La gestion de l'épidémie d'hantavirus, apparue ces dernières semaines dans plusieurs régions du globe, nécessite une coordination renforcée entre les États. C'est ce qu'affirme le médecin et écrivain Christian Lehmann, chroniqueur régulier de crises sanitaires pour Libération. Dans sa dernière contribution, il revient sur les craintes suscitées par ce virus, dont les cas se multiplient à l'échelle internationale.
Ce qu'il faut retenir
- Présence du virus dans plusieurs pays, avec des foyers identifiés en Europe, en Asie et en Amérique du Nord
- Mode de transmission principal : contact avec les excréments de rongeurs infectés
- Symptômes pouvant évoluer vers un syndrome pulmonaire sévère ou une insuffisance rénale aiguë
- Taux de mortalité estimé entre 1 % et 10 % selon les souches
- Appel à la coordination internationale pour éviter une propagation incontrôlée
Un virus encore méconnu mais aux conséquences redoutées
Selon Christian Lehmann, l'hantavirus, longtemps considéré comme une menace locale, a vu son risque s'amplifier avec la mondialisation des échanges. Libération rappelle que ce pathogène, identifié dès 1976 en Corée du Sud, reste largement sous-diagnostiqué en raison de ses symptômes non spécifiques en phase initiale. « On confond souvent les premiers signes avec ceux d'une grippe classique », a-t-il expliqué. Pourtant, les complications peuvent s'avérer dramatiques, notamment pour les populations exposées dans les zones rurales ou périurbaines.
Les données disponibles, compilées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), indiquent une recrudescence des cas depuis 2024, avec une hausse particulièrement marquée en Europe de l'Est. En 2025, près de 3 000 cas ont été recensés à l'échelle mondiale, contre moins de 1 500 en moyenne annuelle au début des années 2010. Cette progression s'accompagne d'une extension géographique, des signalements ayant été enregistrés en Suède, en Finlande et même en France, où deux foyers ont été détectés en 2026.
Une réponse sanitaire fragmentée, obstacle majeur à l'endiguement
Christian Lehmann souligne, dans sa chronique, les lacunes persistantes dans la gestion transfrontalière des épidémies émergentes. « Chaque État réagit selon ses propres protocoles, sans harmonisation des mesures de surveillance ou de prévention », a-t-il déclaré. Les disparités se retrouvent à tous les niveaux : détection, signalement, et surtout, communication des risques. Libération cite en exemple la Pologne, où les autorités locales ont tardé à alerter sur un foyer rural en 2025, retardant la mise en place de mesures de protection pour les populations exposées.
Cette fragmentation est d'autant plus problématique que le virus, porté par des rongeurs comme les campagnols ou les mulots, ne connaît pas de frontières. Les experts s'accordent à dire que seule une approche collective permettrait de limiter sa propagation. « Un cas ignoré en Sibérie aujourd'hui peut devenir un cluster en Allemagne demain », a rappelé un épidémiologiste de l'Institut Pasteur, cité par Libération.
Les leçons des crises sanitaires passées
Le médecin-écrivain tire un parallèle avec les crises récentes, comme celle du COVID-19 ou de la variole du singe. Pour lui, l'hantavirus révèle une fois de plus les faiblesses des systèmes de santé publique face aux zoonoses. « On a vu comment une mauvaise coordination avait aggravé les premières vagues de pandémie », a-t-il souligné. Il insiste sur la nécessité de renforcer les réseaux de surveillance, notamment dans les zones à risque, où la promiscuité entre humains et rongeurs favorise la transmission.
Les spécialistes appellent également à une meilleure éducation des populations, souvent méconnaissances des modes de contamination. Les campagnes d'information, comme celles menées en Suède depuis 2024, montrent des résultats encourageants, avec une réduction de 40 % des cas en deux ans. Pourtant, ces initiatives restent inégales, certaines régions préférant minimiser le risque par crainte d'un impact économique, notamment sur le tourisme ou l'agriculture.
Christian Lehmann conclut sa chronique en rappelant que l'histoire des maladies infectieuses est celle d'une course permanente entre l'émergence de nouveaux pathogènes et les réponses de la médecine. « L'hantavirus n'est pas une fatalité », écrit-il. « Mais sans une mobilisation sans précédent, il pourrait devenir une menace durable. »
La transmission se fait principalement par inhalation de particules virales présentes dans les excréments, l'urine ou la salive de rongeurs infectés. Un contact direct avec ces animaux ou leurs nids peut également être à l'origine de la contamination.