Genève, le 20 mai 2026 – L’hébergeur suisse Infomaniak, spécialisé dans les solutions cloud et web, vient de franchir une étape majeure pour sécuriser son avenir. Selon Frandroid, son fondateur, Boris Siegenthaler, a annoncé le transfert de la majorité des droits de vote de l’entreprise à la Fondation Infomaniak, une structure suisse d’utilité publique. Cette décision vise à garantir l’indépendance à long terme de l’entreprise genevoise, en la protégeant des risques de rachat et des pressions financières extérieures.

Ce qu’il faut retenir

  • Transfert des droits de vote : La majorité des droits de vote d’Infomaniak sont désormais détenus par la Fondation Infomaniak, une entité d’utilité publique.
  • Objectif d’indépendance : Cette mesure vise à préserver l’ADN et la gouvernance de l’entreprise face aux pressions financières et aux rachats hostiles.
  • Fondation suisse : La Fondation Infomaniak est une structure juridique enregistrée en Suisse, reconnue pour son utilité publique.
  • Acteur historique du cloud : Infomaniak, basé à Genève, est l’un des principaux hébergeurs européens indépendants depuis plus de 25 ans.
  • Boris Siegenthaler : Le fondateur d’Infomaniak reste impliqué dans la gouvernance de l’entreprise, mais la structure juridique change radicalement.

Une stratégie juridique pour écarter les risques financiers

Infomaniak, entreprise genevoise fondée en 1994, a toujours mis en avant son indépendance comme un pilier de son modèle économique. Selon Frandroid, Boris Siegenthaler a justifié cette décision par la volonté de « protéger durablement l’ADN de l’entreprise ». Dans un communiqué, il a souligné que « le transfert des droits de vote à une fondation d’utilité publique permet de garantir que les décisions stratégiques resteront alignées sur les valeurs fondatrices d’Infomaniak, et non sur des logiques purement financières ».

Cette approche s’inscrit dans une tendance croissante parmi les entreprises technologiques européennes, qui cherchent à éviter les rachats par des géants américains ou asiatiques. Autant dire que cette initiative place Infomaniak dans une position unique sur le marché du cloud, où les fusions et acquisitions sont monnaie courante.

Qu’est-ce qu’une fondation d’utilité publique en Suisse ?

La Fondation Infomaniak, désormais détentrice de la majorité des droits de vote, est une entité juridique suisse régie par le droit fédéral. Comme le rapporte Frandroid, ces fondations sont soumises à des règles strictes en matière de transparence et de gestion désintéressée. Leur but n’est pas de générer des profits pour des actionnaires, mais de servir un intérêt général ou une mission spécifique, définie dans leurs statuts.

Dans le cas d’Infomaniak, la fondation a pour vocation de « préserver l’autonomie décisionnelle de l’entreprise et de garantir que ses ressources soient utilisées au service de ses clients et de l’innovation technologique », a précisé Boris Siegenthaler. Ce modèle rappelle celui adopté par des groupes comme la Fondation Mozilla ou certaines coopératives, qui privilégient la pérennité à la rentabilité à court terme.

Un écosystème suisse résilient face aux géants du numérique

Cette annonce survient dans un contexte où le marché du cloud est largement dominé par des acteurs américains (AWS, Microsoft Azure, Google Cloud) et chinois (Alibaba Cloud, Tencent). Infomaniak, avec ses 300 collaborateurs et ses data centers 100 % alimentés par des énergies renouvelables, se positionne comme une alternative européenne et éthique. Selon Frandroid, l’entreprise revendique plus de 500 000 clients dans plus de 100 pays, principalement des PME, des associations et des institutions publiques.

« Nous voulons montrer qu’il est possible de concilier performance économique et responsabilité sociétale », a expliqué le fondateur. Cette stratégie pourrait inspirer d’autres acteurs du numérique en Europe, alors que les questions de souveraineté des données et d’indépendance technologique gagnent en importance.

Et maintenant ?

Le transfert des droits de vote à la Fondation Infomaniak doit encore être validé par les autorités suisses, une procédure qui pourrait prendre plusieurs mois. Dans l’intervalle, Infomaniak devrait poursuivre son développement commercial, avec un accent mis sur l’innovation et la durabilité. À moyen terme, cette structure pourrait aussi faciliter des partenariats avec des acteurs publics ou privés souhaitant soutenir un modèle alternatif au cloud traditionnel. Reste à voir si cette initiative encouragera d’autres entreprises technologiques à adopter des modèles similaires.

Pour Infomaniak, cette décision marque un tournant. En plaçant son indépendance sous la protection d’une fondation, l’entreprise genevoise envoie un signal fort : dans un secteur où les géants du numérique dictent souvent les règles, l’éthique et la souveraineté peuvent encore primer.

Une fondation offre une protection juridique plus robuste contre les rachats hostiles, car elle n’a pas d’actionnaires à rémunérer. Contrairement à une coopérative, où les membres peuvent avoir des intérêts divergents, une fondation d’utilité publique est tenue par la loi de servir un objectif désintéressé, ce qui garantit une gouvernance alignée sur les valeurs fondatrices.