L’écrivaine Katherine Pancol a révélé, lors de l’émission La Grande Librairie diffusée sur France 5 le 13 mai 2026, le viol dont elle a été victime à l’âge de 12 ans. Selon Franceinfo - Culture, elle a partagé un texte inédit décrivant les circonstances de l’agression et ses conséquences sur sa vie. À cette occasion, elle a également critiqué le projet de réforme de la justice criminelle porté par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin.
Ce qu'il faut retenir
- Katherine Pancol a révélé, à 76 ans, avoir subi un viol à l’âge de 12 ans commis par un voisin de 25 ans.
- Elle a décrit cette agression comme un « massacre », avec des conséquences psychologiques durables.
- L’autrice a dénoncé le projet de réforme de la justice criminelle de Gérald Darmanin, évoquant notamment la procédure de « plaider-coupable ».
- Elle a cité l’Espagne comme exemple de pays ayant pris des mesures pour mieux protéger les victimes de violences sexuelles.
- Quelques jours après l’émission, Gérald Darmanin a proposé d’exclure les crimes sexuels de la procédure de « plaider-coupable ».
Un témoignage poignant sur un traumatisme de l’enfance
Dans un texte lu à l’antenne, Katherine Pancol a retracé le déroulement de l’agression. « J’ai 12 ans. Je rentre déjeuner chaque jour à la maison. Mon père est parti. Ma mère travaille. Je suis seule. Tranche de pain. Tranche de jambon. On sonne. C’est le voisin. Je lui ouvre. Il m’entraîne dans ma chambre. Me jette sur le lit. Il a 25 ans. C’est un massacre. Il repart en riant. J’ai du blanc dans la tête. La foudre a cramé ma cervelle », a-t-elle déclaré. Le voisin, dont l’identité n’a pas été révélée, est reparti sans que la jeune fille puisse alerter qui que ce soit.
Les conséquences de cet acte ont marqué un tournant dans sa vie. Après l’agression, la mère du violeur a accusé l’autrice d’avoir « aguiché son fils », une accusation qui a pesé sur elle. « C’est de ma faute », lui aurait dit sa mère, avant de lui demander de présenter des excuses. « Je refuse. On n’en reparlera plus jamais », a raconté Katherine Pancol. « Ce jour-là, je suis devenu adulte. » Dès lors, elle a progressivement « avalé le souvenir de la scène », comme elle l’a exprimé, avant de se tourner vers la lecture et l’écriture pour donner un sens à son histoire.
Une carrière littéraire née d’un besoin de reconstruction
Katherine Pancol a indiqué avoir « commencé à écrire » après cet événement, comme une forme de thérapie. Son œuvre, composée de 21 romans, dont le dernier en date, Des choux et des reines, publié aux éditions Albin Michel, témoigne de cette résilience. « Je me jette dans les mots des autres. Je lis comme une dératée », a-t-elle expliqué, soulignant comment la littérature lui a permis de surmonter son traumatisme.
Soixante ans après les faits, l’autrice a choisi de briser le silence, une démarche qu’elle partage avec de nombreuses victimes de violences sexuelles aujourd’hui. « Soixante ans après, les victimes se sont mises à parler. Les témoignages sont glaçants. Les propos officiels ronflants. Mais rien ne change », a-t-elle dénoncé, pointant du doigt l’absence de changements structurels dans la société.
Une critique acerbe de la réforme Darmanin
Katherine Pancol a profité de son intervention pour critiquer vivement le projet de réforme de la justice criminelle porté par Gérald Darmanin, baptisé loi SURE. Ce texte prévoyait notamment la mise en place d’une procédure de « plaider-coupable » pour les infractions les plus graves, incluant les violences sexuelles. « Marchander avec le violeur. Une fois de plus, la victime disparaît », a-t-elle dénoncé. Selon elle, cette mesure revenait à minimiser la gravité des crimes sexuels en réduisant les peines encourues et en accélérant les procédures.
« Le prédateur est toujours gagnant. Une légère peine de prison et il sort », a-t-elle ajouté, comparant la situation française à celle de l’Espagne, où des mesures ont été prises pour mieux protéger les victimes. « L’Espagne a pris des mesures. Pourquoi pas nous ? », a-t-elle questionné, sans attendre de réponse. Quelques jours après la diffusion de l’émission, Gérald Darmanin a finalement proposé d’exclure « tous les crimes sexuels et l’ensemble des crimes passibles de la cour d’assises » de la procédure de « plaider-coupable ».
Une réforme sous le feu des critiques
Le projet de réforme de la justice criminelle, incluant la procédure de « plaider-coupable », a suscité de vives critiques de la part des professionnels du droit. Les avocats et associations de victimes y voient une remise en cause des principes fondamentaux de la justice, notamment en matière de violences sexuelles. La loi SURE, dont le nom fait référence à la « sécurité » et à la « rapidité », a été perçue comme une tentative de désengorger les tribunaux au détriment des victimes. « Une audience plus courte et des peines encourues réduites », a rappelé Katherine Pancol, dénonçant une logique qui, selon elle, favorise les agresseurs.
Cette réforme s’inscrit dans un contexte plus large de débats sur la justice en France, où la question de la protection des victimes de violences sexuelles reste un sujet sensible. Les associations féministes et les victimes elles-mêmes réclament depuis des années une meilleure prise en compte de leurs droits dans les procédures judiciaires.
Pour l’autrice, ce récit représente une étape supplémentaire dans son parcours de résilience. « Je n’ai pas honte. J’ai été victime. Et je le dis parce que je veux que les autres victimes osent parler », a-t-elle conclu. Son intervention sur France 5 s’inscrit dans une dynamique plus large de libération de la parole, portée par des personnalités publiques comme par des anonymes.
La loi SURE est un projet de réforme de la justice criminelle visant à accélérer les procédures judiciaires, notamment via une procédure de « plaider-coupable » pour les infractions les plus graves. Ce texte a suscité de vives critiques, car il inclut initialement les crimes sexuels dans cette procédure, ce qui a été perçu comme une minimisation de leur gravité. Après les interventions de plusieurs associations et personnalités, comme Katherine Pancol, le gouvernement a finalement proposé d’exclure les crimes sexuels de cette procédure.
Katherine Pancol n’a pas souhaité évoquer publiquement ce traumatisme plus tôt. Dans son intervention sur France 5, elle a expliqué avoir « avalé le souvenir de la scène » pendant des décennies, avant de se tourner vers l’écriture pour donner un sens à son histoire. Ce n’est que récemment, dans un contexte où les victimes de violences sexuelles prennent davantage la parole, qu’elle a choisi de briser le silence.