Le gouvernement français a dévoilé jeudi 7 mai 2026 un nouveau dispositif, baptisé « Emploi futur », destiné à réduire le chômage des jeunes. Présenté par le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, ce plan s’articule autour de 15 mesures opérationnelles, devant permettre d’accompagner les 15-24 ans vers l’emploi sans nécessiter de modifications législatives ni de financement supplémentaire. Selon Le Figaro, cette initiative s’inscrit dans un contexte marqué par une dégradation persistante du marché du travail pour les jeunes, dont le taux de chômage atteint désormais 21,5 % en France.
Ce qu'il faut retenir
- Le taux de chômage des 15-24 ans en France a grimpé de 2,8 points sur un an pour atteindre 21,5 % fin 2025, selon l’Insee.
- La France se situe bien au-dessus de la moyenne européenne (15 % fin 2025) et loin derrière l’Allemagne (7,5 %).
- Le plan « Emploi futur » propose notamment un InserScore pour les formations professionnelles et une application « 1jeune1solution » centralisant les aides de l’État.
- Aucun budget supplémentaire n’est alloué : les dispositifs s’appuient sur une réorganisation des dispositifs existants.
- Le gouvernement rejette l’idée d’un « CDI jeune », défendue par le Medef, et promet de faire de l’emploi des jeunes une priorité budgétaire.
- Les syndicats étudiants, comme l’Unef, critiquent un plan « au rabais » et « pro-entreprises ».
Un chômage des jeunes en hausse et un écart préoccupant avec l’Europe
Le constat dressé par l’exécutif est sans appel : le taux de chômage des jeunes français a progressé de manière alarmante, passant de 18,7 % à 21,5 % entre fin 2024 et fin 2025, selon les dernières données de l’Insee. Cette hausse contraste avec l’évolution du chômage global en France, stable à 7,9 % sur la même période. Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, a souligné lors d’une visite à l’université Paris-Est Créteil que « si jamais on devait subir un retournement économique en raison de la situation internationale, c’est certainement le marché du travail des jeunes qui en pâtirait le premier ».
Avec 1,5 million de jeunes ni en emploi, ni en formation, ni en études (les fameuses « NEET »), la France compte aujourd’hui l’une des proportions les plus élevées d’Europe en la matière. Ce chiffre dépasse largement la moyenne des pays voisins, où les dispositifs d’accompagnement semblent plus efficaces. En Allemagne, par exemple, le chômage des jeunes s’établissait à 7,5 % fin 2025, soit près de trois fois moins qu’en France. Autant dire que la situation actuelle interroge sur la compétitivité et l’adéquation du système de formation français avec les besoins du marché du travail.
Un plan « Emploi futur » sans budget supplémentaire, mais avec de nouvelles mesures
Pour tenter de renverser cette tendance, le gouvernement a détaillé un plan en 15 points, dont l’objectif affiché est d’aider les jeunes à s’insérer professionnellement « quels que soient leurs parcours ». Parmi les dispositifs phares figure la création d’un InserScore, un indicateur destiné à informer les jeunes sur les débouchés réels des formations professionnelles initiales. Ce système vise à permettre aux étudiants de faire des choix « éclairés », comme l’a expliqué Jean-Pierre Farandou.
Autre outil annoncé, l’application « 1jeune1solution » ambitionne de regrouper l’ensemble des services de l’État dédiés aux jeunes, des aides financières aux dispositifs d’accompagnement. Le gouvernement met en avant le caractère « très opérationnel » de ces mesures, bien que certaines restent encore floues dans leur mise en œuvre. C’est notamment le cas de la « gestion prévisionnelle des emplois et des compétences des secteurs stratégiques », censée adapter l’offre de formation aux besoins des entreprises, ou encore du guide sur les droits et devoirs des étudiants occupant un job étudiant.
Des critiques venues du patronat et des syndicats étudiants
Si le Medef salue certaines propositions du plan « Emploi futur », l’organisation patronale pointe cependant une incohérence dans la politique gouvernementale. « On peut s’étonner que le gouvernement prenne en parallèle des mesures qui réduisent l’efficacité de formations qui ont du succès auprès de tous les jeunes, comme l’apprentissage », a déclaré un porte-parole du Medef. Cette remarque fait écho aux multiples réductions des aides à l’embauche d’apprentis mises en place ces dernières années, jugées contre-productives par une partie du patronat.
Côté syndicats étudiants, la réaction est plus sévère. Manon Moret, secrétaire générale de l’Unef, a dénoncé un « plan au rabais, pro-entreprises », estimant qu’il s’agissait d’un « joli coup de communication » sans remise en question profonde de la condition des jeunes. « Ce plan n’est pas figé, il pourra être nourri d’idées et d’initiatives au fil des mois pour le compléter et le rendre toujours plus efficace », a rétorqué Jean-Pierre Farandou, qui a réaffirmé l’intention de faire de l’emploi des jeunes une priorité dans les prochains budgets.
Un pragmatisme salué, mais des interrogations sur l’efficacité à long terme
Malgré les critiques, certains observateurs soulignent le pragmatisme du gouvernement face à un enjeu complexe. « Sans argent, il faut des idées », a résumé Benoît Serre, DRH et coprésident du Cercle Humania. Pour lui, ce plan marque une volonté de « flécher les financements sur des métiers qui existent » plutôt que de « déverser des milliards », une stratégie qu’il juge « vertueuse ». Il rappelle que les précédents dispositifs, souvent coûteux, n’ont pas suffi à résoudre le problème du chômage des jeunes en France.
Le gouvernement a également précisé que ce plan n’était pas figé et pourrait évoluer en fonction des retours et des besoins. « Ce n’est pas un plan qui va déverser des milliards sur l’emploi des jeunes, ça n’a jamais marché », a insisté Benoît Serre, en référence aux multiples projets portés par l’exécutif depuis une dizaine d’années. Reste à savoir si ces mesures, bien que présentées comme opérationnelles, suffiront à inverser une tendance de fond.
Pour rappel, le gouvernement a d’ores et déjà exclu la création d’un « CDI jeune », une proposition défendue par le Medef, préférant miser sur des dispositifs incitatifs et une meilleure adéquation entre formation et emploi. La balle est désormais dans le camp des acteurs économiques et des jeunes eux-mêmes, dont l’adhésion aux nouveaux outils sera déterminante pour le succès de ce plan.
L’InserScore est un indicateur créé pour les formations professionnelles initiales. Il vise à informer les jeunes sur les débouchés réels de chaque parcours, en leur permettant de faire des choix éclairés. Cet outil s’inscrit dans une logique de transparence sur les perspectives d’emploi après une formation.
Le gouvernement a justifié cette approche par la nécessité de rester réaliste dans un contexte budgétaire contraint. L’objectif est de réorganiser les dispositifs existants et de mieux les flécher vers les jeunes, sans alourdir le déficit public. Cette stratégie s’appuie sur une logique de « zéro coût supplémentaire », mais aussi sur une volonté de pragmatisme.