Selon Courrier International, relayant une enquête publiée par El País, le Mali fait face à une alliance inédite entre rebelles touaregs et groupes djihadistes. Cette coalition, menée par Iyad Ag Ghali, a pris une nouvelle dimension après l’offensive des 25 et 26 avril 2026, qui a coûté la vie à Sadio Camara, numéro deux de la junte malienne et ministre de la Défense. Depuis, les djihadistes imposent un blocus sur Bamako, coupant les axes routiers principaux et empêchant l’approvisionnement de la capitale. La ville de Kidal, dans le nord du pays, est tombée aux mains des rebelles, marquant un tournant dans ce conflit aux multiples acteurs.
Ce qu'il faut retenir
- Iyad Ag Ghali est le leader du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), coalition djihadiste active au Sahel central.
- Il a orchestré une alliance entre rebelles touaregs et djihadistes, renforçant leur emprise sur le nord du Mali et menaçant Bamako.
- Ancien musicien et combattant, il a servi sous les ordres de Mouammar Kadhafi avant de se radicaliser au Pakistan.
- Son groupe contrôle désormais des axes stratégiques, isolant la capitale et étendant son influence régionale.
À travers son parcours, Iyad Ag Ghali incarne une figure hybride, à mi-chemin entre diplomate et terroriste. Comme le rapporte El País et repris par Courrier International, son histoire personnelle reflète l’évolution des conflits au Sahel. Né au Mali, il a d’abord combattu en Libye dans les rangs du régime de Kadhafi, avant de rejoindre la rébellion touareg dans les années 1990. Musicien talentueux, il a même été percussionniste et parolier pour le groupe Tinariwen, symbole de la culture touareg, avant de troquer sa guitare contre un fusil.
Son parcours bascule radicalement dans les années 2000. Après des années de lutte armée et de négociations, il se radicalise sous l’influence de prédicateurs pakistanais. En 2012, il fonde le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), puis intègre en 2017 le JNIM, branche sahélienne d’Al-Qaïda. Aujourd’hui, il est considéré comme l’un des djihadistes les plus dangereux d’Afrique, à la tête d’une organisation qui étend son emprise du Mali au Burkina Faso et au Niger.
Son rôle dans l’alliance récente avec les rebelles touaregs a changé la donne. Selon les observateurs, cette union de circonstance repose sur une convergence d’intérêts : les djihadistes cherchent à étendre leur territoire, tandis que les rebelles touaregs veulent affaiblir la junte malienne. Leur offensive conjointe d’avril 2026 a montré leur capacité à frapper au cœur du pouvoir, forçant Bamako à se replier sur la défense de la capitale. « Cette alliance est une menace existentielle pour le Mali », souligne un analyste cité par El País.
La chute de Kidal, ville stratégique du nord, illustre la montée en puissance de cette coalition. Longtemps disputée, la ville est passée sous contrôle rebelle, coupant Bamako de ses principales routes d’approvisionnement. Le blocus imposé par les djihadistes aggrave une crise humanitaire déjà critique. « Les habitants de Bamako subissent les conséquences d’une guerre où les civils paient le prix fort », indique un rapport des Nations unies consulté par Courrier International.
« Iyad Ag Ghali n’est pas un terroriste comme les autres. C’est un stratège, mi-diplomate, mi-guerrier, capable de négocier avec des États comme avec des groupes armés. » — Un chercheur spécialiste du Sahel, cité par El País
Son influence dépasse les frontières maliennes. Le JNIM, qu’il dirige, est aujourd’hui considéré comme l’une des organisations djihadistes les plus puissantes d’Afrique. Ses liens avec Al-Qaïda en font une menace persistante, malgré les opérations militaires menées par la France et ses partenaires locaux. En 2023, le département d’État américain a offert une récompense de 5 millions de dollars pour sa capture, un montant qui témoigne de l’urgence à le neutraliser.
Pourtant, Ag Ghali reste insaisissable. Ses talents de négociateur lui ont permis de survivre à des décennies de conflits. En 2013, il a même été impliqué dans des pourparlers avec le gouvernement malien pour la libération d’otages, avant de reprendre les armes. Cette dualité en fait un adversaire redoutable : « Il sait quand parler et quand frapper », résume un diplomate européen interrogé par Courrier International.
Côté humanitaire, l’ONU alerte sur le risque de famine dans le nord du Mali, où les stocks de nourriture s’épuisent. Les ONG présentes sur place craignent une crise comparable à celle de 2012, lorsque des centaines de milliers de personnes avaient fui les violences. « Sans un accès humanitaire sécurisé, la situation pourrait devenir catastrophique », avertit un responsable de Médecins Sans Frontières.
En France, où le dossier malien reste sensible depuis des années, les autorités suivent la dégradation de la situation avec inquiétude. Le président français Emmanuel Macron a évoqué lors d’un conseil de défense restreint la possibilité de renforcer les frappes aériennes contre les positions du JNIM. « Nous ne pouvons pas laisser Bamako tomber entre les mains des groupes terroristes », a-t-il déclaré selon des sources proches de l’Élysée.
Quant à Iyad Ag Ghali, il continue de se déplacer entre les zones tenues par ses alliés, évitant soigneusement les frappes ciblées. Ses messages, diffusés via des canaux protégés, appellent à la chute du gouvernement malien et à l’instauration d’un État islamique au Sahel. Pour ses partisans, il reste un héros ; pour ses détracteurs, un criminel de guerre. Une chose est sûre : tant qu’il sera en vie, la stabilité du Mali restera hors de portée.
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) est une coalition djihadiste affiliée à Al-Qaïda. Il apporte un soutien militaire et logistique aux rebelles touaregs, en échange de leur alliance contre le gouvernement malien. Cette union a permis de prendre le contrôle de Kidal et d’imposer un blocus sur Bamako, selon les informations recueillies par Courrier International et El País.