Depuis le début du mois de mai, les quelque 120 000 lycéens des Pays de la Loire disposent d’un nouvel outil contre le harcèlement scolaire et les violences numériques. Leur espace numérique de travail (ENT) intègre désormais un chatbot 3018, une messagerie instantanée leur permettant de signaler des situations à risque ou d’échanger avec des professionnels de l’association e-Enfance. Cette initiative, présentée par la présidente de la région Christelle Morançais le 7 mai à La Baule, marque une première nationale et s’inscrit dans un plan régional doté de 100 000 euros pour lutter contre ce fléau.
Ce qu'il faut retenir
- 120 000 lycéens concernés dans les Pays de la Loire ont désormais accès au 3018 via leur ENT, une première en France.
- Le chatbot 3018 permet un signalement instantané et discret, accessible tous les jours de 9 h à 23 h.
- La région a alloué 100 000 euros pour renforcer la lutte contre le harcèlement dans les lycées.
- En 2025, 37 % des jeunes (de l’école primaire au lycée) déclaraient avoir été victimes de harcèlement, selon le baromètre d’e-Enfance.
- Le 3018 a enregistré 124 500 signalements en 2025, dont près d’un quart concernait des faits à caractère sexuel impliquant des mineurs.
Un outil de signalement intégré aux outils numériques des élèves
Les lycéens des Pays de la Loire peuvent désormais accéder au 3018 directement depuis leur ordinateur fourni par le conseil régional. Ce numéro d’urgence, agréé par le ministère de l’Éducation nationale, leur offre la possibilité de dialoguer avec des experts de l’association e-Enfance via une messagerie écrite. Disponible sept jours sur sept de 9 h à 23 h, ce service permet aux jeunes de signaler des situations de harcèlement ou de cyberviolence sans avoir à passer par un appel téléphonique. L’association, labellisée « signaleur de confiance », dispose également du pouvoir de demander le retrait de contenus haineux ou diffamatoires sur les plateformes numériques.
Cette intégration dans les ENT représente une avancée significative dans la lutte contre le harcèlement scolaire. Le canal écrit permet en effet de lever certains freins, notamment la crainte de s’exprimer oralement. « Intégrer le 3018 dans l’espace de travail numérique des élèves est une réelle avancée », souligne Christelle Morançais, présidente de la région. « Cela offre une solution discrète et accessible pour ceux qui souhaitent alerter ou obtenir de l’aide. »
Une mobilisation régionale inspirée par un engagement personnel
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de lutte contre le harcèlement scolaire, portée par la région des Pays de la Loire. Tout a commencé par une rencontre entre Christelle Morançais et Élian Potier, coprésident de l’association Faire Face, il y a plusieurs années. « Lui-même a subi du harcèlement lorsqu’il était jeune et en a fait un combat personnel », explique l’élue. Depuis, Élian Potier sillonne la France pour témoigner et sensibiliser, notamment au sein de l’instance régionale La Promotion, qui réunit 100 jeunes Ligériens chargés de proposer des solutions concrètes pour la jeunesse.
Élian Potier, aujourd’hui âgé de 24 ans, est également fondateur de l’association Urgence harcèlement. Il interviendra dans une vingtaine de lycées des Pays de la Loire dans le cadre du plan régional. « Un jeune qui parle à des jeunes est beaucoup plus fort », observe Christelle Morançais. Son témoignage s’ajoute à d’autres mesures, comme la création de réseaux départementaux associant le rectorat, l’enseignement catholique et d’autres acteurs pour accélérer la prise en charge des situations de harcèlement.
Des mesures complémentaires pour une détection précoce
Au-delà de l’intégration du 3018, la région renforce les dispositifs de détection et de prévention. Les chauffeurs de cars scolaires, souvent témoins de tensions dans les groupes, seront formés pour repérer les « signaux faibles ». « Ils sont des observateurs privilégiés des dynamiques de groupe », souligne Samuel Comblez, directeur adjoint d’e-Enfance. « En cas de détection, ils pourront alerter directement le 3018 ou contacter l’association pour une prise en charge adaptée. » Cette formation s’ajoute à celle des agents régionaux présents dans les lycées, tous sensibilisés aux enjeux du harcèlement.
Cette approche globale vise à briser l’isolement des victimes et à impliquer l’ensemble de la communauté éducative. « Le harcèlement ne concerne pas seulement les jeunes harcelés, mais aussi les témoins, les proches ou les parents de victimes », rappelle Samuel Comblez. Le numéro 3018 reste ainsi un outil polyvalent, accessible à tous ceux qui souhaitent agir.
Un projet mûri depuis des années par e-Enfance
L’intégration du 3018 dans les ENT n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’un projet longuement porté par l’association e-Enfance, qui collabore avec la région depuis plusieurs années. « La possibilité de mettre le 3018 dans les ordinateurs est un vieux projet que nous avions en tête », explique Samuel Comblez. « Nous avons tenté de le proposer à d’autres régions, mais celle des Pays de la Loire a été la première à s’en emparer avec détermination. »
Cette initiative envoie un message fort aux lycéens et à leurs familles : « On leur propose du matériel et un service après-vente pour garantir un quotidien serein », précise-t-il. Le psychologue note d’ailleurs une hausse de 3 000 % en dix ans du nombre de crises suicidaires traitées par le 3018, un chiffre qui souligne l’urgence de la situation. En 2025, l’association a traité 124 500 signalements, dont près d’un quart concernait des faits à caractère sexuel impliquant des mineurs. « Près d’un signalement sur quatre porte sur des violences sexuelles », indique le dernier rapport d’e-Enfance, publié le 11 mai 2026.
Lutter contre le harcèlement sous toutes ses formes
Fondée il y a plus de vingt ans, e-Enfance intervient sur plusieurs fronts : cyberharcèlement, pédocriminalité, accès des mineurs à la pornographie ou surexposition aux écrans. À la demande d’Élisabeth Borne, l’association a étendu son action au harcèlement « hors ligne », notamment dans les milieux scolaires ou sportifs. Son dernier rapport, publié le 11 mai, alerte sur l’augmentation des tentatives de suicide chez les jeunes : « Le 3018 traite une crise suicidaire tous les trois jours », peut-on y lire. Ces chiffres illustrent l’ampleur du phénomène et la nécessité d’agir à tous les niveaux.
Les Pays de la Loire ne sont pas la seule région à s’emparer du sujet. D’autres collectivités, comme l’Île-de-France, la Provence-Alpes-Côte d’Azur ou les Hauts-de-France, ont déjà pris contact avec e-Enfance pour déployer des dispositifs similaires. « C’est un mouvement qui prend de l’ampleur », observe Samuel Comblez. « Les collectivités commencent à réaliser l’importance d’investir dans des solutions concrètes et accessibles. »
En attendant, la région des Pays de la Loire affiche sa détermination. « C’est une offensive sans précédent pour protéger nos lycéens », déclare Christelle Morançais. Une phrase qui résume à elle seule l’ambition de cette initiative : offrir à chaque jeune un environnement scolaire sécurisé et bienveillant.
Le 3018 est accessible aux lycéens des Pays de la Loire, mais aussi à leurs proches, témoins ou parents de victimes. L’objectif est de couvrir l’ensemble des acteurs concernés par une situation de harcèlement ou de cyberviolence.