L’ancienne chancelière allemande Angela Merkel a appelé l’Union européenne à intensifier ses efforts diplomatiques pour mettre fin à la guerre en Ukraine, tout en réaffirmant son soutien à l’aide militaire à Kiev. Ses déclarations, publiées ce 18 mai 2026 par Le Figaro, interviennent dans un contexte où les tensions persistent entre Moscou et l’Occident, plus de quatre ans après l’invasion russe du 24 février 2022.
Ce qu'il faut retenir
- Angela Merkel a jugé « absolument justifié » le soutien militaire à l’Ukraine tout en plaidant pour une diplomatie européenne renforcée.
- Elle a critiqué l’UE pour son « manque de potentiel diplomatique » utilisé dans le conflit avec la Russie.
- L’ex-chancelière a gouverné l’Allemagne de 2005 à 2021, période marquée par une dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou.
- Elle a exclu l’idée d’un médiateur pour dialoguer avec Vladimir Poutine, privilégiant des négociations directes.
- L’Allemagne est désormais l’un des principaux soutiens à l’Ukraine, avec une relance de son industrie de défense.
Une position équilibrée entre soutien militaire et appel à la diplomatie
Dans une interview accordée à la chaîne publique allemande WDR et relayée par Le Figaro, Angela Merkel a réaffirmé sa conviction que la combinaison d’une dissuasion militaire forte et d’activités diplomatiques était indispensable pour résoudre le conflit ukrainien. « Dissuasion militaire + activités diplomatiques, c’est ce que je trouve important », a-t-elle insisté, soulignant que ces deux piliers ne devaient pas être considérés séparément. Sans nier l’importance du soutien occidental à l’Ukraine, elle a pointé du doigt l’insuffisance des initiatives diplomatiques européennes, estimant que l’Union « n’utilise pas suffisamment son potentiel diplomatique ».
L’ex-dirigeante, qui a quitté le pouvoir en décembre 2021, soit quelques semaines avant l’invasion russe, a également mis en garde contre une dépendance excessive aux États-Unis dans la gestion des relations avec Moscou. « Il n’est pas suffisant que seul le président américain maintienne le contact avec la Russie », a-t-elle déclaré, ajoutant : « Nous comptons aussi, en tant qu’Européens. » Cette prise de position intervient alors que les relations transatlantiques restent tendues sous la présidence de Donald Trump, dont le mandat actuel est marqué par des positions parfois divergentes sur la politique russe.
Un héritage controversé et une Allemagne transformée
Angela Merkel a dirigé l’Allemagne pendant seize ans, une période durant laquelle Berlin a entretenu des relations économiques étroites avec la Russie. Cette politique, souvent critiquée après 2022, avait permis à l’Allemagne de bénéficier de livraisons d’énergie russe à bas prix, tout en renforçant sa dépendance à Moscou. Depuis l’invasion de l’Ukraine, Berlin a opéré un virage stratégique majeur, devenant l’un des principaux fournisseurs d’armes à Kiev et relançant son industrie de défense. Cette transformation a été accélérée par la guerre, mais aussi par les choix politiques récents, comme l’adoption d’un fonds spécial de 100 milliards d’euros pour moderniser l’armée allemande en 2024.
Les critiques envers Merkel pour sa gestion passée des relations avec la Russie ne sont pas nouvelles. Certains observateurs lui reprochent d’avoir tardé à réduire la dépendance énergétique allemande, malgré les signaux d’alerte lancés dès 2014 après l’annexion de la Crimée. Pourtant, dans son interview, elle a défendu sa stratégie de l’époque, affirmant que les négociations menées à Minsk après 2014 — auxquelles elle avait participé — n’auraient pas nécessité l’intervention d’un médiateur extérieur pour dialoguer avec Vladimir Poutine. « Il faut prendre cela en main soi-même », a-t-elle expliqué, suggérant que les Européens devaient assumer pleinement leur rôle sur la scène internationale.
Médiation et dialogue : Merkel rejette l’idée d’un tiers extérieur
Interrogée sur la pertinence d’un médiateur pour relancer les négociations avec la Russie, Angela Merkel a clairement indiqué qu’elle n’y voyait pas une solution. « Lors des discussions menées à Minsk lorsqu’elle était chancelière, à la suite de l’annexion russe de la Crimée, il ne lui serait pas venu à l’esprit de demander à un médiateur d’aller dans la capitale biélorusse pour parler avec Poutine », a-t-elle rappelé. Pour elle, les Européens doivent dialoguer directement avec Moscou, sans intermédiaire, une position qui tranche avec les appels récurrents à une médiation internationale, notamment de la part de certains pays africains ou asiatiques.
Cette approche s’inscrit dans une vision réaliste des relations internationales, où Merkel a toujours privilégié les solutions pragmatiques aux interventions extérieures. Lors de la même interview, elle a d’ailleurs été questionnée sur son candidat préféré pour reprendre le dialogue avec Poutine. Sans surprise, elle n’a pas désigné de personnalité européenne, préférant laisser la parole à Vladimir Poutine lui-même : celui-ci avait alors répondu, début mai 2026, qu’il « préférait personnellement » l’ancien chancelier Gerhard Schröder, connu pour ses liens étroits avec Moscou. Une réponse qui en dit long sur les défis persistants dans les relations euro-russes.
Un débat qui dépasse le cadre ukrainien
Les propos de l’ex-chancelière rappellent que la guerre en Ukraine ne se limite pas à un conflit militaire, mais s’inscrit dans un enjeu plus large : la capacité de l’Europe à affirmer son autonomie stratégique. Depuis 2022, les États membres ont multiplié les sanctions contre Moscou, réduit leur dépendance énergétique et accru leurs dépenses de défense, mais les désaccords persistent sur la meilleure façon de gérer les relations avec la Russie à long terme. Pour Merkel, la réponse réside dans un équilibre entre fermeté militaire et ouverture diplomatique, une ligne qui pourrait inspirer les dirigeants actuels, même si le contexte géopolitique a radicalement changé depuis son départ.
Alors que l’Allemagne, sous la direction de Friedrich Merz, poursuit sa réarmement et que l’UE tente de définir une politique étrangère commune, les réflexions de Merkel offrent un éclairage utile sur les défis qui attendent l’Europe. Comment concilier soutien à l’Ukraine, pression sur Moscou et recherche de stabilité régionale ? La question reste entière, mais les déclarations de l’ex-chancelière rappellent que la diplomatie, si elle est parfois perçue comme faible, reste un outil indispensable dans un conflit où aucune solution purement militaire n’est envisageable.
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Une question subsiste : dans un contexte où les divisions européennes sur l’Ukraine s’accentuent, l’appel de Merkel à une diplomatie européenne renforcée trouvera-t-il un écho suffisant auprès des dirigeants actuels ?
Selon ses propos, rapportés par Le Figaro, l’Union européenne « n’utilise pas suffisamment son potentiel diplomatique » pour résoudre le conflit ukrainien. Merkel estime que les Européens doivent prendre en main eux-mêmes les négociations avec Moscou, plutôt que de compter uniquement sur les États-Unis ou des médiateurs extérieurs.