Le 16 mai 2026, le Festival de Cannes met à l’honneur un film chinois qui explore, avec une grande délicatesse, les répercussions humaines d’une politique controversée. Réalisé par Zou Jing, « La Deuxième Fille » (*The Second Daughter*) raconte l’histoire d’une jeune Chinoise, ballottée entre différents foyers, victime collatérale de la politique de contrôle des naissances imposée par Pékin entre 1979 et 2015. Selon Libération, cette œuvre cinématographique s’inscrit dans une réflexion plus large sur les traumatismes individuels engendrés par des décisions étatiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Réalisatrice et projet : Zou Jing signe « La Deuxième Fille », un film sélectionné à la Quinzaine des Cinéastes à Cannes 2026.
  • Sujet central : L’histoire suit une jeune Chinoise, séparée de sa famille en raison de la politique de l’enfant unique, passée entre plusieurs foyers d’accueil.
  • Contexte historique : Cette politique, instaurée en 1979, visait à limiter la croissance démographique en limitant les naissances par famille.
  • Approche artistique : Le film est décrit comme une œuvre empreinte de douceur, malgré la rudesse de son sujet.
  • Engagement politique : L’œuvre s’inscrit dans un débat contemporain sur les droits reproductifs et les séquelles des politiques coercitives.

Une fiction inspirée de réalités historiques

Selon Libération, « La Deuxième Fille » s’appuie sur des témoignages et des archives pour reconstituer le parcours d’une génération sacrifiée. Zou Jing, dont c’est le deuxième long-métrage, a expliqué vouloir « donner une voix à ceux qui n’en ont plus eu ». Le film se concentre sur les années 1990, période où les abandons et les adoptions forcées se sont multipliés, notamment dans les zones rurales.

Le personnage principal, prénommé Mei, est interprété par l’actrice inconnue Liu Yifei. Le scénario, coécrit avec le romancier Yu Hua — auteur de « Vivre ! » (*To Live*), adapté au cinéma par Zhang Yimou — alterne entre flashbacks et présent, révélant peu à peu les blessures d’une enfance volée.

La politique de l’enfant unique : un héritage lourd de conséquences

Mise en place sous Deng Xiaoping pour freiner une croissance démographique jugée excessive, cette politique a officiellement pris fin en 2015. Pourtant, ses effets continuent de se faire sentir, comme le souligne le film. Selon les chiffres officiels cités par Libération, près de 300 millions de naissances ont été évitées entre 1979 et 2015, mais au prix d’un déséquilibre des sexes (118 garçons pour 100 filles en 2020) et de millions de familles brisées.

Zou Jing, qui a elle-même grandi pendant cette période, a confié à Libération que « les cicatrices ne s’effacent pas avec le temps ». Son film interroge ainsi la résilience des individus face aux décisions collectives, tout en évitant tout manichéisme. « Je ne cherche pas à accuser, mais à comprendre », a-t-elle précisé.

Une sélection cannoise sous le signe de l’introspection

Présenté hors compétition dans le cadre de la Quinzaine des Cinéastes, « La Deuxième Fille » s’inscrit dans une programmation 2026 marquée par des œuvres engagées. Comme le rapporte Libération, cette sélection reflète une tendance du cinéma contemporain à revisiter les pages sombres de l’Histoire, qu’il s’agisse de conflits, de crises migratoires ou de politiques sociales controversées.

Le film a d’ores et déjà suscité l’intérêt de la critique pour sa photographie épurée et sa bande-son minimaliste, composée par le compositeur japonais Ryuichi Sakamoto, décédé en mars 2023. Une collaboration posthume saluée par Libération comme un « hommage discret mais puissant à la mémoire ».

Et maintenant ?

Si « La Deuxième Fille » devrait bénéficier d’une sortie en salles en France à l’automne 2026, les débats sur l’héritage de la politique de l’enfant unique pourraient s’intensifier à l’approche des 50 ans de sa mise en place, en 2029. Le film pourrait également être proposé à des festivals internationaux, notamment à Berlin ou Venise, où des projections sont déjà envisagées. Reste à voir si cette œuvre contribuera à relancer le débat en Chine, où le sujet reste sensible.

Quant à Zou Jing, elle prépare déjà son prochain projet, un documentaire sur les « enfants fantômes » — ces adolescents issus d’adoptions irrégulières dans les années 1990. Une manière de prolonger son exploration des silences imposés par l’État.

Officiellement, elle a été levée en raison de ses conséquences démographiques — vieillissement de la population et pénurie de main-d’œuvre — et de ses impacts sociaux, comme les inégalités entre hommes et femmes. Selon les démographes, cette politique aurait aussi favorisé les avortements sélectifs et les abandons de filles.