Alors que la guerre dans la bande de Gaza s’étire depuis plus d’un an et demi, les répercussions se font sentir bien au-delà des territoires palestiniens. Ramy Shaath, militant franco-palestinien de 54 ans, se retrouve aujourd’hui sous le coup d’une procédure d’expulsion engagée par la préfecture des Hauts-de-Seine. Selon RFI, cette décision intervient après plusieurs prises de position publiques jugées radicales depuis le début du conflit.

Ancien conseiller politique de Yasser Arafat, Ramy Shaath a connu une trajectoire marquée par l’engagement politique et les épreuves judiciaires. Incarcéré en Égypte entre 2019 et 2022 pour ses activités militantes, il a bénéficié d’une libération obtenue grâce à l’intervention d’Emmanuel Macron. Depuis, il réside en France avec son épouse et sa fille, toutes deux de nationalité française. C’est dans ce contexte qu’il se voit aujourd’hui menacé d’être contraint de quitter le territoire national.

Ce qu'il faut retenir

  • Ramy Shaath, 54 ans, ancien conseiller de Yasser Arafat, est visé par une procédure d’expulsion depuis la préfecture de Nanterre.
  • Il a été incarcéré en Égypte de 2019 à 2022 avant d’être libéré à la faveur d’une intervention d’Emmanuel Macron.
  • Ses prises de position sur la guerre à Gaza ont été jugées radicales par les autorités françaises.
  • Il vit en France avec sa femme et sa fille, toutes deux françaises, depuis sa libération.
  • L’expulsion est actuellement en cours d’examen par les services préfectoraux.

Un militant au parcours politique marqué

Ramy Shaath incarne une figure du militantisme palestinien, proche des cercles historiques de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Son engagement aux côtés de Yasser Arafat, dans les années 1990 et 2000, lui a valu une reconnaissance dans les milieux politiques palestiniens. Pourtant, son parcours a été jalonné de périodes de répression : son incarcération en Égypte, entre 2019 et 2022, s’inscrivait dans un contexte de durcissement des autorités égyptiennes contre les opposants politiques, y compris ceux liés à la cause palestinienne.

C’est après des années de lutte que Shaath obtient une libération, facilitée par une médiation diplomatique de haut niveau. Cette issue lui permet de s’installer en France, pays où il retrouve une partie de sa famille, tout en continuant à s’exprimer publiquement sur la situation en Palestine. — Une situation qui, aujourd’hui, se retourne contre lui.

La guerre à Gaza, point de bascule de sa situation administrative

Depuis l’escalade du conflit à Gaza en octobre 2023, Ramy Shaath a multiplié les prises de parole pour dénoncer la situation humanitaire et appeler à la fin des hostilités. Ses interventions, relayées sur les réseaux sociaux et dans certains médias, lui ont valu une attention accrue des autorités françaises. Selon RFI, ces prises de position ont été jugées suffisamment radicales pour déclencher une procédure d’expulsion, alors même qu’il bénéficie du statut de résident en France depuis plusieurs années.

Les motifs invoqués par la préfecture de Nanterre, où son dossier est examiné, n’ont pas été détaillés publiquement. Cependant, des sources proches du dossier indiquent que ses déclarations publiques, notamment sur les réseaux sociaux, ont été analysées comme une remise en cause de l’ordre public ou une incitation à la haine. — Une interprétation que son avocat conteste fermement.

« Mon crime est de parler de mon pays. Je n’ai jamais appelé à la violence, seulement à la justice et à la liberté pour mon peuple. »
— Ramy Shaath

Une procédure qui interroge sur la liberté d’expression

L’affaire Ramy Shaath soulève des questions plus larges sur les limites de la liberté d’expression en France, notamment lorsqu’il s’agit de sujets aussi sensibles que le conflit israélo-palestinien. Alors que le gouvernement français a régulièrement réaffirmé son attachement à ce principe, des cas comme celui de Shaath illustrent les tensions persistantes entre liberté d’opinion et impératifs sécuritaires.

Son avocat, qui a accepté de s’exprimer sous couvert d’anonymat, a souligné que son client n’a jamais été condamné pour apologie du terrorisme ou incitation à la violence. « Il s’agit d’une procédure administrative, pas judiciaire, qui repose sur des interprétations subjectives de ses propos », a-t-il déclaré à RFI. Une argumentation qui pourrait être au cœur des recours envisagés par la défense.

Et maintenant ?

La procédure d’expulsion engagée par la préfecture de Nanterre pourrait aboutir dans les prochaines semaines, selon des sources internes citées par RFI. Si la décision est confirmée, Ramy Shaath pourrait être contraint de quitter le territoire français, un scénario qui le priverait de sa vie familiale et professionnelle en France. Son avocat a déjà annoncé son intention de déposer un recours devant le tribunal administratif, une étape qui pourrait suspendre, au moins temporairement, son expulsion.

Quoi qu’il en soit, cette affaire rappelle que la liberté d’expression, surtout sur des sujets aussi polarisants, reste un terrain de débats intenses en France. Une audience décisive pourrait intervenir d’ici la fin du mois de juin, selon les observateurs.

La préfecture de Nanterre a engagé une procédure d’expulsion à son encontre en raison de plusieurs prises de position jugées radicales depuis le début de la guerre à Gaza. Ses déclarations publiques, notamment sur les réseaux sociaux, ont été analysées comme une remise en cause de l’ordre public ou une incitation à la haine, bien qu’aucune condamnation judiciaire ne soit associée à ces propos.