Le Ghana a accueilli à Accra, le 18 juin 2026, une conférence internationale intitulée « La prochaine étape », réunissant plus de quatre-vingts pays afin d’avancer sur les modalités des réparations pour l’esclavage des Africains. Cette initiative s’inscrit dans la foulée de l’adoption, le 25 mars 2026, d’une résolution historique par l’ONU, reconnaissant la traite transatlantique comme « le crime le plus grave contre l’humanité ». Selon Courrier International, l’objectif est de passer des déclarations aux actes en élaborant une ligne commune pour définir les différentes formes de réparations possibles.

Ce qu'il faut retenir

  • 123 États ont voté en faveur de la résolution onusienne, tandis que 3 pays (États-Unis, Israël, Argentine) ont voté contre et 52, dont le Royaume-Uni et l’Union européenne, se sont abstenus.
  • Le sommet à Accra réunit des représentants de pays africains, latino-américains et caribéens, ainsi que des institutions comme la Caricom ou l’Union africaine.
  • Parmi les présidents attendus figurent ceux du Sénégal, du Liberia, de la Namibie, de la Gambie et de la Guinée-Bissau.
  • Le Ghana a été choisi pour porter cette initiative en raison de son histoire coloniale : la Gold Coast fut un comptoir majeur de la déportation des Africains vers les Amériques.
  • La résolution de l’ONU marque une rupture en remplaçant les « gestes commémoratifs » par la recherche de la vérité historique et la réconciliation.

Cette conférence, présentée comme « la première grande rencontre sur la question depuis la résolution de l’ONU », rassemble des chefs d’État et de gouvernement, des ministres, des historiens, des juristes et des représentants de la société civile. Parmi les invités figurent des délégations de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes, de la Commission des réparations de la Caricom, ainsi que des membres de caucus noirs américains comme le Caucus des membres noirs du Congrès ou l’Association nationale pour la promotion des personnes de couleur.

Plusieurs dirigeants africains doivent rejoindre la capitale ghanéenne dans les prochains jours, dont les présidents du Sénégal, du Liberia, de la Namibie, de la Gambie, de la Guinée-Bissau et le représentant de la Commission de l’Union africaine. « Face à l’entêtement de certains États esclavagistes à refuser de s’assumer devant l’histoire, il est crucial que les pays africains restent solidaires et parlent d’une même voix », a souligné Le Pays, un quotidien burkinabè cité par Courrier International.

Un héritage historique au cœur des débats

Le choix de l’organisateur de ce sommet n’est pas anodin. Le Ghana, anciennement appelé Gold Coast, fut l’un des principaux territoires africains d’où furent déportés des millions d’hommes, de femmes et d’enfants réduits en esclavage vers les Amériques. « C’est à partir des comptoirs de l’ancienne Gold Coast que des millions d’Africains furent déportés », rappelle Le Pays. La présence du président ghanéen John Dramani Mahama lors de l’ouverture de la conférence, aux côtés de représentants internationaux, symbolise cette détermination à faire reconnaître l’esclavage comme un crime contre l’humanité.

Le Ghana a joué un rôle clé dans la mobilisation africaine en portant, au nom des États membres de l’Union africaine, la proposition ayant abouti à la résolution onusienne. « Le pays fait figure d’exemple de détermination dans ce combat », a indiqué Le Pays. Cependant, certains observateurs soulignent que la lutte ne saurait se limiter à la traite transatlantique. « Ce combat doit s’étendre à toutes les formes de violences et d’injustices subies par les Africains, y compris celles perpétrées par le monde arabe », a précisé le quotidien burkinabè, évoquant notamment l’esclavage pratiqué par certains États du Golfe et d’Afrique du Nord.

Une résolution onusienne qui divise la communauté internationale

L’adoption de la résolution le 25 mars 2026 par l’Assemblée générale de l’ONU a marqué un tournant. 123 États ont voté pour, mais le texte a également révélé des fractures profondes. Les États-Unis, Israël et l’Argentine ont voté contre, tandis que 52 pays, dont le Royaume-Uni et les membres de l’Union européenne, ont choisi l’abstention. Cette division illustre les résistances persistantes face à la reconnaissance des crimes historiques et à leur réparation.

Dans une note conceptuelle préparatoire au sommet, le Ghana affirme que la résolution onusienne « constitue une rupture fondamentale dans la réponse de la communauté internationale ». Le texte souligne que les prochaines étapes devraient remplacer les simples « gestes commémoratifs » par une recherche active de la vérité historique et un dialogue visant la réconciliation et la justice. « L’objectif est d’éviter que ce sommet ne se termine sur un rendez-vous sans lendemain », a insisté Le Pays.

Des initiatives africaines qui peinent à converger

Cette conférence s’inscrit dans la continuité d’initiatives africaines plus anciennes, comme la Proclamation d’Abuja de 1993, qui exigeait déjà des réparations pour le colonialisme et la traite transatlantique. Pourtant, ces efforts sont restés « largement fragmentés » jusqu’à présent, selon The Guardian, cité par Courrier International. Le sommet d’Accra vise donc à unifier les positions africaines et à élaborer un « canevas clair » pour le règlement du contentieux historique.

Parmi les enjeux évoqués, la question des réparations financières, symboliques ou mémorielles occupe une place centrale. Certains pays caribéens, comme la Jamaïque ou le Suriname, ont déjà engagé des démarches pour obtenir des compensations de la part des anciennes puissances coloniales. D’autres, comme le Ghana, misent sur des programmes de coopération et de développement en Afrique, financés par des fonds internationaux. « La détermination des dirigeants africains dans ce combat est admirable, mais il reste à voir si les lignes bougeront réellement », a commenté Le Pays.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’impact de ce sommet. Une déclaration commune ou un plan d’action précis pourrait être adopté d’ici la fin de l’année 2026. Les pays africains devront ensuite convaincre leurs partenaires internationaux, notamment européens, de s’engager concrètement dans ce processus. Reste à savoir si les États réticents à reconnaître leur responsabilité historique accepteront d’entrer dans un dialogue constructif.

Ce sommet intervient dans un contexte où les tensions persistent sur le continent africain. En Afrique du Sud, les violences xénophobes ciblant les ressortissants d’autres pays africains rappellent les injustices contemporaines subies par les migrants. « Au pays de Nelson Mandela, qui doit se retourner dans sa tombe, les ressortissants du continent souffrent le martyre », a déploré Le Pays.

Quoi qu’il en soit, le Ghana a posé une pierre essentielle à l’édifice. En organisant cette rencontre, il rappelle au monde que la mémoire de l’esclavage et la justice réparatrice restent des combats d’actualité, plus de 150 ans après son abolition officielle.

Les organisateurs prévoient d’élaborer un rapport final d’ici la fin 2026, qui pourrait servir de base à des négociations avec les anciennes puissances coloniales. Une seconde conférence pourrait être organisée en 2027 pour suivre l’avancement des engagements pris.

Les pays africains et caribéens ont été les principaux porteurs du texte. Des soutiens inattendus sont venus d’Amérique latine, où plusieurs États ont exprimé leur solidarité historique avec l’Afrique.