Avec plus de 57 millions de tonnes de gravats à évacuer et près de 71,4 milliards de dollars nécessaires à sa reconstruction, Gaza fait face à une crise humanitaire et logistique sans précédent. D’après les dernières estimations de l’ONU, publiées le 13 mai depuis Jérusalem par Nikolaï Mladenov, haut représentant pour Gaza au « Conseil de la paix » créé sous l’administration Trump, « une génération » sera nécessaire pour relever le territoire. Entre les besoins en abris permanents pour un million de personnes et l’accès à l’eau et à l’assainissement, l’urgence reste criante. Selon BFM Business.
Ce qu'il faut retenir
- L’enclave palestinienne compte près de 57 millions de tonnes de débris issus des bombardements depuis octobre 2023, selon l’ONU.
- Le coût de la reconstruction est estimé à 71,4 milliards de dollars sur dix ans par l’ONU et l’Union européenne.
- Le projet « Green Rock » transforme les gravats en briques emboîtables, réduisant les coûts de construction de 50 à 60 % par rapport aux méthodes traditionnelles.
- Ces briques, assemblées sans mortier, offrent une meilleure isolation thermique et acoustique que les tentes de fortune.
- D’autres pistes, comme la création d’îles artificielles en Méditerranée, sont envisagées pour réemployer les décombres.
Face à l’ampleur des ruines, des initiatives locales et internationales tentent de transformer cette catastrophe en opportunité. C’est le cas du projet « Green Rock », porté par Suleiman Abu Hassanin, qui recycle les débris de bâtiments détruits en briques emboîtables, semblables à des pièces Lego. Comme le rapporte BFM Business, l’initiateur du projet résume ainsi sa démarche : « Nous étions confrontés à une équation simple : la destruction sans solution. Nous avons donc essayé d’en faire une ressource. »
Les gravats, d’abord broyés et triés, sont mélangés à de la terre locale et à des liants alternatifs développés sur place. La mixture est ensuite compressée dans une machine artisanale pour former des briques capables de s’emboîter sans mortier traditionnel. Une solution qui permet de se passer du ciment, dont l’importation est quasi impossible en raison du blocus israélien imposé depuis des années à Gaza. Sans ce matériau clé, les artisans ont dû mettre au point un substitut thermique et solide, testé et validé par un ingénieur chargé de veiller au respect des normes structurelles.
Les premiers essais montrent que ces briques offrent une isolation thermique et acoustique bien supérieure à celle des tentes de fortune actuellement utilisées pour loger les déplacés. Selon les concepteurs, la solution réduit également les coûts de construction de 50 à 60 % par rapport aux abris traditionnels en dur, dépendants des importations. Autre avantage : ce projet crée des emplois locaux, notamment pour le ramassage et le tri des débris.
Pourtant, l’initiative reste au stade expérimental. Aujourd’hui, l’atelier Green Rock produit entre 1 000 et 1 500 briques par jour, un rythme qui permettrait théoriquement de construire un petit abri en deux semaines. Mais les défis sont nombreux : coupures de courant fréquentes, équipement limité, et surtout, la présence de matériaux dangereux dans les décombres. « De l’amiante, des produits chimiques, voire des munitions non explosées pourraient se cacher dans ces ruines », rappelle l’ONU. Un tri minutieux est donc indispensable avant toute réutilisation.
Des gravats aux îles artificielles : d’autres pistes pour recycler la destruction
Le groupe de travail sur la gestion des débris du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) explore d’autres pistes pour valoriser cette masse de gravats. Parmi elles, la création d’îles artificielles en Méditerranée, inspirée de projets similaires menés au Liban après la guerre civile. Les décombres pourraient servir à renforcer des digues ou des ouvrages de protection contre l’érosion côtière. Une solution qui permettrait de gagner du terrain sur la mer, tout en réduisant l’impact environnemental des déblais.
Cependant, ces projets soulèvent des questions logistiques et environnementales. Le tri des débris reste un processus long et coûteux, surtout dans une zone où les infrastructures sont détruites et les ressources limitées. Par ailleurs, l’absence de ciment et d’acier, en raison du blocus, complique toute initiative de reconstruction à grande échelle. Les artisans de Gaza doivent donc innover, en s’appuyant sur des matériaux locaux et des techniques adaptées.
Le projet « Green Rock » s’inscrit dans une logique de résilience locale, mais son déploiement à grande échelle reste incertain. Les méthodes de recyclage des débris ont déjà été testées en Irak et au Soudan, où elles ont permis de reconstruire des habitations à moindre coût. Pourtant, leur application à Gaza se heurte à des contraintes spécifiques : densité de population, superficie réduite de l’enclave, et risques sécuritaires persistants.
Une reconstruction qui s’annonce longue et complexe
La reconstruction de Gaza ne se limite pas à la gestion des débris. Elle doit aussi répondre à des besoins urgents en logements, en eau potable et en assainissement. Selon Nikolaï Mladenov, « un million de personnes ont besoin d’une forme d’abri permanent », un défi colossal dans un territoire où les infrastructures étaient déjà fragilisées avant le dernier conflit. Le blocus israélien, en place depuis 2007, a en effet limité l’importation de matériaux de construction essentiels, comme le ciment ou l’acier, ralentissant les efforts de reconstruction pendant des années.
Les initiatives comme « Green Rock » pourraient donc jouer un rôle clé dans la relance économique locale, en créant des emplois et en réduisant la dépendance aux importations. Mais elles ne suffiront pas à elles seules. D’autres solutions, comme la réparation des réseaux d’eau et d’électricité, ou la reconstruction des écoles et des hôpitaux, nécessiteront des financements internationaux et une coordination entre les acteurs humanitaires et les autorités locales.
La question n’est plus seulement de savoir comment reconstruire, mais aussi qui en assumera le coût et la responsabilité. Les 71,4 milliards de dollars estimés par l’ONU ne couvrent qu’une partie des besoins réels. Quant aux briques Lego de Gaza, elles ne seront qu’un outil parmi d’autres dans une reconstruction qui s’annonce longue et incertaine.
Le blocus israélien, en place depuis 2007, limite strictement l’importation de matériaux de construction comme le ciment et l’acier. Ces restrictions, justifiées par des raisons sécuritaires, ont ralenti pendant des années les efforts de reconstruction, rendant l’enclave dépendante de solutions alternatives.
Les gravats peuvent contenir des matériaux dangereux, comme de l’amiante, des produits chimiques ou des munitions non explosées. Un tri rigoureux est donc indispensable avant toute réutilisation, ce qui complexifie et ralentit les projets de recyclage.