale de l’Eurovision 2026, qui s’est tenue à Vienne (Autriche) le 16 mai, a laissé des traces au-delà de la scène musicale. En Moldavie, le faible score attribué par le jury national à la chanson roumaine « Choke Me », arrivée troisième du classement final, a déclenché une polémique nationale et conduit à la démission du président de la télévision publique moldave. Selon Franceinfo - Culture, cette affaire illustre les tensions géopolitiques et culturelles entre les deux pays voisins, malgré leurs liens historiques et linguistiques.
Ce qu'il faut retenir
- Le jury moldave n’a attribué que 3 points à la chanson roumaine « Choke Me », malgré sa troisième place au classement final.
- Vlad Turcan, président de Teleradio Moldova (TRM), a démissionné le 18 mai en assumant la responsabilité du vote controversé.
- La Moldavie et la Roumanie partagent une histoire commune et une langue officielle similaire, avec près de 850 000 Moldaves détenant la double nationalité.
- La polémique a également porté sur l’absence de points attribués à l’Ukraine, pays voisin en première ligne face à la guerre.
- La présidente moldave Maia Sandu est intervenue pour rappeler l’importance des relations bilatérales avec la Roumanie.
Un vote controversé et ses conséquences immédiates
Lors de la finale de l’Eurovision 2026, la Moldavie a attribué seulement trois points à la chanson roumaine « Choke Me », interprétée par Alexandra Capitanescu, qui a pourtant terminé sur le podium à la troisième place. Ce score minimaliste a provoqué une vague d’indignation en Moldavie, où une partie de la population a estimé que ce vote était disproportionné. Selon Franceinfo - Culture, le président de Teleradio Moldova (TRM), Vlad Turcan, a annoncé sa démission le 18 mai, assumant pleinement la responsabilité de cette décision.
Dans un communiqué, Vlad Turcan a déclaré : « Nos sentiments envers la Roumanie ne peuvent être que des sentiments d’amour ». Il a précisé que la TRM ne cherchait pas à influencer les jurys, tout en reconnaissant que ce résultat « reste… ma responsabilité, en tant que président de cette institution ». Sa démission a été présentée comme un acte de désolidarisation face à un vote perçu comme une trahison des relations fraternelles entre les deux nations.
Moldavie et Roumanie : une relation complexe entre histoire et politique
Les liens entre la Moldavie et la Roumanie sont profonds. Les deux pays partagent le roumain comme langue officielle et ont formé une seule entité politique au début du XXe siècle. Aujourd’hui, près de 850 000 Moldaves, sur une population totale de 2,8 millions d’habitants, possèdent la double nationalité. Malgré cette proximité, les relations bilatérales sont parfois tendues, notamment en raison des tensions géopolitiques régionales.
Lors de l’Eurovision, le public roumain a attribué ses 12 points à la Moldavie, tandis que le jury moldave lui en a attribué 10. Inversement, le public moldave a accordé ses 12 points à la Roumanie. Un échange de bons procédés qui contraste avec le score minimaliste du jury moldave envers la chanson roumaine. Cette asymétrie a alimenté les critiques, d’autant que le public ukrainien n’a reçu aucun point de la part de la Moldavie, un pays voisin en première ligne face à l’invasion russe.
Une polémique qui dépasse l’Eurovision
L’affaire a rapidement pris une dimension politique. Dès le 17 mai, le ministre de la Culture moldave a exigé des « explications » auprès de la TRM, rapporte Mediafax. La chaîne publique a répondu par un communiqué affirmant ne pas influencer les décisions des jurys et en révélant l’identité des jurés ainsi que leurs fonctions. Elle a précisé : « Nous soulignons que ce résultat ne représente en aucun cas l’avis de la chaîne ».
Cependant, ces mesures n’ont pas suffi à calmer la polémique. Victoria Cusnir, membre du jury moldave, a critiqué sur Facebook ce qu’elle qualifie de « lynchage public ». Elle a estimé que la question du vote des jurys pour leurs voisins « devrait être abordée dès le départ », ajoutant que son vote n’était pas « une expression d’un sentiment antiroumain ». De son côté, Alexandra Capitanescu a minimisé l’incident sur Instagram, déclarant : « Les jurys évaluent les chansons comme bon leur semble ».
L’intervention de la présidente moldave Maia Sandu
La présidente moldave Maia Sandu a elle-même pris position pour défendre les relations avec la Roumanie. Dans une déclaration rapportée par Moldova 1, elle a souligné : « Nous ne devons laisser rien ni personne nuire aux relations entre nos deux pays. Il est important que le public moldave ait témoigné sa plus grande reconnaissance aux artistes roumains ». Cette intervention s’inscrit dans un contexte où Maia Sandu a déjà exprimé son soutien à une éventuelle réunification de la Moldavie avec la Roumanie, tout en défendant l’adhésion de son pays à l’Union européenne, candidate depuis 2023.
La Moldavie, pays le plus pauvre d’Europe, est en effet en proie à des pressions géopolitiques majeures. Son soutien à l’Ukraine et ses ambitions européennes contrastent avec les tensions persistantes avec la Russie. Dans ce contexte, les relations avec la Roumanie, bien que historiquement fortes, restent un sujet sensible.
L’Eurovision, souvent perçu comme une compétition musicale apolitique, rappelle une fois de plus que même les événements culturels peuvent être le reflet des tensions géopolitiques. Entre histoire commune et rivalités modernes, le vote moldave de 2026 aura marqué les esprits bien au-delà de la scène musicale.
La Moldavie et la Roumanie partagent une langue commune, le roumain, et ont formé une seule entité politique au début du XXe siècle. Aujourd’hui, près de 850 000 Moldaves possèdent la double nationalité, et les échanges culturels entre les deux pays restent très forts. Cependant, leurs relations sont aussi marquées par des divergences politiques, notamment en matière d’intégration européenne et de positionnement géopolitique face à la Russie.
La TRM devra désigner un nouveau président dans les prochaines semaines. Parallèlement, la polémique pourrait relancer le débat sur la transparence et l’indépendance des jurys de l’Eurovision, notamment concernant les votes entre pays voisins. Aucune réforme officielle n’a encore été annoncée, mais cette affaire pourrait servir d’électrochoc pour moderniser les règles de la compétition.