L’Institut Pasteur vient de rendre publics les résultats du séquençage complet de l’hantavirus détecté chez une passagère française du paquebot MV Hondius, mettant fin aux spéculations sur une éventuelle mutation du virus Andes. « Aucun élément ne suggère à ce stade l’émergence d’un variant particulier présentant des caractéristiques nouvelles », a indiqué l’institut dans un communiqué publié ce 19 mai 2026. Selon Futura Sciences, cette conclusion apporte une réponse définitive aux interrogations soulevées par l’épidémie qui a frappé le navire parti d’Ushuaïa en Argentine le 1er avril, avec à son bord près de 150 passagers de 23 nationalités différentes.

Ce qu'il faut retenir

  • L’hantavirus Andes identifié à bord du MV Hondius est génétiquement identique aux souches circulant en Amérique du Sud, selon les analyses de l’Institut Pasteur.
  • Les trois décès enregistrés (un couple néerlandais et une Allemande) ne sont pas liés à une mutation du virus, mais à sa forme classique déjà répertoriée.
  • Onze personnes ont été infectées et plusieurs dizaines de cas contacts ont été recensés par les autorités sanitaires.
  • Le risque pour la population générale reste faible, précise l’OMS, tout en soulignant l’importance de la surveillance épidémiologique.
  • Les variations génétiques observées (3 %) correspondent à des mutations naturelles du virus, sans impact sur sa dangerosité.

Une épidémie sous haute surveillance depuis avril 2026

Le foyer d’hantavirus à bord du MV Hondius avait été signalé à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) après le décès de trois passagers, dont les symptômes s’étaient aggravés plus rapidement que lors des cas habituels. Selon Futura Sciences, cette dégradation anormale avait nourri des craintes quant à une possible mutation du virus, capable de le rendre plus virulent. Le navire, parti d’Ushuaïa en Argentine, transportait 148 passagers et membres d’équipage de 23 nationalités différentes, ce qui a compliqué le suivi des cas contacts.

Les autorités sanitaires avaient immédiatement mis en place des protocoles stricts, mais l’incertitude persistait quant à l’origine exacte de l’épidémie. Les premières investigations avaient pointé du doigt un ornithologue néerlandais, Leo Schilperoord, présenté par certains médias comme le « patient zéro » potentiel, après une excursion près d’Ushuaïa. Cependant, cette hypothèse n’a jamais été confirmée officiellement par l’OMS.

Des analyses génomiques rassurantes, mais une surveillance accrue maintenue

Le séquençage réalisé par l’Institut Pasteur sur l’échantillon prélevé chez la patiente française a révélé que la souche du virus Andes était strictement identique à celles identifiées chez les autres passagers infectés. « Les séquences du virus Andes des patients du bateau sont identiques entre elles et très proches des souches circulant en Amérique du Sud », a précisé Jean-Claude Manuguerra, responsable de l’unité Environnement et Risque Infectieux (ERI) de l’institut.

Les chercheurs ont souligné que les variations génétiques observées (3 % de différence) correspondent à des mutations naturelles, sans conséquence sur la dangerosité de la souche. « D’une manière générale, toutes les séquences du virus Andes en Amérique du Sud présentent une identité nucléotidique supérieure à 95 %. Celles des patients du bateau sont identiques entre elles et très proches de certaines souches circulant en Amérique du Sud, et notamment identifiées chez les rongeurs, de l’ordre de 97 % », a détaillé Jean-Claude Manuguerra. Autant dire que le virus identifié à bord du MV Hondius n’a rien d’exceptionnel.

Un virus connu depuis 1996, mais resté dans l’ombre

Documenté comme transmissible entre humains dès 1996, le virus des Andes n’a provoqué que de rares épisodes épidémiques en trente ans. Selon Futura Sciences, ce foyer rappelle pourtant la nécessité de maintenir une veille sanitaire renforcée, d’autant que le changement climatique et la mondialisation des échanges pourraient favoriser la propagation de pathogènes émergents.

L’OMS a rappelé dans un communiqué que « le risque global pour la population générale est actuellement considéré comme faible ». Cependant, l’organisation a insisté sur l’importance de la préparation, de la surveillance et d’une communication claire sur les risques. « Cet événement souligne l’importance de rester vigilant face aux menaces épidémiques, même lorsqu’elles semblent maîtrisées », a-t-elle ajouté.

Un épisode qui relance le débat sur la transmission interhumaine

L’épidémie à bord du MV Hondius a également mis en lumière la question de la transmission interhumaine des hantavirus, un sujet encore mal connu. Bien que ce mode de transmission soit rare, il a été documenté pour la première fois en 1996 au Chili. Les autorités sanitaires restent prudentes, mais rappellent que les principaux vecteurs restent les rongeurs, responsables de la majorité des cas d’hantaviroses dans le monde.

Les passagers et membres d’équipage du navire ont été soumis à des tests et à une surveillance médicale pendant plusieurs semaines. Aucun nouveau cas n’a été signalé depuis la fin de l’épidémie, mais les autorités continuent de suivre les personnes ayant été en contact avec les infectés.

Et maintenant ?

Les résultats du séquençage devraient permettre aux autorités sanitaires de mieux comprendre la circulation du virus Andes en Amérique du Sud. Une étude plus approfondie pourrait être menée pour évaluer l’impact des mutations naturelles sur la transmissibilité du virus. Par ailleurs, l’OMS et les centres de contrôle des maladies des pays concernés devraient renforcer leurs protocoles de surveillance des hantavirus, notamment dans les zones à risque. Aucune mesure restrictive supplémentaire n’est envisagée pour l’instant, mais la situation sera réévaluée dans les prochains mois.

Pour l’heure, le bilan de l’épidémie à bord du MV Hondius reste limité à trois décès et onze infections confirmées. Une issue moins grave que ce que craignaient les experts au début de la crise, grâce à la rapidité des interventions et à la transparence des autorités.

Le virus Andes est une souche d’hantavirus, un groupe de virus transmis principalement par les rongeurs. Il peut se transmettre à l’homme par inhalation de particules contaminées (urines, excréments ou salive de rongeurs), mais des cas de transmission interhumaine ont également été documentés, notamment lors d’épidémies dans des communautés fermées.

Les symptômes initiaux incluent fièvre, douleurs musculaires et fatigue. Dans les cas graves, l’infection peut évoluer vers un syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), caractérisé par des difficultés respiratoires et une insuffisance pulmonaire, pouvant entraîner le décès. La prise en charge précoce est cruciale pour améliorer le pronostic.