Pour la première fois, la Chine affiche une dette publique dépassant 100 000 milliards de yuans, soit l’équivalent de 12 850 milliards d’euros, comme le révèle Diyi Caijing. Ce montant, qui a doublé en seulement cinq ans, reflète une politique budgétaire volontariste menée depuis plusieurs années pour soutenir l’économie face aux pressions internes et externes. Selon le média économique chinois, cette stratégie s’articule autour de deux axes principaux : le financement massif d’infrastructures destinées à améliorer le quotidien des citoyens, et la gestion des dettes locales, souvent qualifiées de « cachées ».

Ce qu'il faut retenir

  • La dette publique chinoise atteint 100 000 milliards de yuans en 2026, soit 12 850 milliards d’euros, selon Diyi Caijing.
  • Cette hausse reflète une politique budgétaire active pour soutenir l’économie et stabiliser les investissements.
  • Les collectivités locales émettent des obligations pour refinancer leurs dettes, contribuant à une dette locale « anormalement élevée ».
  • Le taux d’endettement public chinois s’élève à 68,7 % du PIB fin 2024, bien en dessous de la moyenne des pays du G20 et du G7.
  • Malgré ce niveau record, les experts estiment que le risque global reste « maîtrisé », même si certains points de vigilance persistent.

Une stratégie budgétaire ambitieuse pour relancer l’économie

Diyi Caijing souligne que cette explosion de la dette s’inscrit dans le cadre d’une politique économique proactive visant à atténuer les effets des tensions économiques. D’un côté, Pékin a massivement emprunté pour financer des projets d’infrastructure majeurs, comme les transports, les aménagements hydrauliques ou encore la production d’énergie. L’objectif affiché est de soutenir la croissance tout en améliorant les conditions de vie de la population. De l’autre, le gouvernement a accru ses levées de fonds pour éponger les dettes accumulées par les collectivités locales, souvent engagées dans des financements hors bilan.

Ces dernières années, les provinces et municipalités chinoises ont en effet émis un volume record d’obligations pour refinancer leurs dettes existantes, une pratique qui a contribué à gonfler la dette publique globale. Ces mécanismes, bien que nécessaires pour éviter un effondrement local, ont créé une situation où la dette des collectivités représente désormais environ 80 % de la dette publique totale du pays, selon l’Institut monétaire international de l’université Renmin de Chine.

Un taux d’endettement global inférieur aux moyennes internationales

Malgré l’ampleur du chiffre absolu, les experts interrogés par Diyi Caijing se veulent rassurants. Le risque systémique lié à la dette chinoise serait « maîtrisé », même si le montant total impressionne. Les données du ministère des Finances chinois indiquent que le taux d’endettement public du pays s’élevait à 68,7 % du PIB à la fin 2024, un niveau bien inférieur à la moyenne des pays du G20 (118 %) et du G7 (123 %).

Le Fonds monétaire international (FMI), dans ses dernières projections, évoque quant à lui un taux de 90,4 % du PIB pour 2024, puis de 99,2 % pour 2025. Ces écarts s’expliquent en partie par les méthodes de calcul distinctes, mais aussi par la croissance économique soutenue de la Chine, qui limite mécaniquement l’impact de la dette sur le PIB. L’économiste Luo Zhiheng, interrogé par le média singapourien Lianhe Zaobao, confirme cette analyse : « Les fonds issus de la dette publique chinoise sont principalement investis dans les infrastructures, ce qui devrait générer des rendements durables à long terme. »

« Ces actifs pourront produire des rendements durables. »
Luo Zhiheng, économiste chinois, cité par Lianhe Zaobao

Des risques structurels à surveiller malgré tout

Si le risque global est jugé gérable par la plupart des analystes, certains observateurs appellent à la prudence. Yuan Haixia, directrice de l’Institut international de recherche Chengxin en Chine, a mis en garde contre les déséquilibres régionaux. Dans un entretien accordé à Lianhe Zaobao, elle a souligné que les provinces les moins développées, confrontées à une faible autonomie financière, subissent une pression de remboursement « relativement forte ». Ces disparités pourraient, à terme, fragiliser la stabilité économique du pays si elles ne sont pas correctement anticipées.

L’Institut monétaire international de l’université Renmin de Pékin a également tiré la sonnette d’alarme dans une analyse publiée sur le site Sohu. Il qualifie la dette des collectivités locales de « anormalement élevée », un constat partagé par d’autres institutions financières. Ces mises en garde rappellent que, malgré les chiffres rassurants du niveau global, la structure de la dette chinoise comporte des faiblesses structurelles qui méritent une attention soutenue.

Et maintenant ?

Les prochaines échéances budgétaires seront cruciales pour évaluer la soutenabilité de cette dette. Les autorités chinoises devraient présenter leur nouveau plan de gestion des finances publiques d’ici la fin 2026, avec un accent particulier sur la réduction des dettes locales et la rationalisation des investissements publics. Le FMI, dans ses dernières recommandations, a appelé Pékin à renforcer la transparence de ses comptes et à accélérer les réformes structurelles pour éviter une accumulation excessive de risques. Les prochains mois diront si ces objectifs seront atteints.

Conclusion

Avec une dette publique dépassant les 100 000 milliards de yuans, la Chine affiche un endettement sans précédent, mais dont le risque global reste maîtrisé selon les experts. Toutefois, les déséquilibres régionaux et la dépendance aux dettes locales imposent une vigilance accrue pour les années à venir.

La Chine a massivement emprunté pour financer des infrastructures destinées à soutenir la croissance et améliorer le quotidien des citoyens, tout en gérant les dettes accumulées par les collectivités locales. Cette stratégie reflète une politique budgétaire active face aux pressions économiques internes et externes.

Le Fonds monétaire international estime le taux d’endettement public chinois à 90,4 % du PIB en 2024 et à 99,2 % en 2025, des chiffres supérieurs à ceux du ministère des Finances chinois, qui table sur 68,7 % fin 2024.