Alors que l’Europe enregistre une saison 2026 marquée par des incendies d’une ampleur sans précédent, la Commission européenne et les États membres tentent de contenir une crise qui dépasse désormais leurs capacités opérationnelles. Selon les dernières données du Système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS), arrêtées au 30 juillet 2026, plus de 434 976 hectares ont été ravagés depuis le début de l’année, tandis que 1 407 incendies ont été recensés. Ces feux ont libéré près de 17,98 millions de tonnes de CO₂ dans l’atmosphère. Un responsable de la Commission européenne a d’ailleurs reconnu, sous couvert d’anonymat, que « ces incendies dépassent nos capacités », soulignant une propagation désormais plus rapide que les moyens de lutte disponibles.

Ce qu'il faut retenir

  • 434 976 hectares brûlés en Europe depuis janvier 2026, selon l’EFFIS, avec 1 407 incendies recensés et 17,98 millions de tonnes de CO₂ émises.
  • L’UE s’appuie sur un arsenal d’outils : mécanisme de protection civile, rescEU, Copernicus, EFFIS et une nouvelle base à Chypre, mais leur efficacité reste limitée face à l’ampleur des feux.
  • En 2026, 22 avions et 5 hélicoptères sont en alerte, mobilisant 777 pompiers et 21 équipes certifiées issues de 14 pays, dont 7 avions et 4 hélicoptères envoyés en France et en Espagne.
  • La stratégie européenne mise sur la prévention, mais les mesures concrètes tardent à se concrétiser, malgré une communication axée sur quatre piliers (prévention, préparation, réponse, relèvement).
  • La flotte permanente de rescEU, prévue pour 2030, ne sera pleinement opérationnelle qu’à cette date, alors que les feux s’intensifient dès avril 2026.

Un arsenal européen en constante évolution, mais mis sous pression

Face à la multiplication et à l’intensification des incendies, l’Union européenne a étoffé son dispositif de lutte depuis deux ans. Parmi ses principaux outils figure le mécanisme de protection civile de l’UE, qui permet à un pays submergé par un incendie de solliciter l’aide des autres États membres. Ce cadre ne s’active cependant pas automatiquement : l’État concerné doit en faire la demande lorsque ses propres moyens s’avèrent insuffisants. Le Centre de coordination des interventions d’urgence (ERCC), basé à Bruxelles, joue un rôle central en coordonnant 24 heures sur 24 les renforts aériens, les équipements et les financements nécessaires aux opérations de transport.

En complément, l’UE dispose de rescEU, une réserve stratégique d’avions et d’hélicoptères de lutte contre les incendies, mobilisable lorsque les ressources nationales et mutualisées s’avèrent insuffisantes. Le Pool européen de protection civile rassemble quant à lui des moyens nationaux mis à disposition pour des opérations européennes. À ces dispositifs s’ajoutent Copernicus, le service de cartographie satellitaire fournissant des cartes en temps réel des zones touchées, et l’EFFIS, qui anticipe les risques d’incendie jusqu’à dix jours à l’avance et suit leur évolution toutes les quelques heures.

Une nouvelle base à Chypre et un renforcement des moyens pour l’été 2026

Parmi les innovations de 2026 figure l’ouverture d’une base de lutte contre les incendies à Chypre, capable d’accueillir six aéronefs en prépositionnement. Une équipe dédiée, renforçant l’ERCC de juin à septembre, a également été déployée pour soutenir les opérations. Pour la saison estivale, la Commission européenne a placé en alerte 22 avions de lutte contre les incendies, cinq hélicoptères, 777 pompiers issus de 14 pays et 21 équipes certifiées, répartis dans 12 États membres. La France a bénéficié de sept avions et quatre hélicoptères, tandis que l’Espagne a reçu six avions et trois équipes au sol, avec des renforts venus de Grèce, d’Italie, du Portugal, de Turquie et du Canada.

Malgré ces moyens, Hadja Lahbib, commissaire européenne, a reconnu que le mécanisme était « sous pression », tout en soulignant qu’il « fonctionne ». Une déclaration qui illustre la tension entre l’ampleur des feux et la capacité de l’UE à y répondre, alors que la saison 2026 a débuté dès la fin avril – un démarrage plus précoce qu’en 2025.

Une stratégie axée sur la prévention, mais encore peu concrète

Depuis mars 2026, l’UE a officiellement repositionné sa stratégie autour de quatre piliers : prévention, préparation, réponse et relèvement. Ce cadre vise à traiter les causes des incendies plutôt que leurs conséquences, en ciblant notamment la gestion des paysages pour les rendre plus résistants. Pourtant, quatre mois après cette annonce, les mesures concrètes peinent à se matérialiser. Jessika Roswall, commissaire européenne à l’Environnement, a indiqué fin mai aux ministres de l’Agriculture que la Commission « ne prévoyait aucune nouvelle initiative en matière de gestion forestière » et n’envisageait ni nouveaux indicateurs ni lignes directrices.

