« Je n’ai pas besoin de publicité » : c’est par cette affirmation que Sébastien Vrac, inventeur de filtres urbains à base de cheveux, résume l’engouement croissant pour son innovation. Selon Ouest France, ce système, déployé pour la première fois il y a près de trois ans dans les caniveaux de Cherbourg-en-Cotentin (Manche), a rapidement convaincu collectivités et entreprises par sa capacité à piéger non seulement les mégots de cigarettes, mais aussi une large gamme de polluants urbains.
Ce qu'il faut retenir
- Déploiement initial il y a trois ans à Cherbourg-en-Cotentin dans les caniveaux
- Filtres conçus à partir de cheveux humains, un matériau naturel et abondant
- Double fonction : captation des mégots de cigarettes et d’autres polluants urbains (microplastiques, métaux lourds, etc.)
- Croissance rapide de l’entreprise de Sébastien Vrac, avec un intérêt marqué des collectivités locales et des entreprises
- Technologie présentée comme une solution innovante dans la lutte contre la pollution urbaine
Une solution née d’une réflexion locale
L’aventure a débuté en 2023, lorsque Sébastien Vrac, entrepreneur cherbourgeois, a eu l’idée d’exploiter une ressource jusqu’ici sous-estimée : les cheveux humains. Collectés auprès de salons de coiffure partenaires, ces déchets organiques sont transformés en filtres capables de retenir les déchets solides et liquides dans les réseaux d’eaux pluviales. « L’idée m’est venue en observant la quantité de mégots jetés dans les rues, explique-t-il à Ouest France. J’ai voulu trouver une solution à la fois économique et écologique. »
Rapidement, le projet a pris de l’ampleur. Les premiers filtres ont été installés dans les caniveaux du centre-ville de Cherbourg, où ils ont démontré une efficacité inattendue. Au-delà des mégots, ils retiennent aussi des particules fines, des hydrocarbures et même des microplastiques, autant de polluants qui, une fois lessivés par la pluie, finissent souvent dans les cours d’eau. « Ce qui m’a surpris, c’est l’ampleur de la pollution invisible que ces filtres révèlent », confie Sébastien Vrac.
Un modèle économique qui séduit
Contrairement à de nombreuses innovations environnementales, celle-ci repose sur un modèle simple et peu coûteux. Les cheveux, collectés gratuitement auprès des salons partenaires, sont compressés dans des structures modulaires installées dans les bouches d’égout ou les avaloirs pluviaux. Leur entretien est minimal : un ramassage trimestriel des déchets accumulés, qui sont ensuite triés et recyclés. « Le coût de revient est bien inférieur à celui des solutions classiques, comme les grilles métalliques ou les bassins de rétention », souligne l’inventeur.
Cette rentabilité explique l’adoption rapide du système par plusieurs collectivités du Nord-Cotentin, puis par des entreprises privées souhaitant réduire leur empreinte environnementale. À Cherbourg-en-Cotentin, une vingtaine de points de filtration ont été installés, couvrant près de 80 % du centre-ville. D’autres communes de la Manche, comme Granville ou Saint-Lô, ont suivi l’exemple, tandis que des discussions sont en cours avec des métropoles comme Caen ou Le Havre.
Des résultats tangibles, mais un défi de taille
Les données collectées par l’entreprise de Sébastien Vrac sont édifiantes. En trois ans, les filtres ont permis de récupérer plus de 500 000 mégots, soit l’équivalent de plusieurs centaines de kilos de déchets non traités. « Chaque filtre capte en moyenne 2 000 mégots par an, précise-t-il. Mais le plus surprenant, c’est la diversité des polluants que nous récupérons : des résidus de médicaments, des microplastiques issus des pneus, ou encore des fragments de peintures. »
Pourtant, malgré ces résultats, l’adoption massive de cette technologie se heurte à deux obstacles majeurs : la logistique de collecte des cheveux et la nécessité d’un entretien régulier. « On ne peut pas se contenter d’installer les filtres et de les oublier, reconnaît Sébastien Vrac. Il faut une gestion rigoureuse pour éviter les engorgements et garantir leur efficacité. »
Une chose est sûre : avec une pollution des milieux aquatiques qui coûte chaque année des milliards d’euros aux collectivités, des solutions comme celle-ci pourraient bien devenir un standard. Pour Sébastien Vrac, l’enjeu est clair : « On n’a pas besoin d’attendre des technologies futuristes pour agir. Parfois, la solution est sous nos pieds… ou plutôt, dans nos salons de coiffure. »
Les cheveux, grâce à leur structure fibreuse et leur charge électrostatique naturelle, agissent comme un filet fin retenant les particules solides et liquides. Leur porosité permet aussi d’absorber certains polluants organiques, tandis que leur résistance mécanique garantit une longue durée de vie dans les réseaux d’eaux pluviales.
