Il y a 81 ans, le 8 mai 1945, la liesse populaire consécutive à la victoire des Alliants sur l’Allemagne nazie a été brutalement interrompue par une répression sanglante en Algérie. Selon Libération, les manifestations indépendantistes qui s’étaient greffées aux célébrations ont été violemment écrasées par les autorités coloniales françaises, marquant un tournant dans l’histoire du mouvement national algérien.
Ce qu'il faut retenir
- Les événements du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata ont opposé des manifestants pacifiques aux forces coloniales françaises.
- Les revendications indépendantistes ont été réprimées dans le sang, faisant plusieurs milliers de morts selon les estimations historiques.
- Ces massacres sont considérés comme un prélude à la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962).
- La France a officiellement reconnu ces événements comme une « répression » en 2005, sans pour autant présenter d’excuses.
- Les archives françaises et algériennes restent partiellement fermées, alimentant les débats sur le nombre exact de victimes.
Un 8 mai 1945 entre célébration et revendications
Le 8 mai 1945, les villes d’Algérie, comme Sétif, Guelma ou Kherrata, s’apprêtaient à fêter la victoire des Alliés sur le IIIe Reich. Les drapeaux alliés flottaient aux côtés de ceux des mouvements indépendantistes, reflétant l’espoir d’une partie de la population algérienne. Selon Libération, des milliers de manifestants, parmi lesquels figuraient des militants du Parti du peuple algérien (PPA) de Messali Hadj, avaient prévu de défiler pour réclamer l’indépendance de l’Algérie, alors colonie française depuis 1830.
Les autorités coloniales, craignant une escalade, avaient interdit les rassemblements. Pourtant, des heurts ont éclaté dès le matin à Sétif, où un policier a tiré sur un jeune scout musulman brandissant un drapeau algérien. Ce coup de feu a servi de détonateur : la foule, déjà tendue, a été prise pour cible par les forces de l’ordre. « Les Européens, paniqués, ont ouvert le feu sur la foule », a expliqué un historien cité par Libération.
Une répression qui s’étend au-delà de Sétif
En quelques jours, la répression s’est propagée à Guelma et Kherrata, où des milices européennes et des soldats français ont mené des opérations punitives. Des villages entiers ont été bombardés par l’aviation et l’artillerie, selon des témoignages recueillis par l’historien Benjamin Stora. Les estimations des victimes varient considérablement : de 1 500 à 45 000 morts, selon les sources. L’historien Charles-Robert Ageron évoque pour sa part « plusieurs milliers de victimes », tandis que les archives algériennes avancent le chiffre de 45 000 morts, un bilan contesté par les historiens français.
Les méthodes employées laissent peu de place au doute sur leur caractère systématique. Des villages ont été rasés, des exécutions sommaires ont eu lieu, et des milliers de personnes ont été arrêtées et déportées. « La violence était telle que même les Européens modérés ont été choqués », a rappelé l’historien Mohammed Haroun, spécialiste de la période coloniale.
Un tournant vers la guerre d’indépendance
Pour les historiens, les massacres de mai 1945 ont marqué un tournant décisif. Ils ont radicalisé une partie de la population algérienne et accéléré la montée des mouvements indépendantistes. Quatre ans plus tard, en 1949, le Front de libération nationale (FLN) est créé, avant de lancer la guerre d’indépendance en 1954. « Sans les événements de 1945, la guerre de 1954 n’aurait peut-être pas eu la même intensité », a souligné l’universitaire Benjamin Stora, cité par Libération.
Côté français, la réponse officielle reste mesurée. En 2005, une loi reconnaissait que la France avait « maintenu un système colonial injuste et violent », mais sans évoquer de responsabilités directes dans les massacres. En 2018, Emmanuel Macron a qualifié ces événements de « crime d’État » lors de son discours à Alger, une première. Pourtant, aucune excuse officielle n’a été formulée, et les archives françaises restent partiellement inaccessibles.
Des archives toujours fermées, des mémoires divisées
Le débat sur les massacres de 1945 reste vif, tant en Algérie qu’en France. À Alger, le 8 mai est commémoré chaque année comme une journée nationale, tandis qu’à Paris, les associations de harkis et de rapatriés demandent des clarifications sur le rôle de l’État français. Les archives des ministères des Affaires étrangères et de la Défense, pourtant ouvertes depuis des décennies, n’ont toujours pas livré tous leurs secrets. « On sait qu’il existe des rapports militaires et des télégrammes diplomatiques qui pourraient éclairer ces événements, mais ils restent classifiés », a indiqué un chercheur travaillant sur le sujet.
En Algérie, les archives nationales sont également soumises à des restrictions. Seuls les historiens agréés par l’État peuvent y accéder, ce qui limite les recherches indépendantes. « Sans accès complet aux archives, il est difficile de faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé », a déploré l’historien algérien Daho Djerbal.
Ces événements rappellent aussi les tensions mémorielles persistantes entre la France et ses anciennes colonies. Tant que les archives ne seront pas intégralement ouvertes et que les responsabilités ne seront pas clairement établies, le passé continuera de hanter les relations franco-algériennes.
Ils marquent un tournant dans la montée des revendications indépendantistes. La répression brutale a radicalisé une partie de la population et accéléré la création du FLN en 1949, qui a ensuite lancé la guerre d’indépendance en 1954. Selon les historiens, sans ces événements, le mouvement indépendantiste n’aurait peut-être pas pris une telle ampleur.
Non. En 2005, une loi a reconnu que la France avait maintenu un « système colonial injuste et violent », mais sans évoquer de responsabilités directes. En 2018, Emmanuel Macron a qualifié les massacres de « crime d’État », mais aucune excuse officielle n’a été formulée. Les archives restent également partiellement fermées.