Une réunion s’est tenue au ministère de l’Éducation nationale ce mercredi 20 mai 2026 pour discuter de l’avenir des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). D’après Le Monde - Education, un rapport conjoint de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) estime qu’il serait inapproprié de créer un statut de fonctionnaire pour ces professionnels, tout en invitant à repenser le modèle actuel de l’inclusion scolaire.

Ce qu'il faut retenir

  • Un rapport IGAS-IGESR, rendu public le 20 mai 2026, remet en question la création d’un statut de fonctionnaire pour les AESH, jugée « inappropriée » par ses auteurs.
  • Les inspecteurs préconisent une réflexion approfondie sur le modèle d’inclusion scolaire, dont les contours actuels sont jugés trop complexes à mettre en œuvre.
  • Les AESH, souvent qualifiés de « prolétariat de l’Éducation nationale », jouent pourtant un rôle clé dans l’accompagnement des élèves en situation de handicap.
  • Le rapport souligne les limites du système actuel, marqué par des statuts précaires et des conditions de travail difficiles.
  • Cette remise en cause intervient alors que les associations et les familles réclament depuis des années une meilleure reconnaissance de ces métiers.

Un système à bout de souffle

Les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) forment le socle invisible de l’inclusion scolaire en France. Pourtant, leur statut reste marqué par une précarité persistante, malgré des missions essentielles. Selon le rapport rendu public aujourd’hui, « créer un statut de fonctionnaire pour ces professionnels n’est pas la solution adaptée », a déclaré un haut responsable du ministère, cité par Le Monde - Education.

Les auteurs du rapport, issus de l’IGAS et de l’IGESR, estiment que l’inclusion scolaire, telle qu’elle est conçue aujourd’hui, repose sur un modèle trop rigide et peu adapté aux réalités du terrain. « Le système actuel ne permet pas une inclusion effective et durable des élèves en situation de handicap », a souligné l’un des inspecteurs, rappelant que les AESH sont souvent en contrats à durée déterminée ou en temps partiel imposé.

Des conditions de travail difficiles

Les AESH, qui accompagnent au quotidien des milliers d’élèves en situation de handicap, sont confrontés à des conditions de travail souvent difficiles. Entre surcharge administrative, manque de moyens et précarité contractuelle, leur métier peine à attirer et à fidéliser les candidats. « On a l’impression d’être les oubliés de l’Éducation nationale », a confié à Le Monde - Education une AESH en poste depuis cinq ans, qui préfère rester anonyme.

Le rapport met en lumière un paradoxe : alors que l’inclusion scolaire est érigée en priorité nationale, les professionnels qui la rendent possible sont les plus mal lotis. « C’est comme si on demandait à des ouvriers de construire un immeuble sans leur fournir les outils nécessaires », a résumé un syndicaliste du secteur. Les auteurs du document rappellent que 80 % des AESH sont des femmes, souvent en situation de temps partiel subi, avec des salaires proches du SMIC.

Vers une refonte du modèle ?

Face à ce constat, le rapport IGAS-IGESR propose plusieurs pistes pour améliorer la situation. Plutôt qu’un statut de fonctionnaire, les inspecteurs suggèrent de repenser le cadre d’emploi des AESH, en clarifiant leurs missions et en améliorant leurs conditions de travail. « L’enjeu n’est pas de créer un nouveau statut, mais de rendre le métier plus attractif et mieux reconnu », a expliqué l’un des rédacteurs du rapport.

Parmi les mesures évoquées figurent l’augmentation des salaires, la réduction de la précarité contractuelle et la création de véritables parcours professionnels pour les AESH. Le rapport insiste également sur la nécessité de mieux former les enseignants et les encadrants à l’accueil des élèves en situation de handicap, afin de répartir plus équitablement la charge de travail entre tous les acteurs.

Et maintenant ?

Le ministère de l’Éducation nationale a indiqué qu’il prendrait « très au sérieux » les recommandations du rapport, sans pour autant s’engager sur un calendrier précis. Une concertation avec les syndicats et les associations de parents d’élèves devrait s’ouvrir dans les prochaines semaines. Pour les AESH, l’attente reste entière : « On espère que cette fois, les promesses seront suivies d’actes », a réagi une représentante syndicale. La prochaine réunion interministérielle sur le sujet est prévue pour le 15 juin 2026, une date que beaucoup observent avec attention.

Cette remise en cause du modèle actuel survient alors que les demandes d’accompagnement pour les élèves en situation de handicap ne cessent d’augmenter. Selon les dernières statistiques, plus de 400 000 élèves bénéficient aujourd’hui d’un AESH en France, un chiffre en hausse constante depuis une décennie. Pourtant, le nombre de postes d’accompagnants reste insuffisant, laissant de nombreux élèves sans solution adaptée.

Pour les familles, cette situation est vécue comme une injustice. « On nous demande d’inclure nos enfants, mais on nous donne les moyens de le faire ? », s’interroge une mère d’élève en situation de handicap, contactée par Le Monde - Education. Le débat sur l’inclusion scolaire, déjà complexe, semble donc appelé à s’intensifier dans les mois à venir.

Selon les auteurs du rapport, un statut de fonctionnaire ne résoudrait pas les problèmes structurels de l’inclusion scolaire, notamment la rigidité des missions et le manque de moyens. Ils estiment que la solution passe plutôt par une amélioration des conditions de travail et une clarification des rôles, sans nécessairement passer par une fonctionnarisation.