Le seul texte quasi contraignant adopté depuis lors est une recommandation sur la gestion intégrée des risques d’incendies de forêt, adoptée le 29 juin 2026 – un document non contraignant. La gestion des forêts restant une compétence nationale, une minorité de blocage, menée par la Suède et la Finlande (et souvent rejointe par la France), s’oppose à un renforcement du rôle de Bruxelles. Ces pays avaient déjà freiné la loi sur la restauration de la nature en 2024 et retardé le projet de règlement sur la surveillance des forêts.

« Aujourd’hui, nous avons des incendies qui partent de la Turquie, passent par la Grèce, l’Espagne et le Portugal, avant d’atteindre la France. »
Alexander Held, forestier au sein de la « Pan-European Forest Risk Facility » de l’Institut européen des forêts

Le changement climatique n’explique pas tout : l’impact des choix de gestion

Selon Alexander Held, forestier expérimenté, le changement climatique joue un rôle majeur, mais il ne peut être tenu pour seul responsable. « On ne peut pas simplement imputer la situation des incendies au changement climatique », affirme-t-il, pointant du doigt les choix de gestion des terres, l’abandon des terres agricoles, les monocultures de pins et d’eucalyptus, ainsi que la fragmentation des forêts. Ces pratiques rendent les paysages « plus inflammables » et expliquent en partie l’ampleur des feux actuels.

Held souligne également que les instruments de l’UE restent trop centrés sur la lutte plutôt que sur la résilience. « Malgré toutes les déclarations, nous ne constatons pas d’investissement coordonné dans l’apprentissage de la cohabitation avec le feu », explique-t-il, ajoutant qu’il est « beaucoup plus facile d’investir dans la gestion des interventions » que dans la prévention. Il cite le Portugal comme exemple positif, où 50 % du budget est désormais consacré à la gestion des terres et à la prévention, contre 1 euro investi dans la résilience pour chaque euro dépensé dans la lutte contre les incendies.

L’UE reconnaît ses limites, mais mise sur l’anticipation

Anna-Kaisa Itkonen, porte-parole de la Commission européenne, insiste sur la nécessité de préparer l’avenir plutôt que de simplement éteindre les feux. « Il est très clair que le changement climatique rend chaque été plus chaud, plus rude et plus dangereux », rappelle-t-elle, soulignant que « l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement au monde ». En 2025, plus d’un million d’hectares avaient déjà été ravagés par les incendies dans l’UE. « Nous ne pouvons pas nous contenter d’éteindre les incendies. Pour nous, la préparation est vraiment, vraiment importante. »

Parmi les mesures annoncées figurent un futur portail européen et des lignes directrices sur la gestion intégrée des risques, attendus pour début 2027, ainsi que le renforcement de l’EFFIS. La Commission a également lancé l’acquisition d’une flotte permanente de rescEU composée de 12 nouveaux avions de lutte contre les incendies et cinq hélicoptères. Cependant, ces livraisons ne sont pas prévues avant 2030. Sur le plan financier, 35 % du prochain budget à long terme de l’UE seront consacrés au climat et à l’environnement, dont près de 19 milliards d’euros issus des fonds de cohésion pour l’adaptation.

Et maintenant ?

Malgré les moyens déployés, l’UE reste confrontée à des défis structurels : des avions et hélicoptères majoritairement属于 des États membres, des difficultés d’interopérabilité entre les équipements nationaux, un vieillissement des effectifs de lutte contre les incendies et des sanctions européennes empêchant l’utilisation d’hélicoptères russes en Espagne. La saison 2026, qui a débuté plus tôt que les années précédentes, montre que le système est mis à rude épreuve. L’enjeu désormais est de financer des mesures de prévention durables avant la prochaine saison des feux, alors que la flotte permanente de rescEU ne sera pleinement opérationnelle qu’en 2030.

L’objectif affiché par la Commission est clair : « L’objectif n’est pas de lutter contre davantage d’incendies. L’objectif est de disposer d’une bonne politique de prévention et d’une action bien coordonnée à l’échelle de l’Union européenne. » Une ambition qui devra se concrétiser rapidement pour faire face à une menace appelée, selon toute vraisemblance, à s’amplifier.

Selon les données de l’EFFIS arrêtées au 30 juillet 2026, les incendies les plus dévastateurs se concentrent en Espagne, au Portugal, en France et en Grèce. La péninsule Ibérique et la France ont notamment bénéficié de renforts aériens et humains en provenance de plusieurs États membres de l’UE.

La flotte permanente de rescEU, composée de 12 avions et cinq hélicoptères, est en cours d’acquisition par la Commission européenne. Les livraisons sont étalées dans le temps et devraient s’achever en 2030, en raison de la complexité logistique et des délais de production des appareils spécialisés.