Alors que les pouvoirs publics et les éco-organismes multiplient les campagnes pour encourager le recyclage des textiles, l’association Le Relais, acteur historique du secteur, annonce la fermeture de plus de 4 000 bornes de collecte sur l’ensemble du territoire. Selon Reporterre, cette décision brutale entraîne la suppression de 60 postes et interroge l’avenir d’une filière déjà fragilisée par l’absence de débouchés pour les vêtements collectés.

Ce qu'il faut retenir

  • 4 000 bornes de collecte fermées par Le Relais, selon Reporterre.
  • 60 emplois supprimés dans le cadre de cette restructuration.
  • La fermeture intervient alors que Refashion, l’éco-organisme en charge de la filière textile, lance une campagne incitant à déposer les vieux vêtements dans ces mêmes points de collecte.
  • Les vêtements collectés, souvent « usés, démodés, troués ou dépareillés », peinent à trouver des débouchés pour leur recyclage ou leur réemploi.
  • Le Relais, fondé en 1949, est l’un des principaux acteurs de l’économie sociale et solidaire dans le secteur textile.

La campagne de Refashion, lancée en juin 2026, martèle le slogan « Usés, démodés, troués, dépareillés ? On prend tout. » pour inciter les Français à déposer leurs vêtements usagés dans les bornes dédiées. Pourtant, cette initiative coïncide avec l’annonce du Relais de fermer un nombre record de ces points de collecte, révélée par Reporterre. L’association justifie cette décision par une « survie économique » menacée, alors que les coûts de collecte et de traitement des textiles dépassent désormais les revenus générés par leur valorisation.

Selon les informations recueillies par Reporterre, la fermeture de ces 4 000 bornes va impacter directement les emplois locaux. 60 postes sont concernés, principalement dans les ateliers de tri et de réparation textile, où Le Relais employait des travailleurs en insertion. L’association, qui dépend à 80 % des recettes issues de la vente des vêtements collectés, fait face à une chute drastique de ses revenus depuis plusieurs années. Les vêtements récupérés, de plus en plus dégradés ou de mauvaise qualité, sont en effet difficilement revendables sur les marchés de l’occasion ou du recyclage.

« On est dans une situation où la collecte coûte plus cher qu’elle ne rapporte. Les vêtements sont de moins en moins réutilisables, et les débouchés pour le recyclage restent marginaux. »
— Un responsable du Relais, cité par Reporterre

Le Relais n’est pas le seul acteur du secteur à subir cette crise. Plusieurs associations et entreprises spécialisées dans la collecte et le recyclage des textiles ont réduit leurs activités ou fermé définitivement ces dernières années. Le modèle économique, basé sur l’hypothèse d’une réutilisation massive des vêtements, montre ses limites face à l’augmentation des volumes de déchets textiles et à la baisse de leur qualité. En 2025, la France a collecté plus de 300 000 tonnes de textiles, mais seulement 30 % ont pu être réemployés ou recyclés, selon les chiffres de l’Ademe.

Cette situation soulève des questions sur l’efficacité des dispositifs mis en place pour encourager le recyclage des textiles. Refashion, créé en 2022 sous l’égide de l’État pour organiser la filière, mise sur l’extension de la responsabilité élargie du producteur (REP) pour financer la collecte et le traitement des déchets. Pourtant, les résultats tardent à se concrétiser, et les acteurs du terrain dénoncent un manque de coordination entre les différents maillons de la chaîne.

Les consommateurs, eux, sont incités à déposer leurs vêtements usagés sans toujours savoir ce que deviennent ces articles. Si certains sont revendus en Afrique ou en Asie, d’autres finissent incinérés ou enfouis, faute de débouchés économiques. Le Relais, qui gérait jusqu’ici un réseau dense de bornes, va désormais recentrer ses activités sur les vêtements en meilleur état, collectés via des partenariats ciblés avec des enseignes de distribution.

Et maintenant ?

Cette restructuration pourrait accélérer la concentration du secteur autour de quelques acteurs capables de mutualiser les coûts de collecte et de traitement. Une réunion est prévue en juillet 2026 entre Le Relais, Refashion et les pouvoirs publics pour évoquer des solutions de financement et de soutien aux emplois menacés. Dans l’immédiat, les associations locales appellent à une mobilisation pour sauver les emplois perdus et repenser le modèle économique de la filière textile.

Cette affaire illustre les tensions croissantes entre les objectifs environnementaux affichés par les pouvoirs publics et la réalité économique d’un secteur en crise. Reste à savoir si les nouvelles mesures prévues par la REP textile, dont l’entrée en vigueur est prévue pour 2027, permettront de sauver des emplois et de donner une seconde vie à des millions de vêtements chaque année.

En 2025, seulement 30 % des textiles collectés en France ont pu être réemployés ou recyclés. Les 70 % restants sont soit revendus à l’étranger (notamment en Afrique et en Asie), soit incinérés ou enfouis, faute de filières de valorisation adaptées.