Les sucres, longtemps éclipsés par les protéines animales dans l’histoire de l’évolution humaine, auraient joué un rôle aussi crucial que ces dernières dans le développement du cerveau, révèle une étude publiée ce 7 août 2026 dans la revue Science. Selon Le Figaro, cette recherche, signée par quatre chercheurs des universités de Sydney et de Glasgow, remet en cause le récit traditionnel qui attribue le bond cérébral de notre espèce quasi exclusivement à la chasse et à la consommation de viande.
Ce qu’il faut retenir
- Une étude publiée dans Science montre que les sucres ont été déterminants dans l’évolution du cerveau humain, au même titre que les protéines animales.
- Les chercheurs ont modélisé les régimes alimentaires à six étapes clés de l’évolution, de l’ancêtre commun avec les chimpanzés jusqu’à Homo sapiens.
- Le cerveau humain, grand consommateur de glucides, aurait bénéficié d’apports en sucres provenant notamment des fruits à un stade précoce de l’évolution.
- Les sucres sont essentiels non seulement pour le cerveau, mais aussi pour les reins et les globules rouges, qui en dépendent fortement.
- Les résultats suggèrent que les premiers hominidés auraient eu un régime presque strictement frugivore, similaire à celui des chimpanzés actuels.
Une remise en question du rôle exclusif des protéines animales
Pendant des décennies, la science a attribué le développement exceptionnel du cerveau humain à la consommation accrue de protéines animales, liée notamment à la maîtrise du feu et à la chasse. Pourtant, cette nouvelle étude, relayée par Le Figaro, propose une vision plus nuancée. « Les sucres ont été un pilier de l’évolution humaine, tout comme les protéines, mais leur contribution a été sous-estimée », a déclaré le Pr. David Raubenheimer, coauteur de l’étude et chercheur à l’université de Sydney. Les auteurs soulignent que le cerveau, qui représente environ 2 % du poids corporel, consomme à lui seul près de 20 % de l’énergie totale du corps, et cette énergie provient majoritairement de glucose.
Les glucides, une source d’énergie vitale pour le cerveau et au-delà
Pour étayer leur hypothèse, les scientifiques ont reconstitué les régimes alimentaires de nos ancêtres à six étapes clés de l’évolution. Leur modélisation prend en compte non seulement les besoins énergétiques du cerveau, mais aussi ceux d’autres organes comme les reins ou les globules rouges, qui dépendent eux aussi des glucides. « Sans un apport suffisant en sucres, le cerveau ne peut fonctionner correctement, pas plus que les reins ou le système circulatoire », a précisé le Dr. Rachel Hagan, coauteure et chercheuse à l’université de Glasgow. Les résultats montrent que, dès les premiers stades de l’évolution, les fruits auraient constitué la principale source de sucres, avant que d’autres aliments glucidiques ne deviennent accessibles.
Un ancêtre commun aux chimpanzés aurait eu un régime frugivore strict
Les chercheurs estiment que l’ancêtre commun aux humains et aux chimpanzés, dont les caractéristiques restent encore mal connues, aurait eu un régime alimentaire presque exclusivement composé de fruits, à l’image de celui des chimpanzés modernes. Cette hypothèse s’appuie sur des observations comportementales et anatomiques. « Les chimpanzés actuels, qui partagent 98 % de leur ADN avec nous, passent jusqu’à 50 % de leur temps de veille à chercher et consommer des fruits », rappelle Le Figaro. Cette stratégie alimentaire aurait non seulement fourni l’énergie nécessaire au développement cérébral, mais aussi favorisé l’émergence de comportements sociaux et cognitifs plus complexes, liés à la recherche et au partage de nourriture.
L’évolution des régimes alimentaires au fil du temps
Au fil des millions d’années, les régimes alimentaires humains se sont diversifiés avec l’accès à de nouvelles ressources. L’invention de techniques de cuisson, il y a environ 1,5 million d’années, aurait permis une meilleure assimilation des glucides, notamment ceux contenus dans les racines ou les tubercules. « La cuisson a rendu les aliments plus digestes et a libéré une partie de l’énergie contenue dans les glucides, ce qui a pu accélérer le développement cérébral », a expliqué le Pr. Raubenheimer. Cette période coïncide avec l’augmentation significative du volume cérébral chez nos ancêtres, comme Homo erectus.
Pour conclure, cette recherche rappelle que l’évolution humaine est le fruit d’une combinaison complexe de facteurs, où l’alimentation, sous toutes ses formes, a joué un rôle central. Si les protéines animales ont longtemps été mises en avant, les sucres méritent désormais une place égale dans le récit de notre histoire biologique.
Le cerveau utilise environ 20 % de l’énergie totale du corps, et cette énergie provient presque exclusivement du glucose, un sucre simple. Les neurones, cellules nerveuses, ne peuvent fonctionner sans un apport constant en glucose, d’où l’importance des glucides dans l’alimentation.