Le tribunal de Brême a rendu un verdict inédit contre le géant agroalimentaire Mondelez, propriétaire de la marque Milka. Selon Franceinfo - Santé, la célèbre tablette de chocolat a été condamnée pour avoir réduit le poids de ses produits sans informer clairement les consommateurs, tout en maintenant – voire en augmentant – leur prix. Une décision qui pourrait marquer un tournant dans la lutte contre la « shrinkflation », cette technique commerciale consistant à diminuer discrètement la quantité d’un produit tout en conservant son étiquetage et son prix.

Ce qu'il faut retenir

  • Le tribunal de Brême a condamné Milka pour tromperie après avoir réduit le poids de ses tablettes de 100 à 90 grammes sans modification visible de l’emballage.
  • Le prix est passé de 1,49 € à 1,99 €, alors que la quantité diminuait. Une mention claire du changement sera désormais obligatoire pendant quatre mois.
  • Cette condamnation intervient alors que la « shrinkflation » s’est généralisée en Europe depuis la flambée des prix alimentaires post-guerre en Ukraine.
  • Mondelez, déjà pointé du doigt pour des pratiques similaires avec la Toblerone, peut faire appel de cette décision.
  • En France, une loi entrée en vigueur le 1er juillet 2024 impose aux distributeurs d’informer les consommateurs en cas de réduction de quantité non assortie d’une baisse de prix.

Une condamnation historique pour une pratique controversée

Le tribunal de Brême a estimé que Milka avait sciemment trompé ses clients en commercialisant des tablettes de 90 grammes sous le même emballage que les versions de 100 grammes. Aucune mention explicite n’indiquait cette réduction, et le prix au kilo a ainsi mécaniquement augmenté. « Cette pratique lèse le consommateur, qui achète un produit dont la quantité a baissé sans que le packaging ne l’en avertisse, avec un prix en revanche inchangé, voire augmenté », rappelle Franceinfo - Santé.

Le verdict, rendu après trois semaines de procès, impose désormais à Mondelez d’afficher clairement cette modification pendant quatre mois. Une obligation temporaire, le temps de permettre aux consommateurs de s’adapter. La marque, qui appartient au géant américain Mondelez, dispose d’un droit d’appel, mais cette condamnation pourrait ouvrir la voie à d’autres poursuites similaires en Europe.

La « shrinkflation », une stratégie devenue systématique en période d’inflation

La pratique de la « shrinkflation » s’est largement répandue depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, qui a provoqué une flambée des prix alimentaires. Selon Grégory Caret, directeur de l’Observatoire de la consommation, les industriels jouent sur les quantités pour éviter de dépasser un seuil psychologique comme 2,99 €. « Un produit en grande surface ne doit pas dépasser un seuil symbolique de 3 €, explique-t-il. Alors en jouant sur la taille, vous restez à 2,99 €. C’est ce principe-là dont abuse l’industrie agroalimentaire. »

Milka n’est d’ailleurs pas la seule marque à être pointée du doigt. La marque a déjà été récompensée en 2025 par une association de consommateurs allemands pour son « emballage trompeur de l’année », après avoir élargi l’espace entre les cônes de ses barres Toblerone. Nestlé a également été critiqué pour ses tablettes dessert, dont le poids est passé de 205 à 170 grammes sans que cela soit immédiatement visible sur l’emballage, malgré une mention en petits caractères.

Une loi française existe, mais son application reste limitée

En France, une législation entrée en vigueur le 1er juillet 2024 impose aux distributeurs d’informer les consommateurs lorsque la quantité d’un produit baisse sans que son prix ne suive. Pourtant, selon l’UFC-Que Choisir, cette loi a un impact limité. « Les marques savent jouer avec les règles, souligne l’association. Elles remplacent une référence par une nouvelle au même emballage, seule la contenance diminue. » La seule solution pour les consommateurs reste donc de vérifier systématiquement les étiquettes, une démarche qui demande du temps et de la vigilance.

Les associations de consommateurs appellent à un renforcement des contrôles et à des sanctions plus dissuasives. « La shrinkflation est très difficile à condamner, car les marques exploitent les failles des réglementations, explique-t-on chez UFC-Que Choisir. Il faut des règles plus strictes et des contrôles renforcés pour protéger les acheteurs. »

« Depuis le début de la guerre en Ukraine et la flambée des prix alimentaires qui l’a accompagnée, ces pratiques sont devenues légion. »
— Grégory Caret, directeur de l’Observatoire de la consommation

Et maintenant ?

Cette condamnation de Milka pourrait inciter d’autres pays européens à durcir leur législation contre la « shrinkflation ». En Allemagne, les associations de consommateurs devraient multiplier les recours similaires, tandis qu’en France, la question d’un élargissement des contrôles pourrait se poser. Mondelez dispose d’un délai pour faire appel, mais le verdict de Brême pourrait faire jurisprudence. Les prochains mois seront donc décisifs pour savoir si cette décision marque le début d’un changement durable dans les pratiques commerciales du secteur agroalimentaire.

Reste à voir si les consommateurs, déjà confrontés à l’inflation, parviendront à adapter leurs habitudes d’achat face à ces modifications discrètes mais coûteuses. Une chose est sûre : la vigilance reste de mise.

La « shrinkflation » désigne une technique commerciale consistant à réduire la quantité d’un produit tout en maintenant – voire en augmentant – son prix. Le consommateur paie ainsi plus cher au kilo ou à l’unité sans que cela soit immédiatement visible, car l’emballage reste identique.

En France, depuis le 1er juillet 2024, les distributeurs doivent obligatoirement informer les consommateurs en cas de réduction de quantité non assortie d’une baisse de prix. Le non-respect de cette obligation peut entraîner des amendes, bien que les montants varient selon les cas. L’UFC-Que Choisir souligne que les contrôles restent insuffisants pour garantir une application effective de la loi.