« Nous méritons d’être mieux payés. » La déclaration d’Aryna Sabalenka, numéro un mondiale, résume l’état d’esprit des principaux acteurs du tennis professionnel à moins de deux semaines du début de Roland-Garros. Selon RMC Sport, une vingtaine de stars des circuits ATP et WTA ont signé un communiqué commun, diffusé dimanche 3 mai, pour dénoncer une répartition jugée insuffisante des revenus des tournois du Grand Chelem. Une menace de boycott a même été évoquée, alors que la saison sur terre battue s’apprête à atteindre son apogée avec le deuxième Majeur de l’année.

Ce qu'il faut retenir

  • Les joueurs et joueuses réclament une redistribution de 22 % des revenus des Grand Chelem d’ici 2030, contre environ 15 % actuellement.
  • Ils demandent également une contribution de 4 millions de dollars par Grand Chelem, soit 12 millions d’ici 2030, pour financer un programme d’aide sociale (assurances, santé mentale, congés maternité, retraites).
  • Les revenus des Grand Chelem ont augmenté plus vite que la part reversée aux joueurs entre 2019 et 2024, selon les données compilées par SportsBall.
  • À Roland-Garros 2026, la part des joueurs dans les revenus passera de 15,5 % en 2024 à 14,9 %, alors que le tournoi enregistre des recettes records estimées à plus de 400 millions d’euros.
  • Les signataires, dont Jannik Sinner, Aryna Sabalenka, Coco Gauff ou Iga Świątek, exigent aussi une place dans la gouvernance des Majeurs.

Des revendications structurelles et un dialogue rompu

Les joueurs et joueuses dénoncent un système où les quatre Grand Chelem, bien que générant des recettes colossales, ne redistribuent qu’une part limitée des profits aux athlètes. « La répartition des revenus entre les quatre Grands Chelems et les joueurs devrait être de 50-50 », avait déjà estimé Casper Ruud en avril 2025, lors d’une lettre collective adressée aux organisateurs. Pourtant, entre 2019 et 2024, la part des joueurs dans les revenus des Majeurs est restée stable, voire a diminué en pourcentage, malgré une hausse constante des dotations globales.

Le communiqué publié début mai précise que les revenus des Grand Chelem ont progressé plus rapidement que les prize-money. « À Roland-Garros, la part des joueurs dans les revenus passera de 15,5 % en 2024 à 14,9 % prévus pour 2026 », soulignent-ils, alors que le tournoi parisien affiche des recettes records estimées à plus de 400 millions d’euros. Pour comparaison, l’US Open 2025 avait une dotation globale de 76,4 millions d’euros, tandis que l’Open d’Australie 2026 a distribué 68,75 millions. Wimbledon, lui, affichait 61,9 millions en 2025.

Un programme d’aide sociale et une gouvernance contestée

Les revendications ne se limitent pas aux revenus. Les joueurs réclament aussi une meilleure prise en compte de leur bien-être, via un programme d’aide sociale financé par les Majeurs. Ils proposent une contribution initiale de 4 millions de dollars par Grand Chelem, avec un objectif de 12 millions d’ici 2030. Ce fonds servirait à couvrir les assurances en cas de blessure, les congés maternité, les ressources en santé mentale et les plans de retraite.

« Il n’y a eu aucun échange concernant le bien-être des joueurs et aucun progrès vers la mise en place d’un mécanisme formel de consultation », est-il indiqué dans le communiqué. Les organisateurs sont également critiqués pour leur manque de transparence dans la prise de décision. « Alors que d’autres grands sports internationaux modernisent leur gouvernance, les tournois du Grand Chelem restent réfractaires au changement », dénoncent les signataires.

« Nous faisons le show. Sans nous, il n’y aurait pas de tournois, sans nous, il n’y aurait pas de divertissement. Je pense que nous méritons d’être mieux payés. »
Aryna Sabalenka, numéro un mondiale, lors d’une conférence de presse à Rome le 6 mai 2026

Des tensions qui remontent à plus d’un an

Ce conflit n’est pas nouveau. Dès avril 2025, les membres des top 20 masculin et féminin avaient signé une lettre collective adressée aux quatre Grands Chelems. À l’époque, Novak Djokovic, alors président du Conseil des joueurs de l’ATP, avait cofondé la Professional Tennis Players Association (PTPA) pour défendre les intérêts des athlètes. Bien que le Serbe ne participe pas directement aux négociations actuelles, il a réaffirmé son soutien : « Les joueurs savent qu’ils auront toujours mon soutien », a-t-il déclaré à la presse.

Les échanges entre joueurs et organisateurs restent tendus. « La plupart des décisions sont prises sans consulter les joueurs », avait critiqué Casper Ruud l’an dernier, citant notamment le décalage des dates de début de tournoi sans concertation. « C’est la première fois que j’ai l’impression que tous les joueurs sont sur la même longueur d’onde », a confirmé Jannik Sinner, numéro un mondial, lors du Masters 1000 de Rome.

La menace d’un boycott, une arme ultime

La possibilité d’un boycott a été évoquée à plusieurs reprises ces derniers jours. « À un moment donné, il faudra boycotter si c’est la seule solution pour défendre nos droits », a lancé Aryna Sabalenka. « Pour faire avancer les choses, il faut une union. Si tous les joueurs avancent ensemble, alors je peux totalement imaginer un boycott », a renchéri Coco Gauff. Iga Świątek et Jannik Sinner se sont montrés plus sceptiques, qualifiant cette option de « difficile à mettre en œuvre » ou « un peu extrême ».

Le Conseil des joueurs de l’ATP a apporté son soutien à Jannik Sinner dans un communiqué publié jeudi 7 mai : « Les joueurs méritent d’être écoutés, respectés et inclus dans les discussions importantes concernant le futur de notre sport ». Le président du Conseil, Mackenzie McDonald (129e mondial), a salué le rôle de Sinner : « Nous restons unis pour œuvrer en faveur d’une meilleure communication et de réels progrès pour tous les joueurs ».

Et maintenant ?

Une nouvelle réunion entre joueurs et organisateurs est prévue à Roland-Garros fin mai, comme l’an dernier. Si les discussions n’aboutissent pas, la menace d’un boycott pourrait devenir une réalité. Les regards se tournent également vers l’annonce de la dotation de Wimbledon, attendue dans les prochaines semaines. « Nous espérons sincèrement que les chiffres seront bien meilleurs », a déclaré Jannik Sinner, tandis que les joueurs attendent des réponses concrètes avant le début du deuxième Grand Chelem de la saison.

Reste à savoir si les organisateurs des quatre Majeurs accepteront de renégocier les termes de la redistribution des revenus ou s’ils maintiendront leur position, au risque de braquer une partie des acteurs essentiels à l’attractivité du tennis professionnel.

Ils estiment que la part des revenus qui leur est reversée est insuffisante, notamment au regard des recettes records générées par les tournois. Ils réclament une redistribution de 22 % des revenus d’ici 2030 (contre environ 15 % actuellement), ainsi qu’une contribution financière pour un programme d’aide sociale (4 millions de dollars par Grand Chelem dès 2026, 12 millions d’ici 2030).

Il s’agit de l’Open d’Australie, de Roland-Garros, de Wimbledon et de l’US Open. Chacun de ces tournois est indépendant et fixe librement la répartition de ses revenus, contrairement aux Masters 1000 et WTA 1000 où l’ATP et la WTA encadrent les distributions.