Selon Le Monde – Politique, le programme économique de la gauche ne peut plus se contenter de se focaliser sur la répartition des richesses existantes. Dans une tribune publiée par le quotidien, Simon-Pierre Sengayrac, codirecteur de l’Observatoire de l’économie de la Fondation Jean Jaurès, estime qu’il est indispensable d’intégrer une véritable doctrine de production à toute ambition progressiste.
Cette réflexion intervient alors que les débats sur la transition écologique et les mutations industrielles s’intensifient en France. Le chercheur souligne que sans une approche structurée de la création de valeur, les politiques redistributives risquent de rester inefficaces, voire contre-productives. Autant dire que la gauche se trouve aujourd’hui confrontée à un dilemme : comment concilier justice sociale et dynamisme économique ?
Ce qu'il faut retenir
- Simon-Pierre Sengayrac, codirecteur de l’Observatoire de l’économie de la Fondation Jean Jaurès, publie une tribune dans Le Monde pour critiquer l’approche actuelle de la gauche en matière économique.
- Il estime que le programme progressiste doit inclure une doctrine de production, et non se limiter à la répartition des richesses.
- Cette réflexion s’inscrit dans un contexte de mutations industrielles et de transition écologique en France.
- Le chercheur avertit que les politiques redistributives risquent de rester inefficaces sans une vision claire de la création de richesse.
Une critique des politiques redistributives traditionnelles
Dans sa tribune, Simon-Pierre Sengayrac ne remet pas en cause l’importance de la redistribution, mais il en souligne les limites. « Une politique économique progressiste ne peut se contenter de taxer les plus aisés pour financer des transferts sociaux », explique-t-il. Pour lui, cette approche, bien que nécessaire, ne suffit pas à transformer en profondeur l’économie française. Il rappelle que la richesse ne se crée pas ex nihilo : elle dépend des choix industriels, technologiques et écologiques d’un pays.
Le chercheur prend l’exemple des débats sur la fiscalité des entreprises. Selon lui, une gauche qui se contente de critiquer les profits sans proposer d’alternatives concrètes en matière d’investissement et d’innovation risque de rester dans le statu quo. « Il ne s’agit pas seulement de savoir comment partager un gâteau, mais comment le faire grandir », résume-t-il. Cette critique vise particulièrement les discours qui opposent systématiquement capital et travail, sans envisager des modèles hybrides.
La nécessité d’une doctrine de production
Pour Simon-Pierre Sengayrac, la gauche doit élaborer une « doctrine de production » qui définisse ses priorités industrielles et technologiques. Cela pourrait passer par des investissements massifs dans les secteurs clés de la transition écologique, comme les énergies renouvelables ou la rénovation thermique des bâtiments. Mais aussi par une refonte des politiques publiques en matière d’innovation, afin de soutenir les filières d’avenir sans tomber dans le dirigisme.
Le chercheur cite l’exemple de l’Allemagne, souvent présentée comme un modèle en matière de politique industrielle. « Berlin a su combiner protection sociale et compétitivité grâce à une stratégie industrielle ambitieuse », souligne-t-il. Il ne s’agit pas, pour lui, de copier des modèles étrangers, mais de s’inspirer de leurs méthodes pour construire une vision française. Cette approche implique aussi de repenser le rôle de l’État, non plus comme un simple régulateur, mais comme un acteur capable de piloter des secteurs stratégiques.
Simon-Pierre Sengayrac, dont la tribune a suscité des réactions dans les cercles progressistes, devrait poursuivre ses travaux au sein de la Fondation Jean Jaurès. Ses prises de position pourraient influencer les orientations économiques de la gauche pour les années à venir, notamment en vue des élections législatives de 2027.
Pour le chercheur, il s’agit d’une approche structurée qui combine des choix industriels, technologiques et écologiques pour créer de la richesse. Elle doit permettre à la gauche de ne plus se contenter de redistribuer, mais de transformer l’économie en profondeur.
L’Allemagne est souvent citée pour sa capacité à concilier compétitivité économique et protection sociale, notamment grâce à une politique industrielle active. Le chercheur souligne que ce modèle pourrait inspirer la France, à condition d’adapter les méthodes aux spécificités locales.