Les symptômes sont désormais bien connus des salariés : vision qui se trouble, yeux qui piquent, migraines ou encore maux de tête persistants. Selon Ouest France, ces signes sont autant de manifestations d’une fatigue visuelle grandissante, directement liée aux longues heures passées devant les écrans, que ce soit au bureau, à domicile ou en télétravail. Un phénomène qui touche une part croissante de la population active et dont les spécialistes tirent la sonnette d’alarme.

Ce qu'il faut retenir

  • La fatigue visuelle touche de nombreux travailleurs en raison d’une exposition prolongée aux écrans, selon les ophtalmologues et orthoptistes.
  • Les symptômes les plus fréquents incluent une vision brouillée, des picotements oculaires et des maux de tête.
  • Des gestes de prévention existent pour limiter ces troubles, même en cas d’usage intensif des écrans.

Des troubles liés à l’hyperconnexion numérique

D’après les professionnels de santé interrogés par Ouest France, la fatigue visuelle, ou syndrome de vision artificielle, résulte principalement d’une sollicitation excessive des yeux. En France, près de 70 % des actifs utilisent un écran au moins quatre heures par jour, un chiffre qui a bondi depuis la généralisation du télétravail. Entre 2020 et 2025, les consultations pour ce type de troubles ont augmenté de 30 %, selon l’Association nationale pour l’amélioration de la vue (AsnaV).

Le problème s’aggrave avec le vieillissement de la population : la presbytie, naturelle après 40 ans, aggrave la sensibilité des yeux à la lumière bleue émise par les écrans. Autant dire que les générations de travailleurs quadragénaires et quinquagénaires sont les plus exposées à ces symptômes. Les écrans d’ordinateurs, tablettes et smartphones, souvent utilisés à moins de 50 cm des yeux, sollicitent en permanence les muscles oculaires, entraînant une fatigue accrue.

Quels sont les symptômes à surveiller ?

Les signes de fatigue visuelle se manifestent de manière progressive. Les plus courants, selon les ophtalmologues, incluent une vision floue ou qui se brouille après plusieurs heures de travail, des picotements ou une sensation de brûlure aux yeux, ainsi que des maux de tête en fin de journée. Certains patients décrivent aussi une sécheresse oculaire persistante ou une difficulté à faire la mise au point après avoir fixé un écran.

Ces symptômes, bien que souvent bénins, peuvent impacter la productivité et le bien-être au travail. Une étude de l’INRS publiée en 2024 révèle que près de 45 % des salariés souffrant de fatigue visuelle déclarent une baisse de concentration et une augmentation du stress. «

Les troubles visuels ne sont pas à prendre à la légère, car ils peuvent mener à des arrêts maladie prolongés si rien n’est fait
», a précisé le Dr Sophie Martin, ophtalmologue à Lille, dans les colonnes d’Ouest France.

Des solutions existent pour limiter les risques

Face à ce constat, les spécialistes insistent sur l’importance de la prévention. La première mesure consiste à respecter la règle du 20-20-20 : toutes les 20 minutes, il est conseillé de détourner le regard de l’écran pendant 20 secondes et de fixer un objet situé à 20 pieds (environ 6 mètres). Cette pratique, simple à mettre en œuvre, permet de relâcher les muscles oculaires et de réduire la sécheresse des yeux.

D’autres gestes, comme l’utilisation de filtres anti-lumière bleue ou le réglage de la luminosité de l’écran à un niveau adapté, sont également recommandés. Les opticiens proposent désormais des verres spécifiques, dits « anti-fatigue », conçus pour soulager la pression oculaire. En 2025, plus de 1,2 million de paires de ces verres ont été vendues en France, selon les chiffres de la Fédération française de l’optique.

Et maintenant ?

Les experts s’attendent à une poursuite de la hausse des cas de fatigue visuelle, en raison de l’augmentation continue du temps passé devant les écrans. Les entreprises, de leur côté, pourraient être incitées à mieux sensibiliser leurs salariés à ces risques, notamment dans le cadre des politiques de santé au travail. Une proposition de loi visant à intégrer des formations sur la prévention des troubles visuels dans les entreprises de plus de 50 salariés est actuellement à l’étude à l’Assemblée nationale. Son adoption, si elle intervient, pourrait entrer en vigueur dès 2027.

Pour les individus, l’enjeu est désormais de concilier productivité et préservation de la santé oculaire. Les spécialistes rappellent que ces troubles ne sont pas une fatalité : avec des gestes simples et réguliers, il est possible de réduire significativement leur impact au quotidien.

Parmi les facteurs les plus souvent cités, on trouve une mauvaise ergonomie de travail (écran trop bas ou trop haut), un éclairage inadapté (trop faible ou trop fort), un manque d’hydratation ou encore une exposition prolongée sans pause. La taille de l’écran et la résolution de l’image jouent également un rôle.