La France applique depuis le 15 mai 2026 une interdiction des produits alimentaires contenant du cannabidiol (CBD), conformément à une directive européenne de 1997. Cette décision, issue du règlement « Novel Food », prive désormais les consommateurs et les professionnels d’un marché estimé à 25 % du chiffre d’affaires pour certains acteurs, selon Franceinfo - Santé.

Ce qu'il faut retenir

  • Le CBD à usage alimentaire — huiles, pâtes de fruits, tisanes — est interdit en France depuis le 15 mai 2026, en application du règlement européen « Novel Food ».
  • Plus de 2 000 magasins spécialisés en France commercialisaient ces produits, représentant un manque à gagner immédiat pour les vendeurs.
  • Les producteurs de chanvre, comme François Bientz dans l’Yonne, risquent de perdre jusqu’à un quart de leur production et craignent pour la survie de leur exploitation.
  • Les consommateurs, comme Aurore qui utilisait des « gummies » pour arrêter de fumer, se retrouvent sans alternative légale et constituent des stocks avant épuisement.
  • Les autorités sanitaires européennes justifient cette interdiction par des craintes sur les effets du CBD ingéré, bien que le marché existe depuis 2021 sans signalement particulier.
  • Le CBD à fumer ou sous forme de liquide pour cigarettes électroniques reste autorisé en France, à condition de ne pas contenir de THC.

Une réglementation européenne appliquée sans transition

Dès le vendredi 15 mai 2026, la direction générale de l’Alimentation (DGAL) a imposé l’interdiction des produits alimentaires au CBD en France. Cette décision s’appuie sur le règlement européen « Novel Food », qui encadre les denrées alimentaires non traditionnellement consommées dans l’Union européenne. Jusqu’à présent, le CBD n’était pas soumis à autorisation préalable, mais les autorités ont considéré que son ingestion nécessitait une évaluation sanitaire, par précaution.

Les produits concernés — huiles sublinguales, pâtes de fruits, tisanes, gummies — représentaient une part significative du marché pour les quelque 2 000 boutiques spécialisées en France. Pour Nicolas, gérant d’un commerce dans les Deux-Sèvres, cette interdiction signifie la disparition immédiate de 25 % de son chiffre d’affaires annuel, soit entre 50 000 et 60 000 euros. « On ne sait même pas pourquoi on nous interdit ça alors que ça fonctionne depuis des années », s’étonne-t-il, évoquant une clientèle fidèle en quête d’alternatives naturelles à la morphine ou aux antidouleurs chimiques.

Des consommateurs pris au dépourvu et contraints de se rabattre sur des stocks

Parmi les utilisateurs réguliers de CBD alimentaire, certains se retrouvent dans une situation délicate. Aurore, 53 ans, consommait des « gummies » au CBD pour réduire sa consommation de joints. « C’est doux, ça monte tout en douceur, et ça m’a aidée à arrêter », explique-t-elle. Informée de l’interdiction, elle a constitué un stock de 150 euros de produits — soit plusieurs semaines de traitement — avant de devoir envisager un sevrage brutal. « Mon vendeur m’a dit qu’il ne pouvait plus m’en vendre, alors j’ai tout acheté. Je refuse d’acheter en ligne, je ne sais pas ce qu’il y a dedans, c’est trop risqué », confie-t-elle, lucide sur les dangers d’un marché parallèle non régulé.

D’autres clients de Nicolas, comme des personnes atteintes de douleurs chroniques ou de maladies graves, n’ont désormais plus aucune alternative légale. « Plus rien pour mes clients qui ont mal au genou, plus rien pour ceux qui veulent dormir, ou qui ont un cancer et que la morphine ne soulage plus… », déplore-t-il. Pour lui, cette interdiction pousse les consommateurs vers des circuits non contrôlés, où « les colis arrivent directement par la Poste sans aucun contrôle », contrairement aux commandes Temu ou Shein, pourtant sous surveillance.

Les producteurs de chanvre en première ligne face à la crise

La Confédération paysanne, troisième syndicat agricole français, a dénoncé dans un communiqué une « menace directe sur la filière chanvre ». François Bientz, producteur dans l’Yonne, illustre cette inquiétude : pour lui, le CBD alimentaire représente plus d’un quart de sa production. « Moi, c’est grâce au chanvre à actif que ma ferme est encore debout », lance-t-il, amer. Avec entre 1 000 et 1 500 petits producteurs en France, il craint que cette interdiction ne sonne le glas de nombreuses exploitations. « Si le cannabis alimentaire n’est pas réautorisé, ma production ne tiendra pas plus de deux ans », estime-t-il, appelant à une mobilisation pour préserver un secteur économique déjà fragilisé.

La saison de plantation approche, mais l’incertitude plane. « Qu’est-ce qu’on doit faire pour le début de saison ? », s’interroge Bientz. Selon lui, « énormément de producteurs sont dans la détresse économique ». La Confédération paysanne, qui défend ce secteur depuis des années, alerte sur les conséquences sociales d’un effondrement de la filière, notamment en zone rurale où le chanvre est souvent une culture de diversification.

Une filière divisée sur les risques sanitaires

Les autorités européennes et françaises justifient l’interdiction par des craintes sur les effets du CBD ingéré. Bien que le marché existe depuis 2021 sans signalement majeur, le règlement « Novel Food » impose une évaluation systématique des nouveaux aliments. « On sait ce que ça fait sur les gens, puisque ça se vend depuis des années », rétorque Nicolas, sceptique. Les défenseurs du CBD soulignent que la molécule est autorisée sous d’autres formes — fleurs à fumer, e-liquides — dès lors qu’elle ne contient pas de THC, la substance psychotrope du cannabis.

Pour les consommateurs comme Aurore, le CBD alimentaire représentait une solution douce et légale pour gérer leur santé. « Je ne veux pas me tourner vers l’illégal, mais là, je n’ai plus le choix », confie-t-elle. Le débat sur les risques réels du CBD ingéré reste ouvert, d’autant que les études scientifiques manquent encore pour évaluer ses effets à long terme sur l’organisme.

Et maintenant ?

Les professionnels de la filière CBD attendent désormais une révision possible de la réglementation européenne. Une autorisation de mise sur le marché pour les produits alimentaires au CBD pourrait être envisagée après de nouvelles évaluations sanitaires, mais aucune échéance n’a été fixée. En attendant, les producteurs doivent décider de leur stratégie pour la saison 2026, tandis que les consommateurs cherchent des alternatives légales ou se tournent vers des circuits non régulés. La DGAL a rappelé que le CBD sous forme de fleurs ou d’huiles non destinées à l’ingestion reste autorisé, mais la filière craint une perte de crédibilité durable auprès du public.

Si cette interdiction devait persister, c’est l’ensemble de la filière chanvre française qui pourrait être durablement affectée, avec des répercussions sur l’emploi et l’économie rurale. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si le CBD alimentaire pourra retrouver une place dans les rayons des magasins spécialisés ou si le marché se déplacera définitivement vers des pratiques moins contrôlées.

La France applique depuis le 15 mai 2026 le règlement européen « Novel Food », qui impose une autorisation pour les aliments non traditionnellement consommés dans l’UE. Les autorités sanitaires craignent des effets inconnus du CBD ingéré et ont décidé d’interdire ces produits par précaution, bien qu’aucun signalement sanitaire n’ait été enregistré depuis leur commercialisation en 2021.

Sont interdits depuis le 15 mai 2026 les huiles à mettre sous la langue, les pâtes de fruits, les tisanes et toutes les préparations alimentaires contenant du CBD. En revanche, le CBD à fumer ou sous forme de liquide pour cigarettes électroniques reste autorisé, à condition de ne pas contenir de THC.