Vingt-et-un scientifiques américains ont posé leurs valises en Espagne depuis 2023, profitant du programme Atrae, un dispositif lancé par le gouvernement de Pedro Sánchez pour attirer des chercheurs de haut niveau dans les universités et centres de recherche espagnols, selon Courrier International. Ces recrues s’ajoutent aux 16 sélectionnés en 2024, et marquent une accélération notable du phénomène depuis l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis.

Ce qu'il faut retenir

  • En trois ans, 254 chercheurs ont postulé au programme Atrae, dont 33,5 % basés aux États-Unis — une proportion inexistante en 2023, passée à 16 % en 2024 et doublée en 2025.
  • Les scientifiques américains expliquent leur départ par la réduction des budgets et le gel des subventions dans des domaines clés comme la biomédecine, le climat ou l’espace.
  • Chaque lauréat reçoit en moyenne 1 million d’euros pour monter une équipe et un laboratoire en Espagne.
  • Parmi les nouveaux arrivants figure Audrey Sawyer, hydrogéologue floridienne, et Vincenzo Calvanese, spécialiste de la leucémie, recruté par l’Institut Josep Carreras à Barcelone.

Ce flux migratoire s’inscrit dans un contexte politique tendu. Depuis 2025, l’administration Trump a multiplié les mesures restrictives à l’encontre de la recherche américaine : coupes budgétaires massives, blocage de financements pour des projets jugés « politiquement sensibles », et une pression accrue sur les universités accusées de dérive « woke ». « Les États-Unis font un pas en arrière », a déclaré Audrey Sawyer, qui évoque des « difficultés graves » pour les chercheurs et étudiants restés sur place.

Le programme Atrae, créé en 2023, offre aux scientifiques sélectionnés un package attractif : un salaire compétitif, des moyens pour recruter une équipe, et une enveloppe globale de 1 million d’euros en moyenne par projet. Une aubaine pour des chercheurs comme Vincenzo Calvanese, qui a passé une décennie à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) avant de tenter sa chance en Espagne. « J’ai contacté directement des collègues américains pour leur parler de cette opportunité. C’est l’une des rares chances de garantir un avenir professionnel stable en recherche », a-t-il expliqué.

Selon El País, cité par Courrier International, 33,5 % des 254 candidats** au programme Atrae venaient des États-Unis — une proportion qui n’existait pas en 2023, mais qui a atteint 16 % en 2024 et doublé l’année suivante. Les domaines ciblés par les restrictions américaines — biomédecine, changement climatique, exploration spatiale — correspondent justement aux priorités scientifiques espagnoles, renforçant l’attractivité du pays.

Parmi les 21 nouveaux arrivants en 2025, tous ne sont pas américains, mais tous travaillaient dans des laboratoires étasuniens avant leur départ. Leur arrivée coïncide avec une période charnière pour la science européenne, alors que l’Espagne cherche à combler son retard en recherche fondamentale et appliquée. Barcelone, Madrid et Valence figurent parmi les destinations privilégiées, avec des partenariats noués entre les universités locales et les institutions internationales.

« Je n’ai jamais vu ça. Je suis très peinée pour les chercheurs et les étudiants. Ils sont très talentueux et font face à de graves difficultés. Les États-Unis sont en train de faire un pas en arrière. »
Audrey Sawyer, hydrogéologue floridienne de 43 ans, recrutée en Espagne en 2025

Les restrictions américaines ne se limitent pas aux budgets. Plusieurs universités, dont Harvard et Stanford, ont été visées par des enquêtes fédérales, et des chercheurs accusés de « biais idéologique » dans leurs travaux. Ces mesures ont poussé de nombreux scientifiques à chercher des environnements plus stables. L’Espagne, avec son programme Atrae, se positionne comme une alternative crédible, malgré des salaires parfois inférieurs à ceux des États-Unis.

Pour Vincenzo Calvanese, la décision était mûrement réfléchie. Après dix ans passés à l’UCLA, il a choisi de rejoindre l’Institut de recherche sur la leucémie Josep Carreras à Barcelone. « La bourse Atrae m’a permis de créer mon propre laboratoire sans les incertitudes politiques qui pèsent sur la recherche américaine », a-t-il souligné. Son parcours illustre une tendance plus large : celle d’un exode des cerveaux vers des pays perçus comme plus accueillants pour la science.

Cette dynamique soulève des questions sur l’avenir de la recherche américaine. Si le phénomène reste marginal à l’échelle globale, il pourrait s’amplifier avec la prolongation des restrictions sous Trump. L’Espagne, de son côté, mise sur ces talents pour renforcer son écosystème scientifique. Les premiers résultats du programme Atrae seront évalués d’ici 2027, mais les premiers signes sont encourageants : plusieurs lauréats ont déjà publié des travaux marquants dans leurs domaines.

Et maintenant ?

Le programme Atrae, prévu pour durer jusqu’en 2028, devrait voir son budget renforcé si le gouvernement Sánchez maintient sa politique d’attractivité. D’ici là, une nouvelle session de recrutement est attendue pour l’automne 2026, avec une hausse probable des candidatures américaines. Les universités espagnoles, quant à elles, préparent déjà des partenariats avec des laboratoires européens pour mutualiser les ressources. Reste à voir si cette tendance se confirmera — ou si les États-Unis parviendront à inverser la tendance.

Pour les chercheurs restés aux États-Unis, la situation reste incertaine. Les restrictions budgétaires pourraient encore s’aggraver après les prochaines élections présidentielles de novembre 2026, dans un contexte où la science devient un enjeu politique. L’Espagne, de son côté, pourrait devenir un acteur majeur de la recherche internationale — à condition de maintenir ses engagements financiers et de convaincre toujours plus de talents de traverser l’Atlantique.