Depuis quelques mois, les discours des dirigeants de la Silicon Valley, comme Sam Altman (OpenAI) ou Elon Musk (X et Tesla), ont radicalement changé. Autrefois prompts à vanter les mérites du travail et de l’innovation technologique, ils évoquent désormais ouvertement une société où le revenu universel remplacerait l’emploi traditionnel. Une idée qui rappelle étrangement les propositions de Benoît Hamon lors de la présidentielle de 2017. Pourtant, entre les deux approches, les différences sont bien réelles, comme le rapporte Libération.
Ce qu'il faut retenir
- Sam Altman a lancé un fonds de 30 millions de dollars pour tester un revenu universel aux États-Unis.
- Elon Musk a multiplié les prises de position en faveur d’une société sans travail, évoquant une « économie post-emploi ».
- Ces déclarations contrastent avec les positions passées de ces milliardaires, souvent critiques envers les modèles de redistribution.
- Benoît Hamon avait porté le revenu universel comme pilier de sa campagne en 2017, une idée inspirée par les travaux de Karl Marx sur la redistribution des richesses.
- Les experts s’interrogent : s’agit-il d’une conversion sincère ou d’une stratégie pour éviter une régulation plus stricte ?
Un virage surprenant dans la Silicon Valley
L’année dernière, Sam Altman a annoncé le lancement d’un fonds dédié à l’expérimentation du revenu universel. Doté de 30 millions de dollars, ce projet vise à évaluer l’impact d’un tel système sur des communautés sélectionnées aux États-Unis. « Nous devons repenser notre rapport au travail », a-t-il déclaré lors d’une conférence en mars 2026. Une posture qui tranche avec ses prises de position passées, où il défendait plutôt l’automatisation comme solution à la productivité. De son côté, Elon Musk a enchaîné les interventions médiatiques pour promouvoir une société où l’intelligence artificielle rendrait le travail humain obsolète. « Le revenu universel est inévitable », a-t-il affirmé lors d’un podcast en avril dernier.
Benoît Hamon, un précurseur (presque) oublié
Ces discours ne sont pas sans rappeler les propositions de Benoît Hamon, qui avait fait du revenu universel un axe central de sa campagne présidentielle de 2017. Porté par une vision inspirée en partie par les théories de Karl Marx sur la redistribution des richesses produites par le capital, son projet visait à garantir un filet social pour tous, indépendamment de l’emploi. Pourtant, malgré son ancrage à gauche, Hamon avait essuyé de vives critiques, y compris au sein de son propre camp, pour son manque de réalisme économique. Aujourd’hui, ses idées semblent retrouver une seconde jeunesse, portées par des figures bien plus influentes que lui.
Une convergence d’intérêts ?
Si les milliardaires de la tech et l’ancien candidat socialiste partagent une vision commune sur le principe du revenu universel, leurs motivations diffèrent radicalement. Pour Hamon, il s’agissait avant tout d’une question de justice sociale et de réduction des inégalités. Pour Altman ou Musk, en revanche, l’objectif semble plus stratégique : éviter une régulation trop stricte de l’intelligence artificielle en montrant leur engagement pour une société « inclusive ». « Ils préfèrent proposer une solution avant que les États ne le fassent à leur place », analyse un économiste interrogé par Libération. Une approche qui soulève des questions sur l’authenticité de leur engagement.
Quant à Benoît Hamon, il a salué ces prises de position, tout en rappelant que « la redistribution ne doit pas être une variable d’ajustement pour éviter une régulation ». Une mise en garde qui rappelle que, derrière les discours, les enjeux politiques et économiques restent profondément opposés.
Plusieurs hypothèses sont avancées : éviter une régulation trop stricte de l’IA, désamorcer les critiques sur les inégalités générées par les géants du numérique, ou encore tester des modèles économiques alternatifs. Leurs motivations restent cependant sujettes à débat.