Alors que s’ouvre ce lundi à Évian le sommet du G7, l’ONG Oxfam alerte sur l’accroissement spectaculaire des fortunes des milliardaires du secteur énergétique depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Selon BFM Business, « 41 milliardaires de l’énergie liés au G7 ont vu leur fortune augmenter de 23,5 milliards de dollars depuis le début du conflit », soit une progression moyenne de 300 millions de dollars par jour.
Cette hausse des prix de l’énergie, directement liée à la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz, a entraîné une flambée des cours du pétrole. D’après les données de l’organisation, le baril de Brent s’échange désormais autour de 90 dollars, contre 70 dollars avant le début des hostilités, et a même brièvement dépassé les 125 dollars fin avril. Le WTI, référence américaine, s’affiche quant à lui à 87 dollars, en hausse de 20 dollars par rapport à fin février.
Ce qu'il faut retenir
- Enrichissement record : 41 milliardaires du secteur énergétique ont vu leur fortune augmenter de 23,5 milliards de dollars depuis le début du conflit, soit 300 millions par jour.
- Prix du pétrole en hausse : le baril de Brent est passé de 70 à 90 dollars, avec des pics à 125 dollars en avril.
- Bénéfices des géants pétroliers en hausse : les six principaux groupes pourraient enregistrer une progression de 80 % de leurs profits en 2026, soit 152 milliards de dollars au total.
- Appel à l'action : Oxfam exige une taxation des superprofits et la suspension de la dette des pays les plus pauvres.
- Critique du G6 : l'ONG accuse le Canada, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Japon et le Royaume-Uni de se cacher derrière les États-Unis pour justifier leur inaction.
Des fortunes bâties sur la guerre
Pour Oxfam, cette manne financière illustre un système économique « brutal » qui profite des crises pour redistribuer la richesse « des travailleurs vers les actionnaires, des plus pauvres vers les plus riches ». Amitabh Behar, directeur général d’Oxfam International, résume la situation en ces termes : « Les conflits ravagent des pays et coûtent la vie à d’innombrables personnes, mais pour certains, ils sont extrêmement lucratifs. » Il dénonce ainsi un mécanisme où « les personnes qui ont le moins de pouvoir paient le prix de crises qu’elles n’ont pas provoquées, tandis que ceux qui en ont déjà bien trop en tirent profit. »
L’ONG rappelle que cette situation n’est pas nouvelle, mais que la guerre en Iran, combinée à l’instabilité géopolitique au Moyen-Orient, a amplifié les effets. La paralysie partielle du détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique pour le transport du pétrole, a en effet perturbé l’approvisionnement mondial, créant un effet ciseau entre l’offre et la demande.
Les superprofits des géants pétroliers sous le feu des critiques
Dans ce contexte, les bénéfices des six principaux groupes pétroliers devraient atteindre 152 milliards de dollars en 2026, selon les projections d’Oxfam. Cela représente une hausse de 80 % par rapport aux prévisions établies avant le début du conflit, soit l’équivalent de 416 millions de dollars par jour. Cette manne financière survient alors que les ménages du monde entier subissent de plein fouet la flambée des prix de l’énergie et des denrées alimentaires.
En France, plusieurs responsables politiques ont déjà réagi à ces chiffres. À gauche, des élus ont pointé du doigt le bénéfice net de TotalEnergies au premier trimestre 2026, qui s’élève à 5,8 milliards de dollars, en hausse de 51 % sur un an. Une performance qui illustre, selon eux, l’opportunité offerte aux majors pétrolières par la crise actuelle. Ces résultats ont relancé le débat sur la taxation des superprofits, un sujet déjà évoqué lors des précédents sommets internationaux sans aboutir à des mesures concrètes.
Le G7 et le G6 sous le feu des critiques
Oxfam ne se contente pas de dénoncer les milliardaires de l’énergie. L’organisation s’en prend également aux grandes puissances réunies au sein du G7, qu’elle accuse de « lâcheté » et d’inaction face à la crise. Selon elle, les pays du « G6 » – à savoir le Canada, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni – utilisent l’intransigeance des États-Unis comme « prétexte pour ne rien faire ».
L’ONG fustige notamment le président français, Emmanuel Macron, qui aurait, selon ses termes, « accepté d’écarter les discussions sur la crise climatique, l’aggravation des inégalités et la nécessité de réponses coordonnées » pour s’assurer de la présence du président américain Donald Trump au sommet. Une concession qui, pour Oxfam, illustre l’alignement du G6 sur les positions américaines au détriment des enjeux globaux.
« Refuser d’agir au seul motif que Washington ne se joindra pas à eux n’est pas de la diplomatie — c’est de la lâcheté », a asséné Amitabh Behar, rappelant que le G6 dispose pourtant d’un « immense pouvoir d’influence financier et diplomatique ». L’organisation appelle donc ces pays à agir sans attendre, notamment en taxant les superprofits, en annulant la dette des pays les plus pauvres et en augmentant l’aide publique au développement.
Un système économique en question
Au-delà des chiffres, c’est la structure même du système économique mondial qui est pointée du doigt. Oxfam rappelle que la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires pèse de manière disproportionnée sur les ménages les plus modestes, tandis que les milliardaires de l’énergie et les grands groupes pétroliers engrangent des profits records. « On ne peut pas continuer à accepter que des crises humanitaires se transforment en opportunités financières pour une infime minorité », insiste Amitabh Behar.
L’ONG ne se limite pas à une critique : elle propose des solutions concrètes. Parmi elles, la création de nouvelles émissions de droits de tirage spéciaux par le Fonds monétaire international (FMI) pour aider les pays les plus pauvres à faire face à la crise. Elle plaide également pour une réforme fiscale internationale visant à taxer davantage les fortunes et les bénéfices exceptionnels générés par les crises.
Pour l’instant, ces propositions peinent à trouver un écho auprès des grandes puissances. Pourtant, comme le souligne Oxfam, « les pays du G6 ne peuvent pas plaider l’impuissance ». Leur pouvoir d’influence est réel, et leur inaction a un coût : celui d’une aggravation des inégalités et d’un risque accru de crises sociales dans les pays les plus vulnérables.
Oxfam ne cite pas explicitement les noms de ces six groupes dans son rapport. Cependant, les majors pétrolières traditionnellement concernées incluent des entreprises comme ExxonMobil, Shell, BP, Chevron, TotalEnergies et Saudi Aramco, dont les profits ont effectivement augmenté ces derniers mois en raison de la hausse des prix de l’énergie.
Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et Oman, est l’une des principales voies maritimes pour l’exportation de pétrole. Près de 20 % du pétrole mondial transite par ce passage. Toute perturbation, comme celle causée par les tensions géopolitiques actuelles, peut entraîner des goulots d’étranglement dans l’approvisionnement et faire monter les prix.