Longtemps reléguée au second plan au profit de la plante ou des techniques œnologiques, la terre retrouve aujourd’hui une place centrale dans les vignobles français. Selon Le Figaro, cette évolution s’inscrit dans une prise de conscience plus large des acteurs du secteur, qui redécouvrent le rôle clé des sols vivants pour la qualité des vins, mais aussi pour la préservation de l’environnement.
Ce qu'il faut retenir
- La terre, autrefois négligée, est désormais au cœur des pratiques viticoles durables en Provence et ailleurs.
- Les méthodes comme la viticulture biologique, biodynamique ou régénérative placent le sol au centre de leurs priorités.
- Les formations œnologiques ont longtemps ignoré l’écosystème du sol, avant que des experts ne tirent la sonnette d’alarme.
- Les champignons mycorhiziens et les vers de terre, essentiels à la santé des sols, sont désormais protégés et valorisés.
- Le sol stocke deux fois plus de carbone que l’atmosphère, jouant un rôle clé dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Une terre maltraitée, puis réhabilitée
Pendant des décennies, les pratiques viticoles ont considéré le sol comme un simple support inerte, à dompter par le labour et les pesticides. Les épisodes de sécheresse et les pluies diluviennes ont cependant révélé les limites de cette approche. En Provence, comme dans d’autres régions viticoles, les sols craquelés et érodés ont imposé une remise en question. Aujourd’hui, les vignerons privilégient l’enherbement, limitent le labour pour préserver la structure du sol et favorisent la vie qui l’anime.
Cette reconquête s’inscrit dans un mouvement plus large, où la viticulture biologique, biodynamique ou régénérative s’impose comme une alternative crédible. « On ne soigne plus seulement la vigne, mais son environnement », explique Mathieu Meyer, directeur du Château Galoupet. Les techniques comme l’agroforesterie ou la gestion différenciée des sols gagnent du terrain, portées par une nouvelle génération de professionnels conscients des enjeux écologiques.
Des formations en retard, une prise de conscience tardive
Selon Le Figaro, l’étude des sols a longtemps été une matière marginale dans les cursus œnologiques. Dans les années 1990, elle se limitait à des aspects physico-chimiques, comme la granulométrie ou la capacité de rétention d’eau. « C’était une problématique pointue réservée aux spécialistes », se souvient Laurence Berlemont, œnologue. Les écosystèmes du sol, avec leurs vers, leurs champignons et leurs bactéries, étaient largement ignorés.
Les choses ont évolué au début des années 2000, mais de manière insuffisante. Les programmes de formation à Montpellier, par exemple, continuaient de se concentrer sur la physiologie de la vigne ou les précurseurs aromatiques, sans aborder les interactions entre la plante et son substrat. Ce n’est qu’avec l’émergence des enjeux environnementaux que la donne a commencé à changer, poussant les écoles à intégrer des modules dédiés à l’écologie des sols.
Le sol, acteur invisible mais essentiel
Dans son essai Le Chant du sol, paru au printemps 2026, l’ancien ministre Julien Denormandie interroge la place du sol dans les formations agricoles. Ingénieur passionné de forêt, il rappelle que la terre n’est pas un simple support de production, mais un « véritable personnage » à part entière. Pour lui, une approche holistique est indispensable : « Que serait un sous-sol privé de ses strates d’argile, de graves ou de calcaire, essentiels à la typicité des vins ? » s’interroge-t-il, citant l’écrivain Gaston Bachelard, pour qui le vin est « un corps vivant où se tiennent en équilibre les esprits les plus divers ».
Les sols regorgent d’êtres microscopiques qui travaillent en silence : vers de terre aérant la terre, champignons mycorhiziens colonisant les racines des vignes pour leur fournir nutriments et protection contre les maladies. Ces organismes, souvent invisibles, jouent un rôle clé dans la qualité des raisins et, in fine, des vins. Sans eux, les vignobles perdraient une partie de leur résilience face aux aléas climatiques.
Un atout climatique méconnu
Au-delà de la qualité œnologique, les sols vivants représentent un levier majeur dans la lutte contre le réchauffement climatique. Ils stockent en effet deux fois plus de carbone que l’atmosphère, contribuant ainsi à atténuer l’effet de serre. Les racines des vignes, en plus de lutter contre l’érosion, participent à la stabilité des terrains. « Le sol est le bien-aimé, après avoir été mal aimé », résume Marc-André Selosse, microbiologiste et spécialiste des champignons.
Cette prise de conscience s’accompagne d’une réhabilitation poétique de la terre. « Il y a une odeur de terre mouillée qui est comme une joie », écrivait Colette, grande amoureuse des jardins. Une joie que redécouvrent aujourd’hui les vignerons, pour qui le sol n’est plus un simple outil, mais un partenaire à part entière.
L’évolution des pratiques : entre tradition et innovation
Cette reconquête du sol s’accompagne de l’émergence de nouvelles techniques, parfois radicales. Dans certains vignobles, les robots viticoles autonomes font leur apparition pour soulager les vignerons des tâches les plus pénibles. « L’idée n’est pas de remplacer l’homme, mais de le soulager », précise un responsable de projet, cité par Le Figaro. Parallèlement, la filière viticole est celle qui a le plus évolué depuis une dizaine d’années en matière de réduction des pesticides, même si des défis persistent.
Pourtant, des questions restent en suspens. Comment généraliser ces pratiques sans sacrifier la rentabilité des exploitations ? Comment former les nouvelles générations de vignerons à cette approche holistique ? Autant de sujets que la série du Figaro explore dans ses quatre épisodes, mêlant reportages, témoignages et analyses.
Reste à voir si cette prise de conscience se traduira par des changements concrets, ou si elle restera cantonnée aux discours. Une chose est certaine : sans sol vivant, il n’y a pas de vin de qualité. Et sans viticulture durable, pas d’avenir pour les terroirs français.
Les vignerons utilisent plusieurs méthodes : l’enherbement des inter-rangs pour limiter l’érosion, la réduction du labour pour préserver la structure du sol, l’apport de compost pour enrichir la matière organique, et l’utilisation de couverts végétaux pour favoriser la biodiversité. Les techniques de viticulture régénérative, comme le semis direct ou l’agroforesterie, gagnent également en popularité